Menaces sur l’IVG

L’ANCIC alerte sur les risques que la crise du coronavirus et le confinement font peser sur l’accès à l’IVG.

Le ministre des solidarités et de la santé Olivier Véran a assuré qu’il étudierait le sujet. Pour autant le Sénat a rejeté vendredi dernier un amendement porté par la sénatrice Laurence Rossignol (PS) qui aurait permis d’allonger les délais légaux de l’IVG de 14 à 16 semaines d’aménorrhée jusqu’au 31 juillet. sur l'

Celui-ci était pourtant justifié par les difficultés d’accès à l’interruption de grossesse qui se profilent avec la crise du coronavirus et la mise en place des restrictions de déplacements.

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La fermeture des frontières pose déjà problème. « Nous avons des femmes qui, arrivant à la limite du délai, avaient pris rendez-vous en Espagne, mais leur rendez-vous a été annulé », explique Nathalie Trignol Viguier, médecin référent du centre d’orthogénie du CHRU de Tours et secrétaire de l’ANCIC (Association nationale des centres d’IVG et de contraception). 

Pour les professionnels de l’orthogénie, les difficultés ne font que commencer. « Côté gynécologues de ville, certains manquent à l’appel, qu’ils soient en arrêt maladie ou aient fermé leur cabinet par crainte de ne pouvoir éviter la contagion », indique Laurence Danjou, co-présidente de l’ANCIC et gynécologue à Paris. Et à l’hôpital les IVG instrumentales sous anesthésie générale sont difficiles à organiser, les anesthésistes étant sollicités sur le front du covid 19.

Situations complexes

Surtout, associations et professionnels alertent sur les risques liés au confinement. « Comment une adolescente dont l’activité sexuelle est inconnue de sa famille pourra-t-elle sortir pour aller au planning », interroge Nathalie Viguier. Quid des femmes sous l’emprise d’un conjoint qui refuserait qu’elles avortent ou qu’elles se procurent un test de grossesse ?

Sans parler de celles subissant des violences. « Et que se passera-t-il pour des femmes sollicitant une IVG et infectées par le SARS-CoV-2 ?, s’inquiète Laurence Danjou. La priorité sera de les soigner et de ne pas exposer les soignants, mais si après leur quatorzaine elles ont dépassé le délai légal, elles ne pourront plus se rendre à l’étranger. »

Enfin, l’ANCIC craint que la crise amène des femmes ayant un projet parental à y renoncer parce qu’elle auront perdu un proche ou un emploi. « Toutes ces situations vont faire que des besoins tardifs émergeront, résume Nathalie Trignol Viguier. Des besoins supplémentaires aux demandes habituelles. » D’où la revendication d’une augmentation temporaire du délai légal. « Nous espérons également qu’elles pourront profiter d’une large interprétation de la loi autorisant l’interruption médicale de grossesse pour motif psycho-social », note Nathalie Trignol Viguier.

Les professionnels s'adaptent

En attendant, pour mieux répondre aux besoins, le centre d’orthogénie de Tours s’est adapté. Toute les activités non urgentes ont été supprimées.« Nous avons conservé les IVG et la contraception d’urgence, et nous avons simplifié le parcours », résume Nathalie Trignol Viguier.

La consultation est réalisée par téléphone. La patiente ne se déplace que pour prendre le médicament, ou bénéficier de l’intervention. Puis tout est réalisé dans un même temps, échographie, confirmation du choix, dépistage d’IST si nécessaire et IVG. « La méthode médicamenteuse est privilégiée, ainsi que l’anesthésie locale lorsqu’une aspiration est nécessaire. C’est un geste, simple, rapide et qui ne mobilise pas les anesthésistes. »

Ailleurs, certains médecins généralistes orientent déjà prioritairement vers les sages-femmes, selon Chantal Birman, vice-présidente de l’Association nationale des sages-femmes orthogénistes (ANSFO). Et le réseau ville hôpital pour l’orthogénie (REVHO) tient à jour la liste des différentes structures et cabinets qui restent ouverts. « Il faut surtout favoriser l’IVG médicamenteuse à domicile, afin d’éviter les déplacements à l’hôpital », conclut Françoise Birman. « On devrait également favoriser la surveillance de la grossesse via les BHCG, plutôt que d’encombrer l’échographie. Cela peut même se faire par télétransmission. Et si le délai pour l’accès à l’IVG médicamenteuse est dépassé, il faudra alors favoriser les interruptions chirurgicales en centre de santé, sous anesthésie locale, plutôt qu’à l’hôpital. »

Enfin l’ANCIC rappelle également que si le confinement éloigne certaines personnes, il en rapprochent d’autres. « Il est donc important que l’accès à la contraception via le prolongement d’ordonnances à distance soient favorisé », conclut Nathalie Trignol Viguier.

Sandra Mignot

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