Présidentielle : Quel hôpital pour demain?

Le colloque annuel de l'INPH (Intersyndicat de praticiens hospitaliers) qui s'est déroulé mercredi dernier à Paris, a donné lieu à des interventions des candidats à la présidentielle, comme à l'évocation des défis que devra relever l'hôpital de demain.

 
"Non à un hôpital entreprise, (...) à la conquête de nouveaux marchés. Non à l'hôpital comme un refuge médico-social. Non à la privatisation du monde hospitalier". Si le discours inaugural du docteur Rachel Bocher, présidente de l'INPH, était résolument tourné vers l'avenir, il était aussi socialement engagé. A la veille des élections présidentielles, ce colloque annuel de l'INPH a pris une teinte politique avec la présence des représentants de santé des candidats, mais a aussi dressé les enjeux qui attendent l'hôpital de demain, développés en quelques points. Quoiqu'il en soit, la présidente s'est réjouie de constater que jamais encore la santé n'avait été autant un thème central des programmes politiques.
 

Comment mieux décloisonner urgences/médecine de ville ?

David Gruson, de la FHF, a reconnu la forte augmentation de l'activité aux urgences ainsi qu'une tension dans ces services. "Le lien avec la permanence des soins en ville, la nuit, n'est pas suffisamment forte".
 
Dans le cadre d'ouverture de groupements de soins territoriaux, il a évoqué la possibilité, par exemple, de conditionner toute autorisation d'acquisition de matériel d'imagerie à une participation des radiologues à la permanence des soins, tout comme la nécessité de développer le numérique et la télémédecine.
 
Adnan el Bakri, VP du CN des Jeunes Chirurgiens, espère, lui, une meilleure coordination entre médecine de ville et hôpital, notamment sur la question du big data et l'informatisation des données.
Pour le professeur F.-R. Pruvot, "il faut arrêter de créer des structures et  créer du lien entre celles qui existent déjà."
 

Economies et budget

Adnan El Bakri, a insisté sur la possibilité de faire des économies importantes sur "les parcours de soins", et non sur une potentielle suppression de postes, ce qui mettrait en péril la qualité de travail des soignants au quotidien et serait donc contre-productif.
 
Rachel Bocher, avait, elle aussi, en préambule, déjà souligné le fait que "le dispositif actuel fait la part trop belle à l'économie."
 
Le professeur Didier Hoeltgen, DG du CHU de Clermont-Ferrand, a souligné, se basant sur un rapport d'Olivier Véran, que "la T2A a montré ses limites, mais a permis de valoriser les missions individuelles". Selon lui, l'activité n'est pas réductible à l'efficacité et la T2A ne convient pas aux domaines des urgences, de la psychiatrie, qui ne sont pas compressibles avec des tarifications à l'acte... Mais "comment sortir de la dotation globale vs T2A", s'est-il demandé.
 
"Comment financer ces nouveaux investissements? Avec une dette supplémentaire ou une souscription générale"? Des questions aux réponses restées en suspens.
 

La question centrale de l'attractivité de l'hôpital

Avec 1900 euros /mois avec son bac+12, Adnan El Bakri a pointé du doigt l'un des défis de l'hôpital de demain: la politique de bas salaires, qui ne favorisent évidemment pas l'attractivité. Après 5 ans, 1/3 des médecins exercent en libéral et non dans le public, et une partie non négligeable a même quitté les radars du recensement.
 
Mais le manque de créativité, un sentiment d'enfermement jouent aussi en la défaveur des vocations. "Nous n'avons plus de liberté, on a le sentiment de passer nos journées à faire de l'administratif, nous n'avons pas le temps, ni de faire du soin, ni de l'innovation", a aussi regretté Adan El Bakri. Du côté du professeur Pruvot, la sémantique entreprenariale nouvellement utilisée, comme "leviers de performance", "contexte stratégique", "gestion" éloignent peu à peu les médecins et soignants de leur mission première de soin.
 

Les déserts médicaux

La question est multifacettes. Le docteur Patrick Bouet, président du Conseil National Ordre des Médecins, a parlé du numerus clausus. A ses yeux, "il n'a plus d'intérêt régulateur". Ce qu'il faudrait, en revanche, c'est développer l'attractivité générale des territoires en eux-mêmes, grâce à une "revalorisation territoriale", et parvenir à "professionnaliser les jeunes médecins dans leur territoire (lors de leur 3e cycle), leur faire connaître leur territoire", afin de mieux les convaincre de s'y installer ou d'y rester. "Lorsque des actions ambitieuses sont menées, on parvient à inverser la tendance (des départs, ndlr)", estime-t-il, confiant.
 
Delphine Bauer
Une mesure phare des candidats pour l'hôpital ?
 
"Procéder à une simplification entre la CMU, l'ACS et AME", selon le docteur Gérard Sebaoun, représentant de Benoît Hamont (PS)
 
"Nous serions favorables à une baisse du temps d'hospitalisation via l'ambulatoire", selon le Docteur Joëlle Melin, représentante de Marine Le Pen (FN)
 
"Donner plus d'autonomie aux hôpitaux, rester ouverts à la possibilité de moins d'actes et privilégier des forfaits", selon le professeur Jérôme Salomon, représentant d'Emmanuel Macron (En Marche)
 
"Nous souhaitons revaloriser les carrières et améliorer les conditions de travail au quotidien", selon Charlotte Girard, réprésentant de J.-L. Mélenchon (La France Insoumise)
 
"L'hôpital est à l'intérieur d'un système de santé, axé autour de l'excellence et de la solidarité. La vraie clé, c'est la qualité et la pertinence des actes", selon le professeur Jean Leonetti, représentant de François Fillon (LR)

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