Yves Tassel, infirmier anesthésiste IADE : « Notre spécialité est technique mais il reste le malade, démuni »

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A 63 ans, Yves Tassel vient de publier un premier livre autobiographique, « Ma vie en blouse blanche »*. Cet infirmier anesthésiste revient sur 37 ans d’une carrière où il n’a jamais cessé de faire prévaloir la relation humaine. Aujourd’hui à la retraite, il demeure viscéralement attaché à sa vocation de soignant.

Yves Tassel, infirmier anesthésiste : « Notre spécialité est technique mais il reste le malade, démuni »

©DR Ancien infirmier anesthésiste, Yves Tassel a publié un livre témoignage, ''Ma vie en blouse blanche''

Vous avez connu l’époque des salles communes, d’une médecine peu spécialisée… Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre métier ? 

J’ai intégré école d’infirmière en 1970. Je me souviens de pathologies telles que les cancers pour lesquels nous ne disposions d’aucun traitement. Il n’existait ni scanner, ni IRM, ni marqueurs cancéreux à l’époque. Nous ne pouvions rien proposer aux patients.

Un jour, le patron du service cessait de venir dans sa chambre, puis c’était au tour du chef de clinique et de l’interne. Alors, il ne restait plus que nous les infirmiers, seuls à tenir la main du malade jusqu’à la fin.

En 40 ans, les avancées ont donc été extraordinaires. D’un autre côté, en devenant de plus en plus technique, la profession d’infirmier se déshumanise. L’environnement technique occupe trop de place. Les yeux fixés sur leur écran, les Iade oublient de regarder le malade.

Justement, la spécialité d’infirmier anesthésiste semble très technique. Comment conserver cette relation humaine ?

L’aspect relationnel représentait 90 % de ma pratique. Certes, notre spécialité est technique mais il reste le malade, qui est nu sur la table, totalement démuni. Or, il devient un numéro au bloc opératoire. Il faut se garder de le déshumaniser.

Je parlais donc beaucoup avec les patients, avant et après l’anesthésie, en salle de réveil. Et ce contact peut avoir son utilité technique. Les endoscopies par exemple nécessitent des anesthésies très légères, tant pour soulager les passages douloureux que pour prévoir une sortie du malade le jour-même. Il s’avère très difficile de trouver le bon dosage.

J’ai constaté que le fait de discuter avec le patient, de capter son attention en lui tenant la main pouvait produire le même effet qu’une injection. Cela permet de diminuer les doses d’anesthésique.

On ressent une certaine nostalgie chez vous. Comment s’est achevée votre carrière ?

Je travaillais depuis 1990 dans une clinique de Tours. En 2004, les quatre cliniques de la ville ont entamé leur regroupement. On m’a confié une partie de ce projet. La charge de travail était énorme car je la réalisais en plus de mon exercice d’infirmier.

En 2007, j’ai été victime d’un burn-out et je n’ai jamais pu travailler dans cette nouvelle clinique, ouverte l’année suivante. C’est aussi le résultat de la pression que je subissais depuis 15 ans : j’avais créé le service d’anesthésie de cet établissement en 1989. Puis de nouvelles technologies sont arrivées, avec l’instauration des salles de réveil, des décrets, des protocoles…

Depuis, je me suis engagé dans le Samu social. Mais je n’ai pu m’empêcher de trop m’investir et ai été contraint de m’arrêter à nouveau. J’ai besoin d’être un soignant.

Propos recueillis par Emilie Lay

* éditions Edilivre, août 2015

 

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Réactions

8 réponses pour “Yves Tassel, infirmier anesthésiste IADE : « Notre spécialité est technique mais il reste le malade, démuni »”

  1. Jc Calicoba dit :

    Décidément, en Milieu Hospitalier comme en libéral, c’est la cata !
    Les patients devenant des sources de revenus, les soignants des sources de dépenses, le « Prendre soin » est devenu à la fois une utopie et une perte de temps : Pour l’encadrement c’est également une perte d’argent, pour les nouveaux employés, une prise en charge « à l’ancienne », d’un autre temps, d’un autre monde. Le patient est oublié derrière la tonne de paperasse à gérer, les cadres ne s’attachent plus qu’au regard porté par le gouvernement sur la gestion purement administrative de leur unité.
    Exit la qualité des soins : Le non respect des prescriptions, ou l’exécution de prescriptions insensées et dangereuses, comme elles fleurissent de nos jours, n’inquiète plus personne… La sonnette d’alarme, quelques uns des « vieux » soignants la tiraient encore dans l’espoir de faire éveiller les consciences. Peine perdue ! Quand la charge de travail le permet encore, après la réduction drastique de personnel subie ces dernières années, j’ose pourtant tenir la main d’un patient, m’asseoir sur son lit pour parler, tout en outrepassant les règles institutionnelles…. en attendant le retour de bâton.
    Le choix, pour moi, est fait. Et que l’hôpital public coule. C’est l’option choisie par les gouvernements successifs, droite et « gauche » confondues…

  2. Parler, écouter, analyser , tenir la main pour rassurer , prévenir , conseiller par rapport au traitement , anticiper la douleur …… en libéral : ces actes sont désormais « inutiles » et un prétexte à grossir le nombre d’AIS: notre rôle propre , la face la plus humaine de notre profession et que oui , nous pratiquons beaucoup chez nos patients aux lourdes pathologies qui ont fait le choix de rester chez eux
    Nous ne fraudons pas , nous les soignons tout en leur permettant une main tendue, une écoute à la fois professionnelle et humaine .
    Quand toutes ces activités que vous faites avec vos tripes autant qu’avec votre cerveau sont relégués en actes non nécessaires voire inutiles au point de nous harceler par des contrôles humiliants , nous qui n’aspirions qu’à une reconnaissance de nos compétences et de notre activité professionnelle sommes cloués au pilori , accusés , condamnés à justifier notre travail pour prouver que nous ne sommes pas des fraudeurs….
    Le burn out est là tout prêt …. (stress , angoisses , insomnies , nausées , phobies , pleurs… )
    Un déclic et hop ! On bascule !

  3. Sylvia Lima dit :

    On y est tous un peu
    Et avec les nouvelles mesures du gouverment
    C est qu un.debut …dans un long couloir …

  4. Anne Michèle dit :

    Victime du burn out mais tjs le besoin de soigner!

  5. J ai terminé en burnt out même si j étais pas du tout une passionnée j ai plongé

  6. Master Thief dit :

    Il est bien, cet homme, et plein de bon sens.

    Chapeau bas.

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