La contention peut-elle rester éthique ? 

La contention, en service psychiatrique ou en Ehpad entre autres, est permise par la loi dans un cadre bien précis. Pourtant, les soignants se heurtent à des dilemmes éthiques devant la pratique. Et si la contention pouvait aider à rétablir le lien avec le patient ?


La contention peut-elle rester éthique ? D’un point de vue éthique, la contention pose-t-elle la question de la liberté versus la sécurité ? 

En cela, « la contention touche au droit fondamental du citoyen d’aller et venir », explique Matthieu Guyomard, infirmier en psychiatrie depuis 2006, co-auteur du document intitulé Réflexion éthique autour de l’usage de la contention chez les personnes âgées, publié par le comité éthique de la Fondation Bon sauveur de Bégard, en Bretagne.

Par ailleurs, la contention peut également être analysée sous l’angle de la dignité. « D’un point de vue déontologique, le devoir du soignant est de respecter le principe d’égalité des hommes, et donc, d’égale valeur en dignité de toutes les vies humaines. Il s’agit aussi de respecter la liberté du patient et les droits du patient, rappelle Lynda Sales Caires, infirmière en psychiatrie à l’hôpital Paul Guiraud et auteure du livre La Contention physique en psychiatrie : un dissensus profond (Editions Connaissances et Savoirs, décembre 2017). La contention physique semble alors constituer une entorse à ces droits fondamentaux du patient car il s’agit d’une privation de liberté qui met en plus l’individu en impossibilité de communiquer. En outre, les atteintes portées à la dignité du patient et à l’égalité des hommes par les diverses humiliations inhérentes à la procédure de la contention physique en font une procédure inacceptable déontologiquement ».

Echec de la relation soignant-soigné

A cela s’ajoute d’autres freins pour les soignants à pratiquer cet acte. La contention signifie utiliser une forme de violence pour canaliser celle du patient. Cela peut être vécu comme un échec dans la relation soignant-soigné. Enfin, des études sur la question montrent son inefficacité[1] sur la prévention des chutes et son caractère traumatisant pour le patient. Sans compter que dans la société, la contention est associée à la camisole et l’asile du 19e siècle où l’on enchaînait les fous comme des animaux, et où la bourgeoisie se rendait en promenade le dimanche.

Finalement, si le sujet est complexe, c’est qu’il semble exister un clivage entre deux écoles de pensées, explique Lynda Sales Caires : « Dans la morale déontologique (Kant), “la fin ne doit pas justifier tous les moyens”. Ainsi, tuer une personne pour en sauver d’autres reste inacceptable, car tuer est par essence immoral, indépendamment des circonstances. A cette approche déontologique, s’oppose une vision téléologique, conséquentialiste pour ne pas dire utilitariste (John Stewart Mill). Il s’agit de mettre en avant “la valeur morale d’un acte qui consiste à puiser le caractère bénéfique des conséquences”. Il existe alors un caractère sacrificiel dans cette approche, le malheur de quelques uns se justifierait au nom du bonheur du plus grand nombre. Des moyens moralement mauvais seraient acceptables en raison d’une finalité moralement bonne ».

Rétablir le lien

Le Comité d’éthique de la fondation Bon Sauveur qui a réfléchi à cette question est parti de l’étymologie de la contention. Ce mot vient des mots latins contienere, qui signifie maintenir ensemble voire contenir et contentio, lutte en français. Le terme comprend bien la notion de violence, mais on peut aussi interroger celle de rétablissement du lien entre soignant et soigné. « Nous considérons que de la restriction de liberté de mouvement peut naître le rétablissement du lien, il va obliger le patient à verbaliser, à s’ouvrir à l’autre », souligne Matthieu Guyomard.   

« C’est le pragmatisme qui me pousse à penser cela », précise celui qui a plusieurs fois pratiqué la contention dans le cadre de son poste aux entrées/sorties du service psychiatrique de l’établissement psychiatrique de la fondation. « Il m’est plusieurs fois arrivé d’être remercié, quelques semaines après avoir attaché, par les patients ou leur entourage. La contention rétablit une sorte de contenant sécurisant, en le protégeant de lui-même, tout en protégeant les autres. La contention peut les apaiser de leur “folie”, en posant des limites alors structurantes ». A condition que cet acte ne soit pas utilisé par facilité et par manque de moyens.

« Bien sûr, la contention n’est pas un acte plaisant, cela doit demeurer exceptionnel et n’intervenir qu’en dernier recours, quand tous les autres ont échoué. C’est un recours ultime mais parfois nécessaire, quand tout a été essayé, en vain ». C’est d’ailleurs ce que dit la législation qui encadre très précisément cette pratique.

Alexandra Luthereau

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1. Capezuti E., Evans L., Strumpf N., Maislin G., Physical restraint use and falls in nursing home residents, J Am Geriatr Soc., 1996 ; 44 : 627-33 dans ANAES, Evaluation des pratiques professionnelles dans les établissements de santé : limiter les risques de la contention physique de la personne âgée, octobre 2000.

 

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