Affaire Naomi Musenga : le parquet ouvre une enquête préliminaire

Le Parquet a ouvert une enquête préliminaire du chef de "non assistance à personne en péril", pour l'affaire Naomi Musenga, qui a, après sa médiatisation, profondément indigné soignants et non soignants.

Affaire Naomi Musenga : le parquet ouvre une enquête préliminaireDans l'enregistrement, on entend une femme demander de l'aide. Supplier même. Elle communique avec une assistante de régulation médicale du Samu, et se plaint de vives douleurs, d'une voix très faible. 

"Qu'est ce qui se passe, bon, si vous ne me dites pas ce qu'il se passe, je raccroche", répond sèchement l'opératrice, avant de lui conseiller d'appeler SOS médecins. "Je vais mourir", continue Naomi Musenga. "Ah oui, vous allez mourir, certainement un jour, comme tout le monde", se moque l'assistante de régulation, ne souhaitant pas en savoir plus et exaspérée, semble pressée de raccrocher. 

Naomi Musenga parviendra à expliquer, tant bien que mal, ses douleurs. Elle a mal "au ventre" et "mal partout". Elle sera priée de raccrocher et de joindre SOS Médecins. 

La suite, on la connait : SOS médecins, contacté plusieurs heures plus tard grâce à une proche, intervient, puis fait intervenir le Samu. Naomi Musenga, 22 ans, décèdera à l'hôpital, d'une défaillance multi-viscérale, selon le récit d'Heb'di, le premier média à avoir révélé l'affaire. 

Cette histoire fait le tour des médias et des réseaux sociaux depuis deux jours. Elle a profondément indigné, soignants et non-soignants. Car des opératrices au service de la santé, se moquent ouvertement, d'un appel à l'aide : non seulement le protocole n'a pas été suivi sur le fond - l'opératrice, face à une urgence vitale n'a pas mis en relation la patiente avec un médecin régulateur -, mais aussi sur la forme : "la transmission entre les deux opératrices est une transmission, inadmissible. On sent bien qu'elles prennent l'affaire à la légère", a estimé François Braun, président de Samu-Urgences de France, à l'agence de presse AMPnews. 

Le Parquet et le CHU ont lancé leur enquête 

Dans un communiqué diffusé mercredi, la procureure de la République de Strasbourg, Yolande Renzi, a annoncé avoir ouvert une enquête préliminaire "du chef de non-assistance à personne en péril", à la suite d'une saisine de la famille de la jeune femme, qui a souhaité déposé plainte. 

Le CHU de Strasbourg a également diligenté une enquête administrative. En attendant ses conclusions,  l'opératrice concernée a été suspendue. 

Comment gérer le mépris et l'ignorance ? 

Si ce cas de mépris et d'ignorance est décrit comme un cas isolé par les organisations d'urgentistes dans leur ensemble, les professionnels s'accordent à dire qu'il faut moderniser les Samu et les modalités de prise en charge.

Ainsi, l'ordre des médecins a annoncé mercredi dans un communiqué qu'il tiendrait une réunion mardi 15 mai avec Samu-Urgences de France et l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). 

La ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé de son côté, vouloir saisir l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). Une réunion à ce sujet devrait se tenir dans les prochains jours. 

Mais au-delà des enquêtes et des rapports qui seront émis, pour dédouaner - ou au contraire accabler - les opératrices ou leur administration, quelle est la part de  responsabilité individuelle et collective d'un tel traitement d'un appel de détresse ? La violence ordinaire et le mépris peuvent-ils vraiment trouver des excuses quand on a choisi ce type de profession ? Peut-on enseigner ou sensibiliser à la bienveillance ou dépend-elle uniquement de prédispositions individuelles ?

Pour faire avancer le système de santé dans son ensemble, il serait intéressant de se pencher aussi, sur ce type de questions. 

M.S

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Réactions

59 réponses pour “Affaire Naomi Musenga : le parquet ouvre une enquête préliminaire”

  1. isa92 dit :

    Il faut arrêter de sortir l’excuse d’un personnel soignant en souffrance en toute occasion !!! Je suis IDE et sais donc de quoi je parle, l’opératrice en question est loin de paraitre débordée mais plutot amusée de sa réponse “vous allez mourrir un jour comme nous tous”. Quand bien même elle serait agacée par les nombreux appel “bidons” dans le genre, en tant que régulatrice elle se doit de rester professionnelle et on peut très bien lire le sourire qu’elle devait avoir au coin des lèvres à ce moment là. Manque de bol l’histoire se termine mal.
    Dans ce genre de métiers on se doit d’être bienveillants et si un jour la bienveillance nous quitte c’est qu’il est tant de quitter le métier. Et arrêtons de tout mettre sur le dos du manque de moyens et d’effectif. Ce ne lui aurait pas pris plus de temps que de passer un médecin qui lui aurait peut etre perçu la gravité de la situation. Ou pas d’ailleurs. Mais là c’est un manque total de respect vis à vis de la personne qui souffre. À ce moment précis, le nécessaire n’a pas été fait. Nous travaillons avec des vies humaines, posons nous les bonnes questions quand nous allons travailler. Et attention, nous ne sommes pas des machines, l’erreur est humaine mais là pour moi il ne s’agit pas d’une erreur mais d’une faute. La patiente serait peut etre decédée dans tous les cas même avec une prise en charge plus rapide mais la régulatrice n’aurait rien eu à se repprocher si le Samu était intervenu plus tot.

  2. Anonyme dit :

    ActuSoins elles sont mignonnes vos questions mais relativement superficielles. Surtout que vous n’y apportez même pas un début de piste de reflexions. Et puis c’est bien joli l’angelisme de dire peut-on enseigner la bienveillance? La question n’est pas tellement là et vous le savez, la question est :Est-il raisonnable d’exiger de la bienveillance quand votre patient vous apelle pour la 20 eme fois pour un bassin en moins de deux heures qu’il refusera in fine d’utiliser?” Elle est là la question, les êtres humains ne sont pas des robots, et il est inevitable d’être fortement agacé au bout d’un certain nombre “d’appels aux loups”. En tant sue soignant on l’a tous vécu et la pudibonderie avec laquelle le sujet est traité alors qu’on sait que NON ce n’est pas un cas isolé. Les cadences ne permettent pas une bienveillance de tout instant, on le sait tous. Et qu’est-ce qu’on fait au lieu de dire bah oui ca arrive et c’est normal d’être moins alerte et d’encourager les soignants à passer la main et leur donner les ressources pour le faire, vous faites du closer de base en encourageant une responsabilité purement personnelle. C’est mortifère! La situation de cette jeune femme, on la lit aujourd’hui avec la finalité qu’on lui connait, que dirait-on de la même bande sans la fin qu’on connaît? Vous êtes un magazine de soignants, cet ideal quasi monacale que vous entretenez ne fait ni avancer les pratiques mais les encouragent à bien cacher leurs défaillances.

  3. Anonyme dit :

    On ne va quand même pas faire un rapprochement entre incompétence et manque de moyens ? Si ???

  4. Anonyme dit :

    faire avancer le systeme de santé ??? euh comment dire ? on dit dejà ^^ beaucoup ^^ nous, les professionnels de santé … mais les ” autres en face ” sont sourds , aveugles , et … bippp . voilà un peu ! … beh , on est pas rendus ! ..

  5. Anonyme dit :

    Le gouvernement nous rit au nez quand on parle de conditions de travail, surmenage, et tous ces suicides de soignants…
    Ca fait deja un bon moment qu’on alerte et qu’on s’épuise.
    Rien n’est fait pour améliorer nos conditions et favoriser un travail de qualité afin justement d’éviter ces situations gravissime.

  6. Anonyme dit :

    Erreur monumentale de casting dans la personne de cette régulatrice qui n’a pas sa place au service des personnes , qui plus est au SAMU IMPARDONNABLLE

  7. Anonyme dit :

    Erreur monumentale de casting dans la personne de cette régulatrice qui n’a pas sa place au service des personnes , qui plus est au SAMU IMPARDONNABLLE

  8. Anonyme dit :

    Tous notre hiérarchie travaille au plus serré : VOILA LE RÉSULTAT ! L’opératrice est certainement coupable, mais pas responsable ! (dixit une ex-Ministre de la Santé !)

  9. Anonyme dit :

    Qu’on soit clair, rien n’excuse les propos de l’opératrice. Mais, on va être honnête deux minutes, ce n’est pas la forme qui a engendré le décès de cette jeune femme mais le fond, c’est à dire qu’en fonction de tout un tas de facteur, l’urgence vitale n’a pas été détectée et ça malheureusement, ce n’est pas une question d’empathie mais de temps impartie pour chaque appel et de nombre de professionnels formés capable de gérer la situation. Il y a bien longtemps que les soignants tirent la sonnette d’alarme sur le fait que les moyens alloués sont totalement insuffisant pour fournir un travail de qualité et mettent justement en garde contre ce genre d’accident.
    La ministre ainsi que tous ses prédécesseurs ont ignoré les appels à l’aide successif.
    Aujourd’hui, elle se dit choquée. La dernière fois qu’une soignante a attiré son attention sur les carences du système hospitalier, ça l’a fait rire…

  10. Anonyme dit :

    En effet il faut se questionner. La bienveillance, l’empathie sont parfois innées, parfois s’acquièrent au cours du cursus de formation…
    A mon avis, il est vital, pour les professions de santé, de maintenir l’entretien oral, lors de concours d’entrée (alors qu’il est +/- prevu de le supprimer) car je pense que c’est un des moments crucial, qui permet de détecter (même si personne n’est infaillible) si le candidat est prédisposé à devenir un soignant avec des valeurs essentielles dans ces métiers….

  11. Anonyme dit :

    Problème de déontologie évident,
    de formation flagrante car peu importe le niveau de formation initiale et complémentaire,
    seul importe l’intérêt économique institutionnel.
    Dans les blocs opératoires nous le voyons bien aussi, la formation des Infirmiers exerçant au bloc opératoire pour se spécialiser ibode est faible et pas soutenu,
    Il est plus économique et avantageux de mettre en poste une ide sortie d’école qu’une ibode,
    Malgré des textes de lois existants…
    Il faut que des drames arrivent pour le comprendre malgré les alertes.
    Les instances sont sourdes et aveugles…faudra t-il médiatiser encore et aller en justice pour se faire entendre, reconnaître et respecter ???!!!

    Corporation-ibode

  12. Anonyme dit :

    Sans commentaire laissons la justice faire son travail …

  13. Anonyme dit :

    NOn assistance à personne en danger ! Aucune considération du patient ! Quand elle lui répond Que l on va tous mourir un jour ! Mais ou va t on ? Je suis scandalisée après avoir entendu cet enregistrement j ai pas de mot pour définir ce que j ai entendu tout le discours est contraire au valeurs soignantes quand elle lui dit qu elle doit être capable d appeler SOS médecins ! Alors que le 15 est connu de tous pour urgences vitales ! Qu elle va raccrocher ! Honteux ! Les rapports sont évidents aucune bienveillance aucune empathie ! Aucun professionnalisme

  14. Anonyme dit :

    Ce sont de bonnes questions… d’actualité et concernant plusieurs acteurs de la Santé…

  15. Anonyme dit :

    Absence de professionnalisme à l évidence. Mais pourquoi met on un administratif à la prerégulation et non un soignant de préférence IDE. Pourquoi met on une IDE à l accueil orientation des urgences et pas à la prerégulation au 15 ?

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