LFSS 2026 : l’élargissement du rôle des pharmaciens inquiète les infirmiers

La Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 élargit le rôle clinique des pharmaciens d’officine, en généralisant des prises en charge issues de l’expérimentation Osys et en ouvrant la voie à de nouvelles missions. Si la mesure est présentée comme une réponse aux difficultés d’accès aux soins, elle suscite une vive opposition des organisations infirmières, qui dénoncent un transfert de compétences sans concertation ni reconnaissance équivalente du rôle clinique des IDE.

Une réforme votée sans les infirmiers

Pour la profession infirmière, la méthode pose problème. L’élargissement des missions des pharmaciens a été acté dans le cadre de la LFSS sans véritable concertation avec les représentants des IDE.

« Les infirmiers découvrent une fois de plus des décisions qui impactent directement leur champ d’exercice, sans avoir été associés aux discussions », dénonce la Fédération nationale des infirmiers (FNI).

Des situations cliniques déjà prises en charge par les IDE

Plaies simples, symptômes urinaires, affections bénignes : les situations désormais concernées par les prises en charge en officine recoupent largement des actes quotidiens infirmiers, en ville comme à l’hôpital.

« Ce que le législateur qualifie de “situations simples”, ce sont des évaluations cliniques que les infirmiers réalisent depuis des années », rappelle la Coordination nationale infirmière (CNI).

Plaies simples : “une ligne rouge” pour les syndicats

La possibilité de prendre en charge des plaies superficielles en officine cristallise les tensions. Les infirmiers alertent sur une vision jugée réductrice et potentiellement dangereuse.

« Il n’existe pas de plaie simple sans évaluation clinique approfondie », insiste le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).

Sur le terrain, les IDE redoutent des complications évitables, notamment chez les patients âgés ou diabétiques.

« Ce sont les infirmiers qui récupèrent ensuite les plaies infectées ou mal cicatrisées », témoigne une IDE libérale.

Cystites : un tri clinique jugé insuffisant

La prise en charge des symptômes urinaires simples chez la femme est également pointée du doigt par les syndicats infirmiers.

« Une cystite ne se résume pas à une check-list de symptômes », alerte la CNI.
« Il y a un contexte, des récidives, des facteurs de risque que seule une évaluation globale permet d’identifier ».

Une reconnaissance toujours refusée aux infirmiers

Pour les organisations professionnelles, la LFSS 2026 illustre une réforme déséquilibrée : élargissement des compétences pour certains, statu quo pour les infirmiers.

« Nous demandons la reconnaissance de la consultation infirmière et du rôle de premier recours depuis des années. La LFSS 2026 n’apporte aucune avancée », regrette la FNI.

« On transfère des missions, mais jamais l’autonomie ni la reconnaissance aux infirmiers », résume un responsable syndical.

Coordination des soins : des garanties absentes

Si le gouvernement invoque la coordination interprofessionnelle, les IDE dénoncent un concept sans moyens opérationnels.

« Sans traçabilité, sans partage d’informations et sans clarification des responsabilités, la coordination reste un mot-valise », estime le Sniil.

Les syndicats réclament des protocoles partagés et une information systématique des IDE intervenant auprès des patients.

“Les infirmiers ne veulent plus être les oubliés des réformes”

Pour la profession infirmière, l’élargissement du rôle des pharmaciens ravive un malaise ancien : celui d’être indispensables sur le terrain, mais absents des décisions structurantes.

« Les infirmiers ne sont pas opposés à l’évolution du système de soins. Ils refusent simplement d’être contournés », conclut la CNI.

« Si le gouvernement veut réellement améliorer l’accès aux soins, il doit enfin reconnaître les infirmiers comme des acteurs cliniques à part entière », tranche la FNI.

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