Formation aux gestes d’urgences : des freins d’accessibilité pour les professionnels de santé ?

Depuis 2010, la Formation aux gestes et soins d’urgences (FGSU) est obligatoire pour l’obtention des diplômes de la quasi-totalité des formations en santé, dont le DE infirmier. Pour les soignants en exercice diplômés avant l’entrée en vigueur de cette obligation, elle est fortement recommandée. Pourtant, sur le terrain, son accessibilité semble limitée.

Formation aux gestes d’urgences : des freins d’accessibilité pour les professionnels de santé ?

© Torychemistry / ShutterStock

A l’origine, la formation a été mise en place afin de répondre à une problématique de prise en charge des usagers. « Sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que les urgences étaient mieux gérées en pré-hospitalier qu’au sein des services, car les professionnels y sont dédiés et disposent de tous les moyens et des compétences nécessaires », explique Gaël de Beaudrap, infirmier au Smur/Samu à l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) et formateur AFGSU.

« En dehors des services d’urgences ou de réanimation, les professionnels des établissements sanitaires et médico-sociaux sont moins confrontés à des situations d’urgence. De fait, lorsque ces situations se produisent, ils rencontrent de grandes difficultés à les prendre en charge en attendant l’arrivée des renforts. »

Problématique d’accessibilité

Pour pallier ce problème, la formation est devenue obligatoire dès la formation initiale. L’objectif est ainsi de veiller à ce que les professionnels de santé, libéraux comme salariés, les personnels administratifs, techniques et ouvriers des établissements sanitaires et médico-sociaux, et les futurs soignants, détiennent une culture commune de gestion des risques sanitaires, biologiques, chimiques ou nucléaires, puissent entreprendre les mesures adaptées et éviter des conduites inappropriées dans ces situations pour lesquelles ils sont en première ligne.

La formation AFGSU est composée d’un niveau 1 pour les non-soignants (14 heures), d’un niveau 2 pour les soignants (21 heures), et d’un niveau de spécialisation avec 12 modules. Valable quatre ans, cette formation est dispensée par l’un des 103 Centre d’enseignement aux soins d’urgence (Cesu) répartis sur le territoire.

Cependant, pour le responsable d’un centre de formation ayant conventionné avec un Cesu, préférant rester anonyme, l’organisation actuelle des formations ne permet pas de répondre à la demande. « Les formations à l’AFGSU sont mal nomenclaturées », estime-t-il.

Pour former une personne à l'AFGSU, le formateur doit obligatoirement être professionnellement d’un niveau au moins équivalent à celui des personnes qu’il forme. A titre d’exemple, un infirmier ne peut pas former un médecin.

Il doit aussi obligatoirement exercer aux urgences ou en réanimation. Exception : les formateurs des Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) peuvent dispenser la FGSU aux étudiants en soins infirmiers à condition d’avoir suivi une formation de formateur en gestes et soins d’urgence de dix jours théoriques.

Déficit dans l’offre de formation ou blocage des demandes dans les services ?

De fait, pour les infirmiers déjà diplômés notamment, ce fonctionnement actuel serait « limitant », d’après le responsable du centre de formation : le verrouillage des formateurs pouvant dispenser la formation serait à l’origine d’un déficit d’offres de formation.

Le Dr Gaël Gheno, président de l’Association nationale des CESU (ANCESU) ne partage pas ce point de vue.  « En dehors du retard pris pendant la crise sanitaire, en raison de l’obligation de fermer des CESU, nous n’avons jamais reçu de remontée de terrain sur l’absence de formations d’étudiants au sein des Ifsi ou de soignants. »

Il reconnaît que certaines zones peuvent traverser des périodes de tension. Cependant, les CESU étant organisés, par territoire, en réseau (RESU), dès lors que l’un d’eux est en dépassement de capacité pour former à des soignants en demande, il peut solliciter l’aide d’un autre CESU, précise-t-il. 

Pour Gaël de Beaudrap, le nombre de soignants devant encore être formés est colossal. Pour lui, le problème ne vient pas de l'offre de formation mais des demandes des professionnels, non satisfaites .« Les CESU pourraient tout à fait absorber d’autres demandes de formation, mais encore faudrait-il que les établissements acceptent d’envoyer leurs professionnels de santé en formation », pointe-t-il du doigt.

Avec des services fonctionnant actuellement à flux tendu, envisager de « libérer » des soignants pour les trois jours que dure la formation, est source de crispation.

Les solutions face à la demande

Pour faire face à la demande, le responsable du centre de formation suggère d’échelonner le niveau des formateurs en fonction de celui des personnes à former. « L’AFGSU implique notamment une formation à l’usage de certains matériels tel qu’un charriot d’urgence, explique-t-il. Pour les professionnels amenés à utiliser ce type de matériel quotidiennement, la formation par un urgentiste paraît évidente. En revanche, pour les secrétaires médicales par exemple, qui n’utiliseront jamais ce type de matériel, pourquoi est-il nécessaire d’exiger une formation par un urgentiste alors qu’un autre soignant formé et compétent dans le domaine pourrait tout à fait le faire. »

Gaël de Beaudrap, lui,  plaide pour une augmentation du nombre de formateurs, en conservant les pré-requis actuels nécessaires néanmoins. « Il n’est pas envisageable, selon moi, que des personnes puissent être formées par un formateur qui ne pratique pas régulièrement des soins d’urgence. En revanche, il faudrait davantage communiquer sur ce rôle car la fonction est encore méconnue, regrette-t-il. Pourtant, elle est bien rémunérée. »

Mais cela impliquerait, de la part des établissements employeurs, un peu plus de souplesse concernant les horaires de travail des soignants afin qu’ils puissent plus facilement se consacrer à la formation de leurs pairs.

Des infirmiers satisfaits

Les infirmiers et aides-soignants ayant accès à la FGSU en sont satisfaits. « Ils sont souvent dans l’attente de pouvoir la suivre car ils craignent d’être confrontés à une prise en charge en situation d’urgence et souhaitent vraiment être formés, observe Gaël de Beaudrap. De plus, les cours, organisés autour de la théorie et de la pratique, permettent de faire le parallèle entre les vies professionnelle et personnelle. »

Et de poursuivre : « A l’issue de leur formation, ils sont généralement satisfaits car ils savent qu’ils ont acquis des compétences. Mais ils ont conscience qu’il serait utile, pour une prise en charge optimale, que d’autres personnes de leur service soient également formées. » D’où l’importance du recyclage de la formation, tous les quatre ans, car l’absence de pratique fait oublier les gestes. « Idéalement, il faudrait un recyclage tous les ans, mais à ce rythme, nous ne parviendrions pas à former tout le monde », reconnaît Gaël de Beaudrap.

Pour pallier ce problème, les formateurs encouragent généralement les équipes à mettre en place des formations internes à leur service, afin d’entretenir les connaissances. Actuellement, le recyclage est d’une journée mais « il repose sur le bon vouloir des établissements de santé », regrette le Dr Gheno, qui milite pour son caractère obligatoire.

Laure Martin

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Les différentes formations aux premiers secours

Outre la FGSU, il existe d’autres formations aux premiers secours.

- La formation "Prévention et secours civique de niveau 1" (PSC1) dure une journée. Elle rattachée au ministère de l’Intérieur et s'adresse à tous les citoyens. 

- La formation "Sauveteur secouriste du travail" (SST) dure 14 heures. Elle dépend du ministère du Travail.  Elle est dispensée dans un cadre professionnel et s' adresse aux salariés des entreprises sauf aux personnels des établissements relevant de la santé, qui eux, doivent suivre la FGSU. Les participants apprennent les techniques de base du secourisme auxquelles s’ajoute un volet prévention-accident du travail, propre à leur activité. 

 L’AFGSU en chiffres

En 2021, 28665 infirmiers ont été formés à la FGSU en formation initiale et 15405 en formation continue.

17369 infirmiers ont renouvelé leur AFGSU.

Source : Bilan national des CESU Association Nationale des CESU 2021

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