Prime de nuit des infirmiers : une pénibilité faiblement reconnue

Les IDE qui travaillent de nuit perçoivent une indemnité de 1,07 € l'heure à l'hôpital public (et d'un montant variable dans le secteur privé). Une « prime » jugée bien trop faible par les intéressés et les syndicats qui demandent sa revalorisation.

Prime de nuit des infirmiers : une pénibilité faiblement reconnue

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Est-ce parce qu'elle est littéralement insignifiante que la « prime de nuit » des infirmiers fait si peu parler d'elle ?

Dans la fonction publique hospitalière, elle « s'élève » à 1,07 € par heure, brut. Et encore : seulement pour les heures travaillées entre 21h et 6h du matin c'est-à-dire qu'elle ne s'applique pas aux heures travaillées entre 20h et 21h ou entre 6h et 7h.

Elle atteint donc au maximum 9,63 € brut par nuit. Contre 17 € à 20 € par nuit (21h-5h) pour les gardiens de l'administration pénitentiaire ou une majoration salariale de 10% pour les heures travaillées par les agents de nettoyage ou de sécurité du privé entre 21h et 6h, selon des élus Force ouvrière.

La prime de nuit des infirmiers est fixée à ce bas niveau « depuis la nuit des temps », observe Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI (CFE-CGC). Et pour tous les agents de la fonction hospitalière, quelle que soit leur profession, ajoute Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral de la CGT santé.

Son niveau est si bas qu'on « en plaisante, témoigne Sandrine, infirmière de nuit dans un service de médecine. Quand le cadre entre nos horaires dans le logiciel, on lui dit "il ne faut pas oublier les 9,63 € !"... » Elle travaille à 80%, comme beaucoup d'IDE qui travaillent exclusivement de nuit. Alors pour 10 nuits, le maximum pour un mois, elle touche 96 € brut de plus, ce qu'elle considère « insuffisant ».

9,63 € par nuit

Dans le secteur privé, « il y a moins d'activité nocturne qu'à l'hôpital public, souligne Patrick Bourdillon, et le travail de nuit concerne moins de salariés ». Le montant de la prime de nuit des IDE dans ces établissements, poursuit-il, « dépend des accords de branche ou des accords internes » et, selon lui, certains infirmiers du privé n'en touchent purement et simplement pas.

Camille, qui travaille à plein temps dans le pool de nuit d'une clinique privée, touche chaque mois 148,20 € par mois de prime de nuit. Comme sa consoeur de l'hôpital public, elle ne touche pas de prime sur la totalité des 12 heures d'un poste car les horaires de nuit commencent dans sa clinique à 19h. Camille non plus ne trouve pas ce montant suffisant.

Elle pointe par exemple « les répercussions sur la santé qui sont connues, au niveau hormonal, en termes de fatigue aussi. Et puis il y a la prise de poids et la difficulté à reprendre un rythme de jour et un cycle de sommeil quand on est en repos. Je ne travaillerais pas de nuit plus de cinq ans », estime-t-elle. Consciente aussi de ces conséquences, Sandrine quant à elle les vit depuis 12 ans.

Toutes deux évoquent aussi la solitude des infirmières de nuit et la responsabilité importante qui leur incombe lorsqu'un imprévu survient chez un patient, tandis qu'il n'y a plus de médecin dans le service. « Si un patient appelle et ne se sent pas bien, c'est à nous de de juger s'il faut appeler un médecin et de gérer l'urgence, tout de suite, en l'attendant. Certains médecins nous demandent parfois de ne pas les appeler pour un rien alors on hésite. C'est stressant, il ne faut pas passer à côté de quelque chose de grave. » Camille vit la même chose. Ainsi qu'un transfert sur les équipes de nuit d'une partie des toilettes, habituellement réalisées par les soignants de jour, à partir de 4h30 du matin... Et puis, comme le rappelle Sandrine, « il faut tenir, la nuit. Beaucoup de jeunes infirmières ne tiennent pas car ce n'est pas évident. Entre 3h et 4h du matin, c'est parfois compliqué. »

Compenser la pénibilité

« Au début on m'a dit "tu vas gagner plus" », rapporte Sandrine, que cette remarque a fait rire jaune. Elle entend parfois aussi « oui mais vous avez une collation »... ce qui l'agace franchement. Comme Camille, certes, elle a choisi de travailler de nuit. Parce que le « planning est plus régulier et les horaires permettent de rentrer avant le départ des enfants à l'école et d'être présente de leur retour à leur coucher ». Mais aussi, « sur le plan professionnel, parce que le travail en équipe avec les aides-soignants est plus fort ». Enfin tant qu'il existe des binômes infirmière-aide-soignante.

Mais peu importent ces relatifs avantages « collatéraux » du travail de nuit, cette indemnité de travail de nuit - car ce n'est pas une prime au sens propre - n'existe pas par hasard. « Il ne s'agit pas de la reconnaissance du travail nocturne mais de la compensation sous forme financière de la pénibilité reconnue » de l'exercice infirmier de nuit et de ses conséquences sur la santé, précise Patrick Bourdillon.

Au même titre, par exemple, que le départ anticipé à la retraite, la réduction du temps de travail à 1 476 heures par an ou le suivi médical - théoriquement - plus rapproché. Les syndicats demandent régulièrement la revalorisation de cette compensation financière (et en termes de récupération), note Thierry Amouroux. « On nous a longtemps dit que c'était trop compliqué car elle est la même dans toute la fonction publique hospitalière, ajoute-t-il. C'est juste un alibi car on a vu avec le Ségur de la santé que quand ils le veulent, ils peuvent ils peuvent circonscrire une prime à un secteur », notamment les infirmières.

La réévaluation de la « prime de nuit » devait être mise en route sous le mandat de François Hollande mais les discussions n'ont commencé que deux mois avant les élections, indique le secrétaire fédéral de la CGT. Elles n'ont donc pas abouti.

Le projet est réapparu plus récemment dans les discussions plus vastes sur la réforme des retraites. Officieusement, ajoute-t-il, le gouvernement envisagerait de proposer que la pénibilité du travail de nuit ne soit reconnue que pour les IDE travaillant de nuit à temps plein, de réduire la plage horaire concernée, par exemple à la période entre minuit et cinq heures du matin, et de créer un seuil de 140 nuits travaillées minimum pour bénéficier de l'indemnisation.

Ces intentions n'ont pas été déposées à la table des négociations.

Géraldine Langlois

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