L’alcool cause 41 000 décès par an en France

L'Académie nationale de médecine appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures "plus fortes" pour faire baisser la consommation d'alcool en France. 

"Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d'alcool ne baisse plus en France. C'est une défaite majeure pour la santé publique car l'alcool en est un déterminant fondamental", fait savoir l'Académie nationale de médecine dans un communiqué. 

Dès 2012, l'Académie de médecine avait tiré la sonnette d'alarme et mettait en garde contre le ralentissement de la baisse de consommation d'alcool en France et l'affaiblissement "continu" de la loi Evin "sous la pression du lobby alcooliser, jusqu'à autoriser la publicité sur l'internet, support médiatique particulièrement affectionné des jeunes". 

Malgré ces avertissements, la consommation française d'alcool est la même en 2017 qu'en 2013. 30000 français et 11000 françaises en meurent chaque année, a fait savoir Santé Publique France en février dernier. 

Alcool : première cause évitable de mortalité des 15-30 ans

L'alcool est la deuxième cause évitable de décès de toutes causes et par cancers, la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, de retard mental chez l'enfant et de démence précoce, la deuxième cause d'hospitalisation médicale, fait savoir l'Académie nationale de médecine. 

Il est impliqué dans 40% des violences faites aux femmes et aux enfants et un tiers des décès par accidents de la route. 

"Des effets coronariens (et non pas cardiovasculaires) favorables de l'alcool (et non pas du seul vin) ont permis au lobby alcoolier d'instiller le doute sur les ravages de l'alcool. Ce sera plus difficile après la revue approfondie du Lancet sur les conséquences sanitaires de l'alcool", pointe l'Académie de médecine. 

Santé publique France a lancé en mars 2019 une campagne avec un slogan "Pour votre santé, l'alcool c'est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours", fondé sur de nouveaux repères de consommation (maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation). 

Près d'un français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l'un de ces trois repères, plus les hommes (1/3) que les femmes (1/7) et 3,5% dépassent les trois repères, fait savoir l'Académie de médecine. 

Une action efficace contre l'alcoolisation demandée par l'ensemble des experts et sociétés savantes

"Les analyses convergentes de l'Académie, l'OMS, l'INCA, la Cour des Comptes, la Haute Autorité de Santé, nombre d'associations et de spécialistes ont contribué à attirer l'attention de façon répétée sur la nécessité d'une action efficace contre l'alcoolisation dans un pays qui reste un des plus forts consommateurs d'alcool au monde", assure l'Académie de médecine, qui préconise de "bannir la publicité pour l'alcool, suivant les principes initiaux de la loi Evin", et d'apposer des indications "claires, lisibles et contrastées sur les contenants" de la quantité d'alcool en grammes, du nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées alors que l'alcool d'un verre apporte à lui seul 70 calories).

Il faudrait aussi indiquer, selon l'Académie, que  "l'alcool est dangereux pour la santé" (et non son seul excès) , dissuader, "grâce à un pictogramme", de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l'être, taxer les boissons alcooliques et établir un prix minimum de vente par gramme d'alcool (comme en Ecosse). 

S'opposer au lobby alcoolier

"Le lobby de l'alcool parvient à retarder les mesures nécessaires avec le résultat dans précédent d'une stagnation de la consommation d'alcool en France à un niveau inacceptable", pense l'Académie. 

A titre d'exemples, donne-t-elle, "l'avertissement sanitaire destiné aux femmes enceintes est obligatoire sur les étiquettes des boissons alcooliques depuis 2006. Cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables, il ne remplit guère la fonction qui lui était destinée. Malgré l'enjeu de prévenir la première cause de retard mental évitable du nouveau-né et de l'enfant, les discussions pour l'agrandir et le contraster s'enlisent depuis des années face à l'opposition farouche du lobby alcoolier. De plus, que dire de la reconnaissance de la filière viticole comme un auteur crédible de la prévention? De la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne sans parler d'alcool no de ses effets? De l'acharnement à favoriser la consommation de vin des femmes (So Femmes & Vin qui expliquent même la vigne aux enfants). D'interventions ministérielles répétées donnant au vin un rôle particulier alors qu'il représente la moitié de l'alcool consommé? De l'extension du fonds tabac abondé par une taxe sur le tabac à l'ensemble des addictions, sans la moindre participation de la filière alcool? De la proposition parlementaire de rétablir la consommation d'alcool dans les stades? "

La majorité des Français favorables aux actions contre l'alcool

Selon un sondage Opinion Way de 2018 (à l'initiative de la Ligue nationale contre le cancer), plus de 3/4 des français considèrent que les décideurs sont sous l'influence du lobby alcoolier et 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en oeuvre d'une politique de santé efficace. Pourtant l'opinion des français est très favorable aux actions courageuses (70% pour l'interdiction totale de la publicité, 58% en faveur de la taxation de l'alcool, 81% pour un étiquetage spécifique sur les risques de l'alcool, et 90% trouvent insuffisantes la prévention du risque alcool chez les jeunes. 

"L'action publique est entravée par le lobby de l'alcool qui obtient régulièrement un affaiblissement des mesures existantes, et faute de mesures efficaces, la consommation d'alcool ne baisse plus en France. Malgré une analyse correcte de la situation et des mesures potentiellement efficaces, ni le Plan National de Mobilisation contre les Addictions, ni le Plan National de Santé Publique ne proposent en ce domaine les mesures à la dimension du problème. On ne peut ainsi négliger 41000 décès chaque année, que 50% des élèves de 6ème ont déjà expérimenté l'alcool, que 20% des élèves de terminale sont des consommateurs réguliers et un coût social évalué à 120 milliards d'euros par an", ajoute l'Académie de médecine. 

Rédaction ActtuSoins

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