Mobilisation #InfirmièresOubliées à Paris : « Je suis venue pour dire qu’on existe »

Le 20 novembre, partout en France, les infirmières se sont mobilisées pour exprimer leur grogne face au plan « Ma santé 2022 » dont elles se sentent les grandes oubliées. Reportage devant le ministère de la Santé à Paris où une délégation a été reçue.

Mobilisation #InfirmièresOubliées à Paris : « Je suis venue pour dire qu’on existe »

Reportage à Paris. © Alexandra Luthereau

Ni le froid, ni la bruine ne les aura pas empêchés de se déplacer. Ce mardi 20 novembre, jour du coup d’envoi officiel du plan « Ma santé 2022 », une petite centaine d’infirmières et infirmiers s’est réunie devant le ministère de la Santé à Paris, à l’appel de 16 organisations professionnelles.

Comme l’annoncent les banderoles près de l’imposant bâtiment ministériel, les infirmières sont en colère. « Je suis venue pour dire qu’on existe. Tout simplement. Car nous avons complètement été oubliées dans ce plan santé 2022 », explique Sylvie Barros, infirmière libérale dans l’Essonne. Qualifié de médico-centré, les infirmières estiment en effet que ce plan santé ne prend pas en compte leur rôle dans la transformation du système de soins, dont les 660 000 d’entre elles représentent pourtant le socle.

Au coeur des récriminations : la création de 4 000 postes d’assistants médicaux, pour un budget de 200 millions d’euros par an, pour aider les médecins à faire face à leur charge de travail croissante avec l’augmentation des maladies chroniques. « Plutôt que d’inventer un nouveau métier, autant valoriser l’existant, s’indigne Sylvie Barros. Pour Anne-François Ernoux, infirmière libérale dans les Ardennes, cette enveloppe consacrée aux assistants médicaux devrait plutôt servir à développer des postes dans les hôpitaux, dans les Ehpad etc.

« Les premières victimes sont les patients »

A travers cette mobilisation, c’est un véritable ras-le-bol que ces professionnelles de soins expriment. « Nous manquons de reconnaissance, les conditions de travail s’aggravent, nous sommes méprisées, s’inquiète Christine Olivet, infirmière de bloc opératoire (IBODE), à l’Institut mutualiste Montsouris. Et les premières victimes, ce sont les patients». « Nous ne sommes plus dans le soin, ni l’humain mais dans la rentabilité », abonde Aurélie L’her, infirmière à l’hôpital de Bligny dans l’Essonne "fière d'être là aujourd'hui". Mais, tout comme sa consoeur IBODE, elle aurait aimé que la mobilisation soit plus importante. Il faut dire que plusieurs hôpitaux ont assigné les infirmières.

Tandis que les infirmières scandent le slogan « infirmières en colère » et que certaines prennent le micro pour témoigner, une délégation de sept représentants des organisations infirmières a été reçue au ministère, non pas par Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, mais par un conseiller technique de son cabinet, un représentant de la sécurité sociale et un membre de la DGOS (Direction générale de l’offre de soins).

La rencontre a duré plus d’une heure trente. Les revendications des infirmières ont-elles été entendues ? « Disons que des notes ont été prises, déclare Nathalie Depoire, présidente de la coordination nationale infirmière (CNI). Mais aucun réponse concrète n’a été apportée». Et de continuer, visiblement émue : « Je pense qu’aujourd’hui la mesure n’est pas prise sur la difficulté de nos conditions d’exercice. Nous avons l’impression qu’on nous dit “vous êtes de braves petits soldats on compte sur vous” mais les soignants ont besoin qu’on leur donne leur place dans le système de santé». Si l’entretien n’a pas répondu aux attentes, la mobilisation, elle, va se poursuivre. « Nous allons faire le point de toutes les mobilisations qui se sont déroulées en France, de toutes les organisations et on va construire la suite», assure-t-elle.

Alexandra Luthereau

"Il y avait trop peu de monde"

Ailleurs en France, les infirmiers se sont réunis sur une vingtaine de sites (Marseille, Lyon, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Lille, Strasbourg...). "Il y avait trop peu de monde", regrette, sur les réseaux sociaux et photos à l'appui exposant une trentaine de personnes au plus, un professionnel qui s'est rendu à Montpellier.  A Nancy,  et à Rouen, les manifestants n'étaient pas bien plus nombreux (une centaine sur chaque site). Ils étaient entre 250 et 300 à Rennes, 200 à Lille, autant à Lyon, environ 150 à Strasbourg, 90 à Nantes et 50 à Orléans. A Toulouse, le quotidien "La dépêche" a recensé 300 blouses blanches . A suivre, notre reportage à Marseille, où 200 professionnels infirmiers, tous secteurs d'exercice confondus, étaient au rendez-vous, malgré une pluie battante.

 M.S. 

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