L’Addesi se bat contre les maltraitances subies par les étudiants infirmiers

Depuis 2014, l’Addesi (association de défense des droits des étudiants infirmiers) accompagne et défend les étudiants en lutte contre les maltraitances dont ils sont victimes pendant leurs études. 

L’Addesi se bat contre les maltraitances subies par les étudiants infirmiersA 44 ans, Vincent Descargues, président de l'Addesi, a définitivement cessé de travailler dans le secteur du soin et a entamé une reconversion dans le monde de la musique. Mais il lui reste de ses études en soins infirmiers une colère sourde qu’il a transformée en énergie, dépensée aujourd’hui pour aider les autres. Aujourd’hui habitant à la Réunion, il était métropolitain lorsqu’il affirme avoir subi des faits de harcèlement de 2011 à 2013, dans le cadre de ses études à Albi.

« Tout a commencé lors de mon stage de première année, se remémore-t-il. Je me suis permis de faire remarquer à une infirmière qu’elle avait fait une erreur de dosage dans sa pose de perfusion. Après cet épisode, tout s’est détraqué ». Le prenant en grippe, il doit faire face à ses remarques sur son comportement soit disant hautain et prétentieux. Le différend remonte jusqu’à la cadre, donne lieu à un entretien. « J’ai fini dans le bureau de mon IFSI. Ce que j’en ai retiré, c’est que la sécurité du patient passait après le respect de la hiérarchie », explique-t-il, dégoûté. La situation ne fera ensuite que se dégrader. Il constate que sa « réputation » le précède dès qu’il débute un nouveau stage, signe que l’administration fait passer des informations négatives à son propos. « L’on me faisait des réflexions en rabaissant tous mes actes, en me disant que je ne serai jamais infirmier », énumère-t-il.

Quand Vincent Descargues raconte son parcours, il prévient : « Cela peut durer longtemps ! » Il constate que ses stages n’ont « pas été non validés, tandis que j’avais 15/20 en connaissances théoriques ». Au final, après une première exclusion temporaire, il est définitivement exclus. Désabusé, il fait appel à un avocat, qui malheureusement, reconnaît qu’il y a très peu de chances que son cas aboutisse favorablement. « Au tribunal administratif, c’est l’État qui juge l’Etat », analyse-t-il, lucide.

D’un cas personnel à un combat général

Cette déconvenue personnelle va cependant lui permettre d’aider d’autres étudiants, plongés dans le même désarroi. « Quand j’ai écrit à la FNESI pour parler de ma sitution, je n’ai reçu aucune aide. Mais sur leur forum, j’ai été contacté par des étudiants, qui de la même façon, étaient restés sans réponse. En 2014, je déposais les statuts de l’association », raconte-t-il.

L’Addesi souhaite porter à la connaissance publique les maltraitances dont sont victimes certains étudiants en soins infirmiers. Cela signifie autant aider les étudiants harcelés et maltraités, que les orienter juridiquement si nécessaire, et de mettre en lumière les responsabilités de l’administration. En ne perdant pas de vue la nécessité de « protéger la santé mentale des étudiant.e.s. »


Vincent Descargues estime que la FNESI, dans sa dernière enquête, rapporte bien des chiffres édifiants sur la souffrance des étudiant.e.s mais reste trop en surface, sans s’interroger sur les responsabilités.

Des données édifiantes

 « Quand il s’agit de harcèlement, de discriminations racistes, l’administration n’a pas envie qu’on en parle », raisonne-t-il.

Car l’Addesi aussi a réalisé un travail d’analyses de données. « Nous avons reçus 305 appels depuis notre création. De 2-3 appels par mois dans les débuts, nous en sommes passés à 30 par mois ! », explique Vincent Descargues, débordé par la charge de travail.

De ces appels se dégagent des chiffres édifiants : « dans 80 % des cas, l’étudiant.e a dénoncé un dysfonctionnement sur son lieu de stage ou dans son IFSI. Les 2/3 avaient plus de 30 ans, étaient en reconversion professionnelle, donc avaient déjà une expérience et donc moins ‘’dociles’’. Le dernier tiers concerne des jeunes de moins de 25 ans torturé.e.s par des pervers narcissiques. Enfin, 50 % de ces appels étaient passés par des étudiant.e.s originaires des territoires ultra-marins... »

Des solutions ?

Face à ces problématiques, l’Addesi est lucide. L’esprit de « corporation » des responsables administratifs joue en défaveur des étudiants. Par ailleurs, au tribunal administratif, « on ne peut pas attaquer une personne directement : il y a un vide juridique », déplore la président de l’association, qui reconnaît que « le plus dur, c’est de dire à un.e étudiant.e que son harceleur.euse est inattaquable en tant que personne ».

Mais si le tableau peut sembler bien sombre, il entrevoit néanmoins quelques solutions. « Tant qu'il y aura une relation hiérarchique entre l'étudiant et le formateur, il y aura maltraitance. Notre solution ? Retirer à l'administration publique hospitalière le droit de former des infirmiers et basculer sous le régime de l'éducation nationale. Et contre la violence sur les lieux de stage, il suffit de rémunérer les soignants qui encadrent convenablement avec des primes. Si le soignant maltraite, le lieu de stage serait fermé et ils perdraient ainsi ces primes. »


Vincent Descargues insiste : « le combat de l’Addesi ne concerne pas seulement les étudiants, mais aussi les patients et leur sécurité. J'ai vu des soignants et des médecins camoufler des erreurs médicales, mentir à des patients pour protéger des gens dangereux. »

Delphine Bauer

Lire aussi sur ActuSoins, le point de vue de la FNESI  : 

Etudiants infirmiers : "des combats restent à mener" (sept 2018)

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"Omerta à l'hôpital" : le livre choc sur les humiliations subies par les étudiants en santé (février 2017)

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