Des infirmiers payés par des labos ?

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Faire entrer le loup dans la bergerie ? C’est ce qui a manqué de se produire dans trois maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) des Pyrénées-Orientales. Le projet : embaucher une infirmière coordinatrice des soins, payée par le laboratoire Bayer.

Des infirmiers payés par des labos ?Cette sur dix-huit mois aurait coûté 110 000 euros au laboratoire pharmaceutique en échange, pour Bayer, d’un accès gratuit à des données anonymisées des patients pour une analyse médico-économique et d’un droit de présence à des réunions interprofessionnelles tous les six mois.

Face à une levée de bouclier de l’URPS infirmiers locale, de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) et de professionnels de santé locaux, ce projet est désormais écarté et l’URPS ML a décidé de prendre « le temps pour la concertation »

Présentée lors d’une réunion en présence de représentants de l’ARS et de l’URPS ML (médecine libérale), elle aurait concerné trois MSP (Saint Paul de Fenouilet, Tuchan et Axat). Il était ensuite prévu de l’étendre à des MSP en cours de réalisation (Durban-Corbières et Latour de France).

« Nous sommes venus à la réunion suivante  pour faire part de notre colère. Non seulement un tel projet doit prendre l’avis des membres des MSP, engager une réflexion avec des institutions comme l’URPS infirmier. Tout avait été fait en catimini. Et sur le fond, permettre à un laboratoire d’obtenir des données sur les patients, les parcours de soins, d’étudier des usagers à la loupe, c’est dangereux. Il y a de quoi s’interroger sur le caractère anonyme des données quand on sait que cette infirmière coordinatrice payée par ce laboratoire aurait été chargée d'élaborer les protocoles de prise en charge en lien avec les médecins », insiste Jean- François Bouscarain, responsable de l’URPS infirmiers Languedoc-Roussillon.

L’intérêt de Bayer ?  Evaluer les parcours de soins sur les accidents vasculaires cérébraux, le suivi post-chirurgie orthopédique, le cancer colorectal ou encore l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP). Bayer commercialise notamment l'anti-thrombotique Xarelto® (rivaroxaban) et le traitement du cancer colorectal Stivarga®.

Ce projet « ne fait qu'illustrer le virage qui s'opère dans notre système de soins, à savoir l'abandon par les pouvoirs publics de pans entiers de la prise en charge des patients en premier recours au profit de firmes de santé dont les intérêts à terme sont plus financiers que philanthropiques », déplore la FNI.

Une transparence plutôt opaque

Les quelques 400 MSP existantes « ont aujourd'hui de nouvelles missions, qui leur donnent un rôle-clé dans le parcours de soins et la prise en charge des patients dans les territoires concernés (…) Dans ce contexte, des partenariats ont été recherchés auprès d'opérateurs du monde de la santé, en l'absence de financement par les ARS », explique l’URPS ML locale. « Le débat actuel fait apparaître l'absolue nécessité du développement de nouveaux modes de rémunérations et leur attribution à toutes les structures concernées », ajoute l'URPS médecins.

Le président de la Fédération françaises des maisons et pôles de santé (FFMPS), Dr Pierre de Haas, prône aussi une ouverture à des financements privés et est prêt à « orienter les professionnels vers les bons investisseurs », comme il l’a récemment indiqué dans une note interne de la FFMPS. « En moyenne, une maison de santé composée de trois ou quatre médecins et de six à huit autres professionnels, c’est un chiffre d’affaires cumulé d’un million d’euros par an. (….)  Les nouveaux modes de rémunérations (expérimentés pour financer le travail en équipe, ndlr) pèsent à peine 50 000 euros par an par structure », a-t-il récemment expliqué.

« Nous avons été mis au courant de cette expérimentation, désormais bloquée mais il n’est pas exclu que cela se pratique ailleurs avec d’autres laboratoires comme Sanofi », s’inquiète Jean- François Bouscarain. Alors que le décret sur la transparence entre industriels et professionnels de santé vient à peine d’être signée, c’est plutôt l’opacité qui règne, avec l’accord tacite des ARS.

Cyrienne Clerc

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Réactions

5 réponses pour “Des infirmiers payés par des labos ?”

  1. ça serait bien rémunéré au moins ^^

  2. Sylvia Lima dit :

    Les medecins oui les voyages les restos ..mais les ide font des hs pour partir en vacances ..mensonge ..les albulances nous offres stylo calzndriers ..mais pas les labo .c est la crise ..

  3. Au moins ça nous aideras à boucler les fins de mois …

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