A Paris, les soignants étrennent leur première marée blanche

Quelques centaines d’hospitaliers ont défilé le 15 mai à Paris. A l’initiative d’une convergence des hôpitaux en lutte, cette modeste « marée blanche » visait à impulser des mobilisations de plus grande ampleur.

@DR / Facebook / SUD Centre Hospitalier Arras

« Y en a assez, assez de ce ministère qui tue les infirmières, encaisse les millions et se fout de notre opinion », scandaient en boucle des soignants lyonnais. Ils étaient près de 500 sur l’esplanade des Invalides hier après-midi, venus d’établissements de tout le pays.

Réunie à l’appel d’un collectif d’une quarantaine d’hôpitaux, la mobilisation s’inspire des « marea blanca » espagnoles, nées en 2012 dans les rues de Madrid, en réaction à un plan national d’austérité frappant le secteur sanitaire.« La nôtre est de petit coefficient », admet Olivier Youinou, secrétaire de Sud santé pour l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (Ap-Hp). « Mais c’est la première manifestation de la convergence depuis quatre ans, note Isabelle De Oliveira, de la CGT de l’EPSM de Caen. Le but est de faire connaître notre mouvement. »

« Une insécurité terrible »

Après un détour improvisé bloquant la circulation sur les Champs Elysées, les manifestants se sont dirigés vers le ministère des Solidarités et de la Santé. Dans le cortège, des soignants réinterprètent le « Chant des partisans », hymne de la Résistance. Un infirmier du collectif des « blouses noires » du centre hospitalier psychiatrique du Rouvray (Seine-Maritime) distribue un avis de recherche factice pour « un effectif soignant. »

Dans toutes les bouches, ce sont les mêmes refrains sur le travail à flux tendu, les sous-effectifs, la maltraitance institutionnelle… « Depuis le regroupement de trois hôpitaux sur le seul site d’Ambroise Paré (Boulogne-Billancourt), nous sommes passées de 23 à 9 standardistes, témoigne Agnès. Nous recevons entre 600 et 900 appels par jour et par personne. On a déjà deux arrêts maladie et un burn-out. »

Grève du zèle

Déléguée Sud santé du centre hospitalier Sud Essonne, Véronique Schimanovitz dénonce des réorganisations néfastes : « Avant, il y avait un travail d’équipe ; on casse tout cela. En organisant par exemple un seul planning de nuit pour quatre services. Résultat, quand les gens arrivent au travail, ils ne savent pas où ils seront affectés. Il n’y a plus d’accroche, c’est une insécurité terrible. »

Pour remédier à cela, Aline, cadre de santé au centre hospitalier de Blois, prône une forme de grève du zèle. « Les cadres sont dans une position inconfortable : ils sont les vrais porteurs des restructurations. Tant qu’ils chercheront à tout prix des solutions pour que ça marche, les choses n’avanceront pas. A nous de refuser de faire ce que les directions nous demandent, si on n’a pas de moyens. »

« Mardis de la colère »

De son côté, la convergence des hôpitaux en lutte tente d’agir sur le plan local. Des actions sporadiques, baptisées « mardis de la colère », ont germé au printemps 2018 et devraient se poursuivre. Telle la micro manifestation organisée par le syndicat Sud Ap-Hp devant la basilique du Sacré Cœur de Montmartre le 9 mai ou encore le die-in des « blouses noires » devant le Palais de justice de Rouen fin mars.

Au niveau européen,« nous discutons avec nos collègues belges, italiens, grecs, espagnols…, rapporte Olivier Youinou. En Grèce, les soignants ont vécu une baisse de 40 % de leurs salaires. Ils assurent aujourd’hui des doubles journées de travail, en accueillant le soir, dans des dispensaires solidaires, les patients refusés à l’hôpital. Nos collègues grecs nous montrent ce qu’on sera amené à mettre en place dans les années à venir, si Emmanuel Macron et consorts ne changent pas de politique. »

Déserts médicaux

Ce que vivent déjà certains patients en France semble de mauvais augure. « En dix ans, j’ai vu le service de neurologie de La Pitié Salpêtrière (Paris) se dégrader, témoigne Sidonie, atteinte de sclérose en plaques. Les rendez-vous s’espacent de plus en plus, jusqu’à un an parfois, alors qu’on devrait être vu tous les six mois, pour anticiper nos crises. »

Masques relevés sur la bouche, Lauriane et Marion, infirmières dans une clinique privée du Cher, interpellent sur le problème des déserts médicaux. « Cette semaine, le SMUR de Bourges ne pouvait pas intervenir car il manquait des médecins ; dimanche, l’établissement français du sang a fermé faute d’effectifs. A la maternité, les soignants sont soumis à la pression du chiffre, car on les menace d’une fermeture. »

La journée s’est achevée par un die-in sous les fenêtre de la ministre de la Santé, « pour symboliser les morts liés à l’austérité et les suicides parmi les nôtres », a indiqué Olivier Mans, secrétaire fédéral de Sud santé-sociaux. Le gouvernement nous demande encore un petit effort : 1,2 milliards d’euros d’économies sur la masse salariale et 15 000 postes en moins cette année. Il faut que ça s’arrête ! ».

Emilie Lay

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Réactions

6 réponses pour “A Paris, les soignants étrennent leur première marée blanche”

  1. Anonyme dit :

    Sans vouloir être pessimiste, les cheminots font grève depuis 3 mois sans que ça fasse bouger une oreille à Mac. Alors du coup, “quelques centaines” de soignants, ça ne risque malheureusement pas de le tirer de son sommeil.
    Va falloir être plus bruyant que ça…

  2. Les urgences Lyon croix rousse ont besoin de votre aide

  3. Anonyme dit :

    Jusqu’où faut-il aller pour être entendu ! Gouvernement Macron ou l’art de démolir un système qui fonctionne !!! Bientôt une santé à deux vitesses : ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le pourront pas….

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