Les « Ni Bonnes » pendues pour la cause

Un simulacre de pendaison pour dénoncer les mauvaises conditions de travail des soignants : les militantes de « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » ont voulu lancer un cri d’alarme, mercredi 26 juin, place de la Bourse à Paris.

infirmières manifestation

Happening de l'association NB3NP le 26 juin 2013 place de la Bourse à Paris - © ActuSoins

Elles sont alignées, la corde au cou, face au palais de la bourse. L’image se veut  explicite.

« On a choisi cette place pour illustrer ce sacrifice humain sur l’autel de la rentabilité : le sacrifice des soignants avec des suicides liés au burn-out et la mise en danger des patients par manque de personnel et de moyens » explique Sarah Guerlais, libérale et vice-présidente de « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » (NB3NP).

Visiblement, le message a su séduire les médias. Les journalistes et photographes sont presque aussi nombreux que la vingtaine de participants au happening.

Une vingtaine de suicides en 2012

Face aux six soignants « pendus », d’autres sont allongés dans des sacs mortuaires. « Le burn-out tue » peut-on lire sur l’un d’eux. NB3NP a recensé une vingtaine de suicides de soignants en 2012 en France.  Des drames liés aux mauvaises conditions de travail selon l’association.

A côté de ces cas extrêmes, les militants réunis place de la Bourse veulent aussi dénoncer toutes les atteintes au bien-être des soignants : les accidents de voiture liés à la fatigue, la dépression…

« On est là pour pousser un coup de gueule » affirme Jérémy Jouanne, infirmier libéral depuis trois ans après avoir passé plusieurs années en hôpital. « On fait face à une surcharge de travail. On est de moins en moins nombreuses mais on nous demande de plus en plus. On arrive à saturation » assure Claudine Ehles.

Aide-soignante en Ehpad, elle a fait le voyage depuis Strasbourg sur ses jours de congés pour participer à la manifestation. Une détermination rare. Seule une poignée de militants ont en effet fait le déplacement.

Quel avenir pour NB3NP ?

La faible mobilisation est frappante. Une petite quarantaine de membres et de sympathisants avaient confirmé leur participation à l’événement sur Facebook. Ils ont été moins d’une trentaine à faire le déplacement. Bien loin des quelques 150 manifestants réunis le 12 mai  à la Bastille lors de la journée internationale de l’infirmière.

Est-ce le signe d’une démobilisation ? « Il est vrai que c’est difficile de mobiliser les soignants car il y a la fatigue et la résignation. Et il y a peu de gens en repos car beaucoup de structures tournent en service minimum. Nous menons nos actions avec ceux qui sont disponibles et qui ont encore la force d’aller résister » argumente Sarah Guerlais, la vice-présidente de NB3NP.

En blouse blanche et la corde au cou, Claudine Ehles, l’aide-soignante strasbourgeoise, et Sandrine Falchier, infirmière en immunologie, confirment cet état de fait. « Mobiliser sans le soutien des syndicats, c’est difficile » admet l’une. « Parmi mes collègues, ça râle beaucoup mais ça ne veut pas vraiment se mobiliser » souligne l’autre.

Si l’association regroupe 34 565 membres sur son groupe Facebook, elle peine pour l’instant à transférer cet engouement sur le terrain.  Mais NB3NP promet plusieurs actions à travers la France cet été avant une action le 26 novembre pour la journée internationale de l’aide-soignante.

Concernant les pouvoirs publics, les « ni bonnes » refusent aussi de baisser les bras. Après un premier refus de la part de Marisol Touraine de les recevoir, elles ont renouvelé leur demande d’audience en s’associant, cette fois, avec la Coordination nationale infirmière. Elles seront reçues par la ministre le 9 juillet prochain.

Amélie Cano

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Réactions

12 réponses pour “Les « Ni Bonnes » pendues pour la cause”

  1. leilou dit :

    Tout est fait dans ce pays pour que ceux qui en bavent véritablement et qui sont usés jusqu’à la moelle, ne puissent défiler….

    C’est pas aux IDE qu’on ira donner une prime de 400 euros parce qu’elles vont manifester une fois… non faut être rond de cuir ou prof !!!!

  2. Motarde de DIJON dit :

    Impressionnant le nombre de manifestants! Ca va sacrément secouer le pouvoir politique… Avec autant de monde Marisol TOURAINE est pétrie d’effroi… Et voilà que maintenant NBNNNP s’acoquine avec la Coordination Nationale qui depuis son existence n’a pas fait progresser la profession d’un iota… Tant que les soignants se trouveront dans des structures éclatées telles que FO, SUD Santé, CGT, CFDT, CN etc… etc… etc… ou de multiples associations diverses et variées, rien ne pourra se faire. Les soignants devraient se fédérer dans une structure unique. L’éclatement et la division fait le jeu du pouvoir politique…

    • alexandra dit :

      mais oui c facile, en tout cas ça fait parler les jaloux. ..n’est ca pas quelqu’un que tu connais qui dit il y a pire que le bruit des bottes , celui des chaussons… donc désolée mais où tu bouges ou tu restes ici sous cet article à critiquer .

  3. Mathieu dit :

    bonne communication, à quand l’imolation ou le femen style? lol

    • tamara dit :

      toutes actions est valable Mathieu….alors,viens manifester et dire que pour toi,tout va bien…car le “public” doit aussi l’entendre…il existe des structures où les soignants sont “heureux” de travailler:bonne conditions,bons salaires,bons plannings….ect
      belle journée!

  4. onialapoubelle dit :

    ” ” elles ont renouvelé leur demande d’audience en s’associant, cette fois, avec la Coordination nationale infirmière. ” ”

    Eh oui, elles n’auront pas tenu bien longtemps à aller fricoter avec des syndicats alors qu’elles ont toujours juré mordicus que jamais jamais jamais ô grand jamais …

    • alexandra dit :

      C’est une audience commune, il n’y a pas de fusion. Pour négocier nous avons toujours dit qu’il nous faudrait l’appui d’un syndicat ou de plusieurs. La CNI a été le seul syndicat à nous contacter. Nous leur avons proposé nos revendications et propositions et nous travaillons en commun dessus. Je me demande vraiment ce qui est important? Rassembler les soignants et réussir à se sortir du marasme dans lequel s’embourbe nos professions, où juste venir critiquer telle ou telle iniative ou action sur un article ou un post…

      • tamara dit :

        bonjour Alexandra,

        Je pense effectivement qu’il est plus aisé d’être derrière un clavier et “jouer” avec les mots…restez objectives est l’objectif de tout les soignants..la descente dans le gouffre à déjà commencer depuis quelques années…bravo pour vos initiatives,continuez de “déranger” les petits faiseurs de trouble,même ici,peu importe…l’important étant votre motivation comme moteur ..

  5. ToMa dit :

    Merci actusoins pour la couverture media !

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