Être infirmière en situation de handicap : une intégration difficile

| | mots clefs : , , 10 réactions

Surdité totale, malvoyance, infirmité : le lourd, la plupart du temps considéré comme incompatible avec les métiers sanitaires et sociaux, a pourtant sa place au sein de la communauté . Éclairage sur ces soignants de l’ombre, qui malgré un niveau identique ont souvent un parcours semé d’embûches.

infirmière handicap« Des bâtons dans les roues », malgré certains atouts 

« Lorsque j’ai déposé un dossier de candidature en mentionnant mon handicap, pour un poste vacant dans un service de psychiatrie, je n’ai pas été retenue, ni même convoquée. Mon dossier avait été mis de côté. Il est clair que ma situation gênait l’administration ». Eva a 26 ans. Infirme motrice cérébrale depuis sa naissance, elle « marche bizarrement » et souffre de troubles de la coordination et de l’équilibre. Cela ne l’a pas empêché de réussir brillamment son D.E et de faire ses preuves, « sans jamais un rattrapage, et souvent avec des appréciations positives en stage ». Pourtant, et alors que le marché de l’emploi est plutôt favorable aux infirmières, il lui a fallu plus de 6 mois pour qu’un établissement de soins accepte de l’intégrer. « J’ai même essayé l’intérim. Lorsque l’on me voyait arriver, on me demandait ce que je faisais là et l’on me faisait comprendre que l’on ne me confierait pas de mission. Je venais d’effectuer 3 ans et demi d’études avec toutes les visites médicales d’aptitude qui vont avec et là, tout s’effondrait » se souvient la jeune femme. Brillante et déterminée, elle travaille à présent à Montpellier, dans un centre médico-éducatif pour enfants polyhandicapés. « Je connais mes limites. Je sais où je peux aller et où je ne peux pas aller. Évidemment, je ne postulerai jamais dans des services d’urgences ou de réanimation, car je gênerais plus qu’autre chose. Néanmoins, j’estime vraiment avoir ma place parmi les soignants » explique Eva. Une place particulière qui peut aussi représenter une véritable valeur ajoutée avec des compétences uniques. « Il y a plein de problèmes dont j’ai peut-être plus conscience que les autres, par exemple en matière  d’attelles et de corsets. Je sais moi-même ce que la contention représente. De ce fait, je peux grâce à mon expérience personnelle et si besoin, guider les parents face à l’attitude à adopter envers leurs enfants », confie Eva. Des compétences partagées par les quelques soignants en situation de handicap de France, comme Marie Giraud, infirmière atteinte d’une surdité profonde (sourde cophose avec implantations cochléaires), qui travaille au service des urgences de l’hôpital de Corbeil Essonne. Tout comme Eva, elle admet qu’elle a parfois quelques difficultés, notamment en ce qui concerne les conversations téléphoniques ou la prise de tension au stéthoscope. Mais pour elle, pas question de changer de métier. « Il faut savoir que j'ai plusieurs casquettes en étant sourde. Je maîtrise la Langue des Signes Française et je suis oraliste, c’est-à-dire que je parle comme tout le monde. Du coup, je peux aussi servir d’interprète LSF pour les patients sourds accueillis aux Urgences. Je suis également capable de lire sur les lèvres et cela peut s’avérer très utile pour communiquer avec les patients trachéotomisés, ou affaiblis. La plupart du temps, les gens ne remarquent même pas mon handicap », témoigne-t-elle. Pourtant bien présent, ce handicap rythme la vie de la jeune femme. Impliquée dans sa propre cause, elle souhaiterait rassembler tous les soignants sourds de France en créant un réseau communautaire. Elle espère aussi se spécialiser en gériatrie et à plus long terme, reprendre des études pour présenter un doctorat sur la prise en charge des personnes âgées sourdes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Les actions d’accompagnement peu généralisées

Hormis les mesures générales en France - la loi oblige les entreprises de plus de 20 salariés à consacrer plus de 6 % de leur masse salariale à l’emploi de travailleurs handicapés -, rien n’est vraiment prévu pour les soignants en situation de handicap. Ces derniers seraient même discriminés parmi les handicapés. « En général, les hôpitaux ne recrutent pas de soignants handicapés, mais plutôt des agents administratifs, car cela semble plus cohérent » explique Jonathan Try, chargé d’un  projet de formation des personnels hospitaliers à l'intégration et au recrutement de travailleurs handicapés pour l’ANFH. Et si les infirmières en situation de handicap ne représentent qu’une infime partie de la communauté soignante à l’embauche, elles sont de plus en plus nombreuses après quelques années d’exercice. « Les contraintes physiques assez lourdes du métier peuvent entraîner des troubles musculo-squelletiques en milieu de carrière qui conduisent à des handicaps plus ou moins sévères. Cela nécessite des actions de prévention et de reclassement » soulève Jonathan Try. Quant à la formation initiale, seul le Centre de Rééducation et d'Insertion Professionnelle de Castelnau-le-Lez (34) propose un IFSI pour les personnes reconnues travailleurs handicapés. Ailleurs, l’intégration d’étudiants en situation de handicap se fait au bon vouloir des établissements.

Malika Surbled 

Hand’ESI « L’IFSI pour tous » : Quand les étudiants en soins infirmiers se mobilisent en faveur du handicap. « La plupart des IFSI en France ne sont pas adaptés aux personnes porteuses de handicap ». Mis en place par la FNESI (Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers) l’an dernier, le projet Hand’ESI vise à faire un état des lieux des IFSI en France sur l’accessibilité. Objectif : soumettre un rapport précis au ministère pour pouvoir améliorer l’accessibilité des locaux (installations de rampes pour les fauteuils roulants, signalisation en relief pour les malvoyants…). La rénovation permettrait l’intégration de nouveaux étudiants mais aussi d’intervenants.

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Réactions

10 réponses pour “Être infirmière en situation de handicap : une intégration difficile”

  1. angélique dit :

    Je vais etre peut etre dans ce même cas et cela me fait peur. Pourtant je supporte mes douleurs et je travaille mais dure dure. Et la trouille de quitter les soins .

  2. Laetitia dit :

    Comme je connais. Je me suis bousillée les mains et le dos au boulot. Je dois être reclassée car inapte au soin selon la med du travail et je me retrouve au placard alors que j’ai le projet de devenir cadre. Ce n’est pas ma tête qui ne fonctionne plus, ce sont mes mains et mon dos…. et aucune solution, mon administration m’ignore…

    • AurelieM dit :

      Bonjour, je souhaite réaliser mon TFE sur le thème de l’infirmier/étudiant infirmier en situation de handicap (sujet encore non définit à ce jour).
      Cependant, je me rends compte, et ce depuis le début de mes recherches que peut d’informations sont disponibles sur ce sujet.

      Pour cela, je recherche des témoignages ou toutes informations concernant ce sujet. Pouvez vous m’aider ?
      Merci

      mon adresse mail : aurelie_x3@hotmail.fr

  3. Sabrina dit :

    Passé de soignante à la mise au placard, je connais enfin maintenant un balai à la main, ou mon handicap est plus sollicité, pas mal non ! il serait temps que cela bouge !

    • AurelieM dit :

      Bonjour, je souhaite réaliser mon TFE sur le thème de l’infirmier/étudiant infirmier en situation de handicap (sujet encore non définit à ce jour).
      Cependant, je me rends compte, et ce depuis le début de mes recherches que peut d’informations sont disponibles sur ce sujet.

      Pour cela, je recherche des témoignages ou toutes informations concernant ce sujet. Pouvez vous m’aider ?
      Merci

      mon adresse mail : aurelie_x3@hotmail.fr

  4. Frank dit :

    Je me suis toujours demandé pourquoi dès que vous portiez une blouse blanche vous n’êtes plus un être humain mais un soignant …. si seulement les soignants en difficultés, handicapés pouvait avoir la même empathie de la part de leur collègues que ceux ci éprouvent face aux patients ce serait déjà énorme !

  5. Didier dit :

    Être soignant et handicap je connais que trop le problème ….

    • AurelieM dit :

      Bonjour, je souhaite réaliser mon TFE sur le thème de l’infirmier/étudiant infirmier en situation de handicap (sujet encore non définit à ce jour).
      Cependant, je me rends compte, et ce depuis le début de mes recherches que peut d’informations sont disponibles sur ce sujet.

      Pour cela, je recherche des témoignages ou toutes informations concernant ce sujet. Pouvez vous m’aider ?
      Merci

      mon adresse mail : aurelie_x3@hotmail.fr

  6. Fabien dit :

    depuis ma mise en invalidité je n’ai toujours pas retravaillé 🙁

    • AurelieM dit :

      Bonjour, je souhaite réaliser mon TFE sur le thème de l’infirmier/étudiant infirmier en situation de handicap (sujet encore non définit à ce jour).
      Cependant, je me rends compte, et ce depuis le début de mes recherches que peut d’informations sont disponibles sur ce sujet.

      Pour cela, je recherche des témoignages ou toutes informations concernant ce sujet. Pouvez vous m’aider ?
      Merci

      mon adresse mail : aurelie_x3@hotmail.fr

Il faut être connecté pour écrire un commentaire Se connecter

retour haut de page
243 rq / 1,682 sec