Christiane, infirmière sur la péniche du cœur

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Christiane Végas est infirmière dans le service de Santé Mentale et d’Exclusion Sociale de l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Chaque mardi, elle se rend sur la péniche du cœur - centre d’hébergement d’urgence appartenant aux Restos du Cœur - pour assurer des consultations infirmières psychiatriques auprès des plus démunis.

Christiane, infirmière sur la péniche du cœur

Christiane, infirmière sur la péniche du cœur - © M.Surbled

Une cause à défendre

«  Je n’aime pas vraiment le terme de SDF qui est trop stigmatisant. Je préfère parler de personnes en situation de grande précarité sociale. Je travaille avec ces gens qui ressentent une forte détresse et qui ont besoin qu’on leur accorde du temps » explique immédiatement Christiane en guise de présentation.

En plein hiver glacial – il fait 0°C à Paris -, l’infirmière de 59 ans revient d’une maraude de plusieurs heures au bois de Boulogne. Elle a dû en convaincre plus d’un à quitter le froid pour être embarqué dans le camion, puis orienté vers une structure appropriée. « Parfois, nous leur expliquons qu’ils ne sont plus à même de prendre les décisions eux-mêmes car leur vie est en danger, et nous les emmenons en quelque sorte contre leur volonté au Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil ».

Infirmière de secteur psychiatrique depuis 32 ans, Christiane côtoie la misère sociale au quotidien. Outre les maraudes, les déplacements dans les associations partenaires de l’hôpital Sainte-Anne dont elle dépend et les entretiens infirmiers qu’elle assure sur place, Christiane se rend tous les mardis sur la péniche du cœur située dans le cinquième arrondissement, quartier riche et confortable de Paris.

À quelques pas des plus grands sites touristiques de la ville, des plus grands hôtels et des restaurants les plus huppés, la péniche du cœur accueille des hommes sans logis, adressés par des associations, des centres sociaux ou par les camions du Samu Social. Pour quelques nuits et jusqu’à 3 mois pour ceux qui en ont besoin, la péniche met à disposition des hébergés une équipe sociale qualifiée dans le but d’une aide à la réinsertion.

« J’interviens soit à la demande des travailleurs sociaux, lorsqu’ils repèrent quelque chose qui relève d’un soutien psychologique, soit à la demande des hébergés qui m’interpellent directement » explique Christiane. D’après elle et parce qu’expérimentée, il est difficile de dissocier précarité et santé mentale. « Il y a toujours une détresse. Cela va de la maladie mentale, dont nous nous occupons en priorité, aux addictions en passant par la souffrance psychique, le désespoir, les troubles du sommeil ou de l’appétit. »

De l’importance de la consultation infirmière 

Des histoires de vies explosées, Christiane en connaît plus d’une. « Les hommes accueillis sur la péniche ont un certain âge. Il n’est pas rare qu’ils aient un parcours de rue de 5, 10 ou 15 ans. Parfois c’est l’accumulation de malheurs personnels qui les a propulsés dans cette situation : divorce, perte d’emploi, séparation de leurs enfants… Leur dignité est mise à mal car ils sont dépendants de tout et de tout le monde. Je vois régulièrement des bonshommes s’effondrer devant moi ou gémir de détresse car ils ont la notion de cette perte de tout ».

Alors, Christiane encadre, réconforte, « enveloppe de mots » et intervient au bon moment. Elle prend le temps qu’il faut, quitte à proposer un suivi complémentaire au SMES. « L’avantage, c’est que nous nous organisons de façon à ne pas être pressées par le temps. Dans la plupart des structures comme les CMP par exemple, les consultations sont chronométrées et ne durent pas plus d’un quart d’heure. Avec mes 2 collègues infirmières du SMES, nous avons la chance de pouvoir être disponibles. Par contre, nous devons rendre régulièrement des comptes sur notre activité à notre hiérarchie ».

Alors que les résultats ne sont pas toujours visibles et parfois laborieux, Christiane s’accroche aux quelques expériences marquantes de son histoire. « Par exemple, j’ai ressenti une grande satisfaction lorsqu’un homme, habituellement complètement inhibé, a fini par s’exprimer au bout de 3 consultations. Il a tout lâché : ses problèmes, un deuil non résolu, ses difficultés à appréhender la société. À partir de ce moment, nous avons pu effectuer un vrai travail et actuellement il est en bonne voie de réinsertion » raconte Christiane en souriant.

En intégrant son service il y a 8 ans pour sortir de l’hospitalisation et de l’enfermement en santé mentale, Christiane espérait pouvoir s’ouvrir sur une autre dimension de la psychiatrie. Pour elle, c’est mission accomplie. Dans 3 ans, elle finira sa carrière, le cœur léger et toujours bienveillant.

Malika Surbled  

Christiane Végas en 4 dates

1980 : obtient son diplôme d’infirmière de secteur psychiatrique puis travaille 20 ans en Normandie dans différents services

2000 : travaille dans des services de psychiatrie en Essonne

2002 : obtient une licence d’anthropologie, en parallèle de son emploi infirmier

2004 : intègre le SMES de l’hôpital Sainte-Anne.

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Réactions

3 réponses pour “Christiane, infirmière sur la péniche du cœur”

  1. Nadnoudd dit :

    Bravooooo!!!!!!!!!! Je partage sur mon mur!!!

    • quinette dit :

      Félicitations pour votre courage, vous êtes un des joyaux de notre société.
      Une société qui malheureusement devrait se reposer sur d’égalité des droits et des chances, mais à ce jour elle semble bien compromise,je suis heureuse de savoir qu’il y reste toujours des personnes dévouées tel que vous.
      Un bel exemple pour notre futur métier d’infirmier, merci.
      Valérie Étudiante infirmière en 2ème année IFSI de Narbonne.
      ,

  2. Nadyne dit :

    chapeau chère collègue, j ai été moi même infirmière en psychiatrie pendant 30 ans, et consacre ma retraite au bénévolat, bon courage

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