Sophie, infirmière de campagne

Sophie, 53 ans, est infirmière libérale dans l’Allier près de Vichy. Au rythme d’une cinquantaine de visites à domicile par jour, elle ne compte pas ses heures. Hervé Chatel et Estelle Car l’ont suivi dans ses tournées.

Sophie annonce tout de suite la couleur : « il ne faudra pas traîner pour enlever sa ceinture et sortir de la voiture à chaque arrêt car les minutes sont comptées. Nous avons trente-quatre patients à voir ce matin et presque une vingtaine ce soir ».

Après des expériences en tant qu’infirmière en hôpital puis de coordinatrice dans une maison de retraite, on lui propose de remplacer l’ancienne directrice de la maison de retraite dans laquelle elle travaille. Elle contribue à faire évoluer la structure, à la mettre aux normes et à recruter une équipe plus importante. Au bout de cinq ans, elle est licenciée abusivement suite à la vente de la structure à un groupe médical cherchant la rentabilité avant tout. Il fallait même « mesurer la taille des parts de fromage de la cantine ».

Une infirmière libérale lui propose alors d’effectuer des remplacements. Après cinq ans, elle décide d’ouvrir son propre cabinet, dans une petite ville d’Auvergne, Gannat, située près de Vichy. Elle y exerce depuis 2007.

Travailler en zone rurale est un choix. Elle préfère ce rythme de vie, les relations humaines qu’on peut y nouer avec les patients, les commerçants, les voisins… Elle est d’ailleurs conseillère municipale de sa commune. La proximité avec la nature et la beauté des paysages de l’Allier sont une autre composante importante de ce choix.

Le métier d’infirmière libérale lui offre une « liberté relative » et elle aime la part d’imprévu inhérente à son métier. Sophie affirme gagner un salaire convenable à condition de travailler entre 50 et 70 heures par semaine. Si elle travaillait moins, elle ne pourrait pas se permettre d’avoir une remplaçante, ni une secrétaire. Elle doit encore tenir quinze ans avant sa retraite, qu’elle pourra prendre à 68 ans.

En vingt ans de métier, elle a vu le rôle de l’infirmière libérale – en sursis, d’après elle – évoluer. Les maisons de santé, « seule réponse à la désertification des médecins » sont survalorisées par les politiques publiques qui essayent d’éliminer les autres formes de prise en charge en zone rurale. La Sécurité Sociale tente aussi de réduire les prises en charge des soins. Après 20 heures, certains soins comme les perfusions sont considérés comme de la « convenance personnelle ». Sophie continue cependant à effectuer les soins aux horaires qui conviennent le mieux à ses patients, quitte à ne pas facturer la majoration de nuit.

Les proches des patients, élégamment nommés « aidants naturels », sont également de plus en plus sollicités pour réaliser certains soins à la place des professionnels de santé. Ce qui a des conséquences sur leur vie personnelle mais aussi sur la détection d’éventuelles évolutions de la maladie…

Demain, Sophie reprendra une nouvelle fois la route. Une vie professionnelle menée tambour battant qu’elle ne compte pas arrêter de sitôt ou alors « à 65 ans si je gagne à l’Euromillions » !
N.B. : ce reportage a été réalisé avant la crise de la Covid-19.

Photos : Hervé Chatel. Texte : Estelle Car.

Cet article est paru dans ActuSoins Magazineactusoins magazine pour infirmière infirmier libéral
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