A l’hôpital de Lodève, des salariés engagés dans une grève illimitée

Ils entament leur 39ème jour de grève, à l’appel d’une intersyndicale FO-CGT. Des salariés du centre hospitalier de Lodève (34) s’opposent à la réorganisation de leur temps de travail. Une mesure vouée à combler le déficit de l’établissement. Les grévistes dénoncent, eux, une gestion défaillante.

La situation semble bel et bien bloquée. Une partie des salariés du centre hospitalier de Lodève (34) sont en grève illimitée depuis le 20 février dernier. Ils s’opposent à une réforme du temps de travail, avec un passage en journées de 7h36 et 15 jours de RTT annuels, contre 8h30 jusque-là et 43 repos annuels (RTT et repos compensateurs). « Les équipes du matin sont présentes de 6h à 14h30 et celles de l’après-midi arrivent à 13h. Il y a donc trop de personnel entre 13h et 14h30 », justifie Christine Di Nardo, de la CFDT, qui réfute ce mouvement.

Cette mesure « conduira à une réduction des effectifs avec des indemnités de chômage à payer aux agents dont le contrat de travail n’aura pas été reconduit », précise le directeur dans le procès-verbal du conseil de surveillance du 18 janvier 2018, que nous avons pu consulter. Objectif affiché : combler un déficit de près d’un million d’euros, sur cet hôpital d’environ 224 lits, qui aurait été ramené à 450 000 euros grâce à une enveloppe exceptionnelle de l’Agence régionale de santé (ARS).

Absence de dialogue

Pour tenter une sortie de crise, la CFDT a soumis, il y a une quinzaine de jours, un référendum sur des journées de 7h48. « 30 % des soignants présents ont voté oui », indique Christine Di Nardo.

Les grévistes refusent ces changements, tant qu’une réflexion approfondie sur l’activité de l’établissement n’aura pas été engagée. Car si la question des horaires a mis le feu aux poudres, le conflit repose sur des causes multiples. Ces annonces sont intervenues dans un contexte social déjà fragile.

Des soignants rapportent une absence de dialogue de la part de leur direction. « Elle ne nous parle pas, on ne s’intéresse pas à nos conditions de travail », estime Samantha*, infirmière dans l’établissement.

Tout commence en 2014 quand la direction entame la réflexion sur le temps de travail. Après deux ans et demi et plusieurs grèves locales, les négociations s’interrompent en 2017. Suivent alors « six mois de climat délétère. Il y avait des rumeurs sur le changement d’horaires… » Jusqu’à l’annonce subite, début février dernier, d’une modification des plannings, et ce dès le 1er avril. « Notre cadre a été chargée de nous le dire en une phrase, poursuit Samantha. C’est la façon dont cela s’est fait qui nous choque. On ne comprend pas. »

Mauvaise gestion

Or, l’intersyndicale dénonce une mauvaise gestion des lits et du personnel. Notamment dans le service de médecine. « Chaque jour qui passe dans ce secteur agrandit le déficit », alerte Lucie Bel, de la CGT. Des demandes d’admissions seraient en effet refusées, en dépit de lits vacants. « Depuis des années, on entend dire que l’ARS veut donner ces lits à la clinique privée voisine. Notre hiérarchie nous fait culpabiliser en disant qu’ils vont être supprimés si on ne travaille pas assez. Mais nous n’y pouvons rien si le service n’est pas rempli », déplore Samantha.

Egalement mises en cause, des missions seraient inadéquates. « Quand notre service n’est pas plein, on nous enlève l’aide-soignante « de pont », chargée de l’hôtellerie et travaillant entre 7h-13h, puis 17h-19h, poursuit la salariée. Les agents de service hospitalier (ASH) partant à 16h30, les infirmières se retrouvent à servir les repas et faire la plonge le soir. » Plus étonnant, des ASH feraient fonction d’aides-soignantes. « Elles doivent faire les toilettes. On ne travaille pas en sécurité. Et cela crée une surcharge de travail pour les infirmiers. »

Vers une grève de la faim ?

L’intersyndicale réclame une expertise, « service par service, personnel par personnel », insiste Lucie Bel. Elle a aussi demandé l’intervention de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, dans un courrier du 22 mars. Une pétition, diffusée auprès de la population locale, a recueilli plus de 3 500 signatures fin mars. Une cagnotte a également été lancée sur Leetchi.com, pour soutenir les grévistes. Un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) extraordinaire a été convoqué pour le 5 avril. L’intersyndicale brandit déjà la possibilité d’une grève de la faim, en fonction de ses conclusions.

Emilie Lay

*Le prénom a été modifié

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Réactions

13 réponses pour “A l’hôpital de Lodève, des salariés engagés dans une grève illimitée”

  1. Anonyme dit :

    Alexia Schulz je vais éviter celui ci… Charlotte Atlan…

  2. Anonyme dit :

    Avant de détruire tout le système hospitalier, il faudrait peut être penser à réorganiser les soins, les abus, responsabiliser les consommateurs de soins… et prévoir messieurs les politiques qu’ un jour ou l autre vous serez peut être dans un lit à attendre que l on puisse vous considérer dans la dignité. Mais évidemment vous aurez les moyens financiers, vous, de vous offrir une infirmière particulière. On va à la catastrophe…

  3. Anonyme dit :

    Tant que l’hôpital aura une gestion financière d’entreprise, on arrivera à ces dérives. Mais les patients ne sont pas de la marchandise !

  4. Anonyme dit :

    Diminution des soignants n’importe quoi !!!!

  5. Anonyme dit :

    comme partout…on recrute, à la louche, des “ronds de cuir” qui ne servent pas à grand chose,…et on diminue les soignants..

  6. Anonyme dit :

    Qu’ils écrèment le personnel… dans les bureaux ! Moins de chefs, moins de cadres et autres brasseurs d’air, et on en fera des économies! Vous verrez !

    • Anonyme dit :

      Penser qu’un cadre brasse de l’air c’est juste ne pas savoir ce qu’est un cadre…c’est bien dommage de lire ce genre de chose…je ne me sens en aucun cas responsable d’une quelconque difficulté du système de santé, j’ai même quelquefois la folie de penser que je participe, tout comme chaque soignant, à faire que les établissements sont encore ouverts…

    • Anonyme dit :

      Les cadres sont nécessaires certes, mais sous-entendre qu’ils sont indispensables me parait un poil présomptueux ! Et des structures sans cadres (faute d’en avoir un) tournent malgré tout, je pourrai vous en parler!

      Mon post ne visait pas en premier lieu la nécessité du Cadre de santé, non ! Mais le surnombre de personnes dirigeantes (directeurs adjoints, sous directeurs, chefs de pôle, cadres et j’en passe!)

      On veut faire des économies? Très bien ! mais que l’on soit logique (et Dieu sait qu’on en manque de la logique en ce moment !)! On a besoin de personnel soignant (As, IDE, Médecins) pour assurer les soins… (hors j’ai rarement vu un directeur ou une chef de pôle faire un pansement!)

      Certaines situations deviennent vraiment critiques fautes de personnel soignant et quand on évoque nos difficultés on nous répond avec des mots, (souvent les mêmes) qui sont : budget et économie

      Alors on veut faire des économies en “élaguant” ? Soit, mais sachez que quand on élague c’est toujours en commençant par la cime !

    • Anonyme dit :

      je n’ai jamais parlé d’être indispensable…ce que je veux dire c’est que les managers sont nécessaires pour permettre à une équipe d’avancer. Des services sans cadre tournent, c’est vrai, mais n’avancent pas…je ne suis pas pour la restriction de personnels, ce n’est pas mon discours. Je veux seulement recentrer le débat sur les réels problèmes et ce ne sont pas les managers mais la répartition budgétaire…pour connaître la différence de fonctionnement entre le domaine privé et le domaine public, je vous assure que des économies seraient possibles simplement en rééquilibrant les usages (devenus des acquis) de certains…

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