[Tribune] Chirurgie ambulatoire : Madame Touraine, la France n’est pas prête.

| 1 067 vues | | mots clefs : 3 réactions

Le développement de la chirurgie ambulatoire va transformer la pratique infirmière. Il ne faut  donc pas mettre la charrue avant les boeufs. La profession infirmière doit pouvoir être participative des réflexions organisées par le ministère.

[Tribune] Chirurgie ambulatoire : Madame Touraine, la France n’est pas prêteUne des solutions proposées pour économiser 10 milliards d’euros est d’augmenter interventions en chirurgie ambulatoire, avec un objectif : passer de quatre interventions chirurgicales sur dix  à huit sur dix avec une sortie du patient le jour même.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a récemment annoncé que  "des objectifs seront fixés par région et par pathologie. Pour l’opération de la cataracte, on peut tendre vers les 100?%".

La chirurgie ambulatoire avec un retour précoce à domicile a un impact sur les soins de ville (infirmières libérales notamment) concernés par le suivi des patients et nécessitant pour autant une suite de prise en charge pour les pansements, le traitement de la douleur ou encore le dépistage des complications.

Un changement dans les soins de ville

Le retour à domicile nécessite non seulement une parfaite organisation des soins mais est également dépendant des conditions de vie du patient. La pathologie opérée n’est donc pas le seul déterminant du retour précoce.

Ce changement de prise en charge impose donc un vrai changement dans les soins de ville, impliquant coordination entre les professionnels et relation constante avec l’hôpital ou la clinique. Les modes de rémunération limitent considérablement les interventions longues à domicile.

L’Hospitalisation à domicile (HAD) souvent présentée comme la panacée universelle n’est pas non plus dimensionnée pour répondre au suivi post-opératoire. Elle n’a par exemple pas la possibilité d’intervenir rapidement auprès de ces patients (comme envoyer une infirmière ou un médecin dans l’heure en dehors de l’urgence vitale assurée par le SAMU) ; elle n’est pas en lien avec des plateformes d’urgence permettant de ré-hospitaliser si nécessaire.

[dropshadowbox align="none" effect="lifted-both" width="autopx" height="" background_color="#ffffff" border_width="1" border_color="#dddddd" ]L’Hospitalisation à domicile (HAD) souvent présentée comme la panacée universelle n’est pas non plus dimensionnée pour répondre au suivi post-opératoire.[/dropshadowbox]Des hôpitaux référents et en lien avec l’HAD devront trouver leur place dans cette nouvelle organisation pour permettre aux patients d’avoir un retour à domicile en toute sécurité mais s’appuyant sur une structure prête à prendre en charge les aléas en y répondant de manière organisée et adéquate.

La structuration intra et extra hospitalière de la chirurgie ambulatoire doit pouvoir reposer sur une inter-professionnalité en différent lieu, l’hôpital et la ville.

L’acteur infirmier,un maillon indispensable dans le dispositif.

Avant d’envisager des économies, les objectifs vont générer aussi une augmentation importante des actes infirmiers à domicile.

L’organisation en amont d’une intervention chirurgicale devra aussi prendre en compte la possibilité d’une prise en charge infirmière dès le retour à domicile du patient. Des rôles de coordinateurs sont à créer.

Le développement de la chirurgie ambulatoire aura une répercutions sur les objectifs professionnels de la profession infirmière devant ainsi développer de nouvelles connaissances sur des prises en charges jusque la réservées aux personnels infirmiers hospitaliers.

[dropshadowbox align="none" effect="lifted-both" width="autopx" height="" background_color="#ffffff" border_width="1" border_color="#dddddd" ]Le risque : des ré-hospitalisations en urgence, dans des services d’urgence asphyxiés et adossés à des hôpitaux…sans lits ![/dropshadowbox]Dans chaque modification d’organisation du système de santé, l’IDE ne peut plus être laissée comme exécutante de ces décisions, mais la profession doit pouvoir être participative des réflexions organisées par le ministère. La journée internationale de l’infirmière, du 12 mai prochain, devra être placé sous le signe d’une revendication de la profession d’avoir une place légitime et importante dans l’organisation du système de santé, tant hospitalière que libérale.

L’HAD ou l’ambulatoire ne se décrète mais s'organise et s'anticipe, nécessitant des investissements et non la fermeture arbitraire et dangereuse de lits. Sinon, l’inadéquation entre les besoins et l’offre de soins déjà pénurique en ville aurait des répercutions immédiate sur la qualité et la sécurité des soins.

Les risques ? transférer la charge de travail des soignants vers des aidants familiaux bénévoles rapidement débordés et épuisés et  des ré-hospitalisations en urgence, dans des services d’urgence asphyxiés et adossés à des hôpitaux…sans lits !

 Guillaume Gandoin, IDE aux urgences de l'Hôtel-Dieu

 

 

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Réactions

3 réponses pour “[Tribune] Chirurgie ambulatoire : Madame Touraine, la France n’est pas prête.”

  1. Le seul changement que va apporté l’ambulatoire? Je n’aurai la nuit que des patients âgés dépendants ou les mêmes en plus jeunes (ravage de l’alcool). Donc au lieu de m’occuper de 25 patients dont la moitié autonome , je ferai comme lorsque je suis en maison de retraite , des taches les unes à la suite des autres.;;

  2. Quelle méconnaissance de l’ambulatoire!
    Toutes les interventions ne donneront pas lieu à un retour à domicile dans la journée.
    Les infirmières libérales sont à même de prendre en charge ces patients.
    Il est nécessaire de bien prendre en compte l’environnement familial, matériel et environnemental du patient et pas uniquement sa pathologie.
    Bien préparer cette intervention en amont avec l’infirmière libérale et le service hospitalier et non pas au travers d’un coordinateur qui est inutile.
    Le service maîtrise l’intervention et sa surveillance immédiate et l’infirmier maîtrise et connaît son patient et son environnement et assurer la surveillance post op .
    Nos diplômes et nos formations sont identiques
    Il reste aux infirmières libérales de négocier avec l’UNCAM la cotation de ces actes

  3. Je rejoins le point de vue de l’auteur sur beaucoup de choses… Je rajouterai qu’en développant massivement la médecine et chirurgie ambulatoire, il faut être conscient que la charge en soins dans les services d’hospitalisation conventionnelle va être considérablement modifiée et surtout augmentée car les patients ne pouvant bénéficier de l’ambulatoire (âgés, seuls, dépendants, polypathologiques, à risques plus importants, etc….) demanderont plus de soins, des soins plus lourds aussi, et vont ainsi augmenter la charge en soins des services. Il sera donc indispensable que les effectifs soignants soient réadaptés en regard de l’évolution de cette patientèle pour garantir la sécurité et la qualité des soins. Or cela ne semble pas être au programme des directions et ministère…. S’en rendent-ils seulement compte? Se rendent ils compte du climat général qui règne dans les hôpitaux où toute catégorie de personnel flirte avec le burn out? L’hyper-rationalisation des coûts et des ressources empruntée à l’industrie est le cancer de l’hôpital…. Surtout quand il est préconisé par des gens qui ne savent pas à quoi ressemble le c.. d’un patient :-p

Réagir à cet article

retour haut de page
323 rq / 4,534 sec