Dominique, infirmière proche des Roms, loin des clichés.

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Alors que l’accès aux soins devient de plus en plus inégal en France, les populations précaires sont les plus concernées. Dominique Haezebrouk est chargée de mission pour Médecins du Monde. de formation et d’expérience, elle s’occupe des populations Roms de Marseille, dont la condition socio-sanitaire s’est dégradée ces dernières années. 

Dominique, infirmière proche des Roms, loin des clichésUn constat « épouvantable »

Il y a des histoires qui ne s'oublient pas, et qui malheureusement se répètent avec le temps. Dominique est salariée de Médecins du Monde. Chaque jour, témoin d'un monde où les inégalités persistent, elle rentre marquée par la situation des Roms.

«  Cette population subit des agressions, des difficultés et des humiliations de tous genres. En quelques années, à Marseille, elle a tout simplement été privée de tout lieu de vie et maintenant elle se retrouve sur le trottoir."

"Les bébés jouent et dorment à même le sol, les femmes enceintes et les malades ne sont en général pas suivis et il n’y a pas de structure d’accueil d’urgence pour les familles. C’est pour moi un constat épouvantable et extrêmement violent de la société dans laquelle nous vivons ».

Au pied de l'immeuble où se situent les locaux dans lesquels Dominique travaille, en plein coeur d'un quartier populaire et cosmopolite de Marseille, une jeune Rom fait la manche. Elle semble connaître l'infirmière et la salue respectueusement. Dominique lui retourne cette attention en souriant.

« J’ai beaucoup de considération pour les personnes dont je m’occupe. Elles sont  extrêmement dignes et font preuve d’un courage incroyable  » explique-t-elle. Depuis deux ans, d’abord en qualité d’infirmière bénévole, puis plus récemment en qualité de chargée de mission, Dominique, au côté des équipes de Médecins Du Monde, tente de couvrir une partie des problèmes sanitaires rencontrés par les Roms de Marseille.

Venus  de Roumanie ou des Balkans, ils sont souvent déjà dans leur pays d’origine des « exclus » de la société. Suite à la dislocation de la Yougoslavie dans les années 90, certaines de ces personnes sont même devenues apatrides et n’ont pas d’autre choix que l’errance. « Où qu’ils aillent, on les expulse. Il ne faut pas croire que tous les Roms sont des nomades comme on l’entend si souvent. Les Roms de Roumanie, par exemple, sont sédentaires dans leur pays d’origine. S’ils bougent, c’est qu’ils y sont contraints du fait de leurs difficultés économiques, pour pouvoir nourrir leurs familles » remarque Dominique.

Un travail à plein temps

Quand elle a intégré dans un premier temps le Centre d’Accueil, de Soins et d’Orientation de  Médecins du Monde, Dominique, à l’époque infirmière libérale, ne savait pas vraiment en quoi consisterait sa mission de soignante bénévole. Au vu des énormes besoins en santé des plus précaires, elle a rapidement décidé  de changer de cadre d’activité.

Maintenant, son quotidien est fait de maraudes, d’organisation et de médiation. « Avec les équipes bénévoles, nous nous rendons sur les lieux de vie pour assurer des consultations médicales, pour  orienter les patients, si nécessaire, vers les institutions de santé et vers un accès à une couverture médicale. La plupart du temps, cette population doit gérer l’absence de toit, l’absence de revenu, parfois l’absence de nourriture. Il faut donc comprendre que tant que ces besoins vitaux ne sont pas satisfaits, la santé ne peut pas être une priorité. Alors, pour chaque personne qui se présente, nous faisons un examen de situation et nous assurons des accompagnements et si possible des suivis personnalisés ».

Lorsqu’elle n’est pas sur le terrain, Dominique gère les partenariats opérationnels et les appels. « C’est très souvent qu'on nous appelle pour des signalements ou des conseils. De la même façon, tous les jours, je me mets en relation avec les structures compétentes, médicales ou sociales, pour qu’elles prennent le relais sur les problématiques qui sont de leur ressort ».

Dominique organise aussi le planning des médecins et autres bénévoles et assiste parfois aux pressions policières qui ponctuent le quotidien des familles. « Lorsque les forces de l’ordre viennent les expulser de bidonvilles ou d’habitats de fortune, ils rasent tout ce qu’elles n’ont pu emporter dans l’urgence. Lorsque nous sommes présents, il nous arrive d’intercéder pour que les familles puissent au moins récupérer leurs documents de santé ou leurs traitements. Ensuite, elles se retrouvent en général à la rue, et sont de nouveau condamnées à une  errance qui peut durer des jours et des jours » regrette Dominique.

Et de lancer un appel à la tolérance, y compris aux soignants, pas toujours formés ou disponibles pour comprendre ces situations de l’extrême. « Je pense qu’il y a souvent un problème de compréhension et de communication entre ces patients, soumis à d’énormes difficultés, et les services hospitaliers, qui ont leurs propres contraintes».

Malika Surbled 

Dominique Haezebrouk en 6 dates

1990 : Obtient son D.E

1991/ 1994 = travaille dans différents services hospitaliers, dont les soins intensifs

1994 : s’installe en libéral

2010 : intègre MDM en qualité d’infirmière bénévole

2010 : commence un master de santé publique

2012 : salariée chargée de la mission Rom de MDM Marseille

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