Le CHU de Nîmes a créé un Centre d’évaluation et de prévention du risque iatrogène médicamenteux (CEPRIM). Quatre professionnels y accueillent des patients qui présentent un risque potentiel lié à la prise, ou la non prise, de leurs médicaments. Cette mission se fait en collaboration avec les soignants, et des liens sont aussi établis avec le réseau de soins primaires, en ville.

© Kostikova Natalia / ShutterStock
Les risques induits par la prise de médicaments provoquent, chaque année, 10 000 décès en France.
Ils sont à l’origine de 130 000 hospitalisations soit 1,3 million de journées d’hôpital au total (source ENEIS). Pour aider les patients à mieux comprendre les prescriptions et se soigner sans risques, le CHU de Nîmes a ouvert un Centre d’évaluation et de prévention du risque iatrogène médicamenteux ( CEPRIM).
Des consultations visant à faire de la prévention primaire du risque iatrogène médicamenteux y sont proposées en hospitalisation de jour*. « L’enjeu principal est d’identifier les patients à risque le plus tôt possible », explique le docteur en pharmacie Hélène Richard, du CEPRIM. Objectif : optimiser la prise en charge médicamenteuse à l’entrée et à la sortie d’un établissement de santé, et la sécuriser. « Le CHU s’est appuyé sur la circulaire concernant les Hôpitaux de jour pluri-professionnels(HJP) pour en créer un, en l’adossant à sa pharmacie hospitalière », précise le docteur Hélène Richard.
Évaluation globale
Mauvaise utilisation d’un médicament, erreur médicamenteuse, effets indésirables, interactions médicamenteuses, poly médication, automédication… le risque est assez large. « Le repérage des patients à risque se fait lors d’une hospitalisation ou en ambulatoire », indique la pharmacienne.
Des professionnels de santé directement concernés par la prise en charge médicamenteuse – médecin, pharmacien hospitalier, avec l’intervention possible d’infirmière – les reçoivent successivement pour une évaluation clinique et pharmaceutique. Elle va permettre de repérer, et corriger ou limiter, les risques potentiels ou avérés. « Leur prise en charge médicamenteuse est évaluée dans sa globalité. » Lors d’une hospitalisation complète, le dispositif de pharmacie clinique compte les IDE comme interlocuteurs privilégiés.
Marie-Laure Palat, infirmière en pratique avancée (IPA) dans le service de neurologie fait, elle-même régulièrement appel au CEPRIM. « Être autorisée à changer des posologies ou renouveler des ordonnances ajoute une responsabilité importante », précise-t-elle. L’IPA reçoit aussi des patients en ateliers d’ETP (Éducation thérapeutique du patient) post AVC.
Et fait appel au CEPRIM dans ce cadre, le plus souvent pour des intolérances aux traitements. « L’équipe intervient pour chaque patient post AVC avec un traitement anticoagulant ou sous AVK », précise-t-elle.
Très sécurisant
« C’est très sécurisant, notamment en cas de doute sur un effet secondaire que l’on ne trouverait pas dans le Vidal », fait-elle observer.
L’IPA fait aussi appel aux professionnels du Centre d’évaluation pour des refus d’adhésion thérapeutique. Notamment les refus liés à la polémique autour des statines. « Seulement 44 % des patients sont observants sur les statines. Pour les autres, la motivation est difficile à obtenir surtout s’il y a plusieurs acteurs dans leur parcours. » En bref, la soignante interpelle régulièrement le CEPRIM sur la conduite à tenir pour avoir le meilleur traitement adapté à ses patients. « Il m’aide à obtenir leur adhésion. »
Un point hebdomadaire est fait sur chaque patient par les équipes soignantes avec le CEPRIM qui en accueille chaque année 400 à 500. « Plus de 70 % des patients se voient proposer des modifications thérapeutiques », précise le docteur Richard.
Les dispositifs de conciliations médicamenteuses, eux, permettent selon la pharmacienne, d’intercepter 75 % des événements indésirables avec un impact. « Les soins primaires ont un rôle capital dans la détection », ajoute-t-elle aussi. Dans ce domaine-là, des ponts sont établis. « Le repérage par les officines de ville et des infirmières libérales est indispensable. » Encore sous-représenté, il demande un gros travail d’acculturation.
Une équipe clinique de choc
Un dispositif conséquent de lutte contre l’iatrogénie médicamenteuse avait déjà été mis en place il y a dix ans, dans ce CHU. L’équipe de pharmaciens cliniciens qui y a été affectée était unique par son ampleur. « Ils sont tous les jours dans les unités de soins, au lit du patient », indique le docteur en pharmacie Hélène Richard.
Dans le planning informatisé des services, chacun a la liste des patients admis qui ont bénéficié d’une prescription hospitalière. « Nous les rencontrons pour un bilan médicamenteux optimisé (BMO) qui permet de déterminer ce qu’ils prennent déjà à la maison. » Ils font aussi toutes les validations pharmaceutiques pour sécuriser les prescriptions pendant le séjour. Et ils participent à des hospitalisations de jour comme intervenants parmi les équipes de soins.
Myriem Lahidely
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* Le CEPRIM c’est
6 médecins hospitaliers, 3 pharmaciens, une psychologue et une assistante sociale.
– Des consultations sont proposées chaque jour, matin ou après-midi. Les patients peuvent y être reçus pour un entretien avec une pharmacienne clinicienne et avec un médecin, mais aussi avec une psychologue (pour aborder les questions liées à la représentation de la maladie et des traitements) et une assistante sociale (pour résoudre les problème d’accès au soin et d’isolement social).
– Les actes réalisés au Ceprim sont des actes de pharmacie clinique qui peuvent être financés dans le cadre d’un hôpital de jour.









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