Puerta del Sol : des infirmières en colère

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Depuis trois semaines, la Puerta del Sol est devenue le symbole d’une jeunesse révoltée et fatiguée d’une classe politique indifférente à leurs revendications. Les infirmiers sont au cœur du mouvement, espérant l’amélioration de leur situation économique. Reportage au cœur du campement.

 

Puerta del Sol : des infirmières en colère

Helena, infirmière sur le camp pose devant l'infirmerie place Puerta Del Sol.  - Place Puerta Del Sol à Madrid le 5 juin 2011. ©Benjamin Girette/IP3Press

Tito, 32 ans, s’affaire dans la petite infirmerie de fortune installée en plein cœur du campement de la Puerta del sol. Tout juste diplômé en allergologie, le jeune refuse l’appellation de « chef » de l’infirmerie, - « dans le camp autogéré, pas de leader »- mais c’est pourtant lui qui supervise les activités du centre médical improvisé sous la tente.

Un lit d’, des caisses de médicaments généreusement donnés par des citoyens solidaires de la cause, quelques chaises composent le local. « On ne fournit ici que des soins basiques. Si besoin, on envoie les gens à l’hôpital », explique encore Tito, entouré de plusieurs infirmières volontaires, au minimum deux, afin que l’endroit reste ouvert jour et nuit.

Parmi elles, Elena, 21 ans, encore étudiante. Elle terminera ses études l’année prochaine. « Mes parents m’ont parlé du mouvement, et j’y suis allée par solidarité », explique-t-elle dans une allée animée du campement.

Elle-même se sent concernée par les difficultés rencontrées par les jeunes Espagnols. « Une fois le diplôme en poche, je ne resterai pas en Espagne, lâche-t-elle. Les salaires ne sont pas du tout en relation avec les compétences », se plaint la jeune femme, évoquant un gain mensuel moyen de 1500 euros.

Des revendications sociales

Miriam, 22 ans, travaille. Mais cette bénévole aussi aimerait une augmentation de ses revenus. Exerçant dans le secteur public, elle gagne, « les meilleurs mois 2000 euros », montant qui dépend grandement du nombre de gardes effectuées. « Mais ce n’est pas comme ça à chaque fois ! Je ne bénéficie pas d’un CDI, donc chaque semaine, je suis embauchée pour une semaine par mon centre de santé, sans être sûre de retravailler le lundi suivant », explique la jeune infirmière.

Aucune sécurité de l’emploi, aucune possibilité de prévoir quoique ce soit. « Parfois on m’appelle à 8h le matin pour me prévenir que je suis sur le planning ! », poursuit-elle encore. Naturel donc, pour elle, d’apporter son soutien à une cause qui lui tient à cœur : la lutte contre la précarité. Violetta, une de ses amies également volontaire, doit de son côté se contenter d’un mi-temps, payé trop peu, bien sûr, pour prendre un appartement.

La même chose pour Miriam. Venir ici pour elles, est donc un moyen de faire entendre leur voix. Quitte à prendre des risques. « Nous ne sommes pas allées travailler aujourd’hui », racontent les deux copines. Elles refuseront d'être prise en photo, par peur d’éventuelles représailles administratives de leur établissement de santé.

Elena vient tous les jours, bien qu’elle soit en pleine période d’examens. « Aucun problème, je prends mes cours et je révise ici, à la bibliothèque », s’amuse-t-elle. En effet, dans le campement de la Puerta del Sol, tous les services d’une ville sont disponibles : en plus de l’infirmerie, les activistes ont monté des tentes et des cabanes de fortune pour abriter cantine, salle de relaxation, crèche, et salle de lecture.

C’est ici que l’étudiante révisera…et restera « jusqu’au bout ». Déterminée. Comme l’est Tito et son équipe à transmettre aux politiques un manifeste rempli de propositions concrètes, sur lesquels planchent les participants au mouvement depuis près de trois semaines.

Delphine Bauer

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Réactions

4 réponses pour “Puerta del Sol : des infirmières en colère”

  1. Scalpel dit :

    En voilà des gens motivés qui ont raison.

    Caramba.

  2. julien dit :

    elles se plaignent de ne pas pouvoir avoir de vie car être appelée le jour même pour aller bosser alors qu’elles ont peut être autre chose à faire dans leur journée, avec enfants et mari. Sans compter que sans sécurité de l’emploi, pas d’emprunt possible auprès des banques pour faire construire ou acheter un logement. Bref, même si elles ont un salaire décent (et encore au prix de gardes multiples), elles ne peuvent pas “vivre” tout simplement.

  3. Laetitia Blas dit :

    Qu’elles se plaignent de la précarité du contrat je comprends mais pas du salaire en France elles n’auraient pas plus !!!

  4. je me trompe peut etre mais l IDE de 22 ans qui fait 2000 euros par mois, elle se plaint??… ca serait mon salaire à temps plein et j ai 10 ans d ancienneté…

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