Thérèse Palla, une aide-soignante engagée

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Depuis son arrivée dans le milieu associatif il y a près de 24 ans, Thérèse Palla se démène pour obtenir auprès des autorités, ce qu’elle estime être la juste du travail aide-soignant. Présidente de l’UFAS (Union Française des Aides-Soignants), et promue Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, elle espère pouvoir faire avancer la profession. Conférences, formations, réponses aux interrogations du personnel soignant font partie de son quotidien bien rempli. Ministères, et déplacements nombreux aussi.

Un message à transmettre

Avant, elle était aide-soignante. Puis un jour, elle a décidé de ne plus se consacrer directement aux malades, mais plutôt à la défense et à la promotion de sa profession. « Dans l’intérêt du patient » précise t-elle.  Thérèse est officiellement à la retraite. Pourtant, loin d’être affaiblie par son combat et par sa carrière, elle travaille toujours sans relâche. « Sept jours sur sept, dimanches et fériés inclus ».

Aujourd’hui, elle est à Paris et sort du ministère de la santé. Elle y était convoquée pour débattre des projets de lois relatifs au « développement professionnel continu (dpc) des professionnels de santé non médicaux ». Ce que Thérèse souhaite, c’est que sa profession soit reconnue et valorisée. « J’aimerais que l’aide-soignante puisse avoir un rôle autonome dans la chaîne des soins. Qu’elle ne soit plus considérée comme la subordonnée de l’infirmière, mais comme sa collègue et sa collaboratrice à part entière ».

Elle propose donc, entre autres, une réforme de la formation et surtout la mise en place « un peu comme dans les pays anglo-saxons et au Canada  », de différents niveaux de compétences des soignants. Ainsi, chacun serait autonome et assurerait la prise en charge des malades, sans avoir de rôle délégué, « sans que l’aide-soignante fasse un soin que l’infirmière ne souhaite pas faire, alors qu’il relève finalement de son rôle propre ». Elle espère tout simplement, une meilleure entente entre les différents prestataires de soins.

Si Thérèse bataille autant à défendre sa cause, ce n’est pas sans raison. Elle-même a été confrontée à un sentiment  « d’injustice et d’incohérence » lorsqu’elle était en poste. Après avoir travaillé quinze ans de nuit au service des urgences de Caen, elle passe de jour en traumatologie. C’est là qu’elle découvre un univers qu’elle ne connaissait pas jusqu’alors. « De nuit, l’équipe était unie et solidaire, alors que dans ce nouveau poste, je me suis rendu compte que les aides-soignantes étaient mal considérées et surtout qu’elles n’avaient pas de droit de parole. Par exemple, un jour, j’ai soulevé le problème du retour à d’une dame dépendante et seule. La cadre n’a pas pris en compte ma remarque et a voulu renvoyer cette personne chez elle. Évidemment, les ambulanciers ont refusé de la transporter et nous l’ont laissé ! ».

Thérèse, un peu amère en racontant cette histoire, évoque ses souvenirs et remonte le fil de sa vie sans grande difficulté. Pour elle, ce récit n’est pas un fait isolé appartenant au passé. « Tous les jours, j’ai des témoignages d’aides-soignantes qui ressentent exactement la même chose. Cela peut les conduire à une grande détresse ».


En véritable porte-parole de celles-ci, et en qualité de présidente de l’UFAS, elle s’évertue à les défendre et est amenée à agir. « Une fois, j’ai eu un cas très inquiétant de l’une de nos adhérentes. La fille était vraisemblablement au bord du suicide, à cause d’une surcharge de travail et surtout d’un mépris provenant de sa direction. Alors, j’ai téléphoné au directeur de l’établissement dans lequel elle travaillait pour lui exprimer mes craintes concernant cet agent. Je lui ai expliqué que mon appel avait pour objectif de l’informer de la situation et non de m’immiscer dans les problèmes de l’établissement, car moi-même j’étais impuissante. Il m’a écouté et remercié. Quelques jours plus tard, le problème était arrangé ».

De l’entraide à la consécration

« Lorsque l’on vous nomme Chevalier National dans l’Ordre du Mérite, c’est évidemment par rapport à ce que vous avez donné et fait pour les autres, mais c’est aussi pour vous encourager à continuer », déclare Thérèse. Elle a reçu cette distinction du Président de la République de l’époque, François Mitterrand, sur proposition de Bernard Kouchner. C’était en 1992. Dans un premier temps, elle pensait la refuser. Puis elle a compris que cela représentait une véritable opportunité de faire enfin entendre la voix des aides-soignants. « Je l’ai fait pour la reconnaissance de la profession ». Depuis, elle se sent redevable. Elle doit continuer sa lutte. Alors, jour après jour, en attendant la relève, elle garde espoir, sans pour autant être très optimiste. Ses différentes initiatives portent en tout cas progressivement leurs fruits. Notamment, la branche humanitaire en Afrique qu’elle a créée au sein de l’UFAS, où les aides-soignants se font enfin une place à part entière.

Malika Surbled

Site de l’UFAS : www.ufas.info - Contacter l’UFAS : ufas@infonie.fr

Thérèse Palla en 6 dates

1965 : Découvre la profession en faisant fonction d’aide-soignante

1970 : Premier poste d’Aide-soignante aux urgences de nuit de Caen (15 ans)

1984 : Passe de jour en traumatologie (7ans)

1987 : Participe à la création de la Fédération Nationale des Associations d’Aides-Soignants (FNAAS)

1992 : Est promue Chevalier National dans l’Ordre du Mérite

1994 : Crée l’Union Française des Aides-Soignants (UFAS) puis sa branche humanitaire à laquelle elle participe activement.

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Réactions

2 réponses pour “Thérèse Palla, une aide-soignante engagée”

  1. Pseudo dit :

    bonsoir
    tout d’abord merci de m’avoir fait connaitre Malika Surbled,ce n’est pas facile de parler de soi………..
    j’ai lu avec beaucoup de plaisir votre profil ,bravo à vous aussi pour votre engagement pour la profession…………
    comme vous l’avez découvert,je ne suis technicienne d’étude clinique maintenant

    je suis très heureuse de mes nouvelles fonctions,pas facile au début , mais avec du travail on y arrive….
    bonne continuation à vous
    marie france

  2. scalpel dit :

    Beaucoup de courage et de tenacité pour valoriser une profession certes malmenée (mais comme beaucoup d’autres). Pour ça disons bravo.
    Néanmoins je le répète: l’autonomie des AS n’a aucune cohérence ni aucun fondement dans notre système de soins. Prendre l’exemple du système anglo-saxon revient à comparer une voiture et un oeuf.
    Enfin, « Thérèse », « Je l’ai fait pour la reconnaissance de la profession ». J’ai eu un moment divin/mystique en entendant votre réplique… Amen.

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