« L’augmentation des places en Ifsi est nécessaire mais pas sans difficultés »

Un protocole entre l’Etat et les Régions en faveur des formations sanitaires et sociales a été signé le 14 mars 2022. Il acte la reconduction des efforts de création de places de formation en Ifsi, a minima, pour 2023/2025 en fonction des besoins des territoires. Le point avec Florence Girard, présidente de l’Association nationale des directeurs d’écoles paramédicales (ANdEP).

© ESB Professional / ShutterStock

Quel regard portez-vous sur ce nouveau protocole ?

L’augmentation du nombre de places concerne les aides-soignants, les accompagnants éducatifs et sociaux (AES) et les infirmiers, c’est-à-dire trois métiers en tension.

Les annonces datent déjà de 2020 pour les aides-soignants et les infirmiers. La première vague de la Covid-19 a en effet mis en évidence la nécessité d’augmenter le nombre d’étudiants, afin de disposer davantage de personnes formées et ainsi augmenter les possibilités de recrutement.

Le manque important en personnel a été accentué par la crise sanitaire. Les départs sont aujourd’hui nombreux, certes en raison de départs à la retraite mais aussi de départs volontaires d’infirmiers pour s’installer en libéral ou pour totalement changer d’activité.

Nous ne sommes plus sur des logiques de carrières.

Or, avec le vieillissement de la population, et donc l’augmentation du nombre de prises en charge des personnes âgées, le besoin d’augmenter les recrutements dans les Ifsi et les Ifas, est reconnu de tous. Ce besoin a d’ailleurs été mis en avant dans le rapport de Dominique Libault (mars 2019) sur la concertation grand âge et autonomie, et dans celui de Myriam El Khomri (octobre 2019) sur plan de mobilisation nationale en faveur de l’attractivité des métiers du grand-âge.

Comment s’organise cette création de places ?

Elle se déroule en lien avec les régions, qui financent les formations en soins infirmiers, et obtiennent des fonds de l’Etat. Des financements ont déjà été mis en place en 2021, prolongés en 2022.

L’augmentation du nombre de places par région, repose sur les données de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS), qui définit les besoins en fonction des territoires et en assure le suivi.

Le protocole Etat-régions prévoit en outre des mesures financières afin de permettre aux Ifsi d’aménager leurs locaux voire d’entreprendre des travaux afin d’accueillir les futurs étudiants dans des conditions idéales d’apprentissage.

La création de places peut également entraîner des modifications sur un plan pédagogique et permettre le financement de nouveaux outils en numérique ou en simulation. Un comité de suivi sur le protocole sera notamment chargé de vérifier ces aspects.

Quels sont les points d’attention à porter le sujet ?

Outre la gestion administrative des dossiers supplémentaires, la principale problématique que nous avons identifiée en lien avec cette augmentation du nombre de places repose sur les stages. Car certes, les Ifsi vont pouvoir offrir 10, 20 voire 30 places supplémentaires, mais comment trouver des places de stage aux étudiants, alors que nous sommes déjà confrontés à cette difficulté aujourd’hui ?

D’autant que les exigences réglementaires du référentiel obligent à une durée minimale de stage, qui se doivent aussi d’être qualifiants et de permettre le développement des compétences chez les étudiants avec un réel suivi proposé au sein des structures.

Quelles solutions proposez-vous ?

Face à cette situation, nous estimons qu’il serait opportun de modifier le référentiel de formation pour plus d’agilité avec, idéalement, moins de stage en première année.

Nous savons que le premier stage peut être difficile à trouver et les étudiants se retrouvent souvent en Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), structure qui n’est pas forcément la plus facile à vivre pour des étudiants débutant un schéma de professionnalisation.

En réduisant le nombre de stages de première année, nous pourrions les augmenter sur la troisième année. Et ce d’autant plus que les stages des étudiants de troisième année sont toujours plus acceptés par les structures car elles y voient une possibilité de recrutement.

Cette option permettrait à la fois d’affiner les compétences des étudiants et de s’afficher dans un processus de professionnalisation.

Propos recueillis par Laure Martin

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Réactions

3 réponses pour “« L’augmentation des places en Ifsi est nécessaire mais pas sans difficultés »”

  1. Gigi dit :

    Quand vous voulez faire le métier d’infirmière, que vous êtes en liste d’attente, que le 25 juin 2022 toujours pas de proposition IFSI dans le 93, que faire ? Un autre métier ne m’intéresse pas, il faut ouvrir plus de places. Merci de prendre en compte ma requête

  2. DeVal dit :

    Bonjour Bichette,

    Je ne suis pas étonné de la situation. Il faut savoir que la plupart des EHPAD & MAS n’arrivent plus à recruter d’IDE voire d’Aides soignants à cause des conditions de travail et d’un très mauvais recrutement de beaucoup de profils à l’entrée des IFSI. (Source : Commission d’Enquête Sénat et intitulé « Hôpital : sortir des urgences »)

    – Conditions de travail délétères à l’hôpital (sous effectif, rappel sur repos/congé et même arrêt maladie !)
    – corporatisme de l’ensemble des professions (le médecin qui met des bâtons de les roues aux IDE qui mettent des bâtons aux AS, chacun voulant défendre son pré-carré),
    – conséquences de la T2A système adapté pour certaines pathologies mais destructeurs dans l’ensemble,
    – système de formation continue absente où on casse l’IDE qui souhaite devenir IADE etc bref évoluer, l’AS/Aux pur qui souhaite devenir IDE
    – management violent qui méritait une plainte pénale dans certains cas.

    Pas étonnant que les IFSI dans ce contexte SONT DANS L’OBLIGATION d’évoluer. On fait comment Binette quand il y a 200.000 postes environ à pourvoir de soignants toute profession confondue (AS/Aux pur/IDE etc) ? …. et bien on brade, tout simplement.

  3. bichette dit :

    « Face à cette situation, nous estimons qu’il serait opportun de modifier le référentiel de formation pour plus d’agilité avec, idéalement, moins de stage en première année. »
    je suis atterrée par ce que dit cette personne !!
    Il y a deja bcp moins de stages qu’avant. De plus, les premiers stages sont les plus importants! Ils permettent de se confronter à la réalité du terrain et d’apprendre la base du métier … les retirer ne feraient que repousser le problème (plus d’abandons en 2eme année, et 1 an de formation financé pour rien) et les étudiants restants arriveront en deuxième avec bcp de retard de pratique.

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