« Il y a une place importante pour les infirmières puéricultrices en ville »

Charles Eury, président du Collège des infirmièr(e)s puéricultrices(teurs), fait le point sur les recommandations de l’IGAS qui propose de développer l’exercice en ville et de rénover la formation des IPDE.

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ActuSoins - L’IGAS recommande de développer l'exercice des IPDE en ville. Exercer en libéral est une demande forte des professionnels...

Charles Eury - Tout à fait, et c’est une demande que la profession porte depuis longtemps. Comme le précise le rapport, il n’existe aucune nomenclature spécifique aux actes des infirmières puéricultrices et infirmiers puériculteurs aujourd’hui. Ceux qui exercent en libéral n’ont pas de financement pour les soins de l’enfant qui vont nécessiter davantage de temps et une expertise supplémentaire. De même, l’accompagnement des familles et la prévention, qui sont au cœur de notre spécialité, ne sont pas financés. C’est un frein majeur à l’installation des IPDE en ville.

Une annonce a été faite durant le congrès de l’ANPDE concernant le projet de loi relatif à la protection de l’enfance : désormais les actes des infirmières puéricultrices de protection maternelle infantile (PMI) seront remboursés. Ce n’est évidemment pas satisfaisant pour l’installation en ville, mais il faut relever une petite avancée. L’activité des IPDE en PMI va être valorisée et cela va donner plus de visibilité à notre activité.

En quoi consistera concrètement l’exercice des infirmièr(e)s puéricultrices(teurs) en ville ?


Le rapport met en avant la nécessité de mieux penser le parcours de soin en intégrant l’ensemble des professionnels. Aujourd’hui ce parcours est difficile à mettre en œuvre de façon coordonnée.

Ça peut être intéressant de mener des projets de territoire dans le cadre de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Cela n’empêche évidemment pas un exercice en autonomie.

Il y a un manque sur l’ensemble du territoire. Beaucoup de familles n’ont pas la possibilité d’être accompagnées par des professionnels spécialisés à proximité de chez eux. Il y a peu de pédiatres, le médecin généraliste n’est pas spécialisé, la sage-femme intervient durant la grossesse et juste après la naissance, et les PMI ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.

Il y a donc une place importante pour les infirmières puéricultrices en ville. Les familles doivent pouvoir solliciter l’intervention d’une infirmière puéricultrice à proximité si elles en ressentent le besoin.

L'IGAS propose de rénover la formation des IPDE, jugée désuète. Pouvez-vous expliquer comment elle va évoluer ?

Nous rejoignons le constat de l’IGAS. Fort heureusement, chaque centre de formation a adapté le programme pour qu’il réponde aux besoins actuels. Le rapport questionne l’architecture de la formation et sa durée trop courte par rapport au volume d’enseignements.


Il pose aussi la question de son intégration à l’université. Nous souhaitons une formation en deux ans, au sein de l’université, valorisée par un master. Ce master permettra de développer nos compétences, pour aller plus loin en termes de soins techniques, de consultations et de prévention.

Nous souhaitons développer, dans le cadre de notre spécialité, une pratique et des compétences élargies.

Le travail de réingénierie de la profession a commencé il y a dix ans. Ou en est-il aujourd'hui? 

Oui, il a en effet commencé il y a dix ans mais a subi de nombreux reports. Nous, associations professionnelles et représentants des écoles, avons continué à travailler sur un nouveau programme. Désormais nous souhaitons que le ministère lance très rapidement des groupes de travail à ce sujet.

Si les travaux sont repris d’ici la fin de l’année, on peut tout à fait envisager un démarrage de cette nouvelle formation dès 2022.

Quelles vont être les suites données aux recommandations de l’IGAS ?


Aujourd’hui le ministère attend deux autres rapports qui arriveront d’ici la rentrée. L’un concerne l’évolution de la profession de sage-femme, c’est très important car on travaille en étroite collaboration, et l’autre concerne l’évolution de la profession d’infirmier. À la rentrée, nous aurons toutes les cartes en main pour décider et mettre en œuvre des solutions concrètes.

Nous portons aussi une attention particulière à la volonté du rapport de valoriser la profession, notamment en secteur hospitalier qui représente 60% de la spécialité. Aujourd’hui les services de soins prenant en charge des enfants n’ont pas l’obligation d’avoir des puéricultrices dans leurs équipes.

Nous souhaitons qu’un ratio de professionnels spécialisés soit mis en place. Nous attendons des réponses concrètes à nos demandes, qui sont les mêmes depuis pas mal d’années.

Propos recueillis par Adrien Collet

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