Télésoin : une nouvelle pratique et de nouveaux enjeux pour les infirmiers

Le télésoin va progressivement intégrer la pratique des infirmières et infirmiers, offrant de nouveaux champs d’application et de nouveaux enjeux pour la profession.

Télésoin : une nouvelle pratique et de nouveaux enjeux pour les infirmiers

© ShutterStock

« Il a fallu plus de 10 ans pour que la téléconsultation et la téléexpertise entrent dans le droit commun. C’est allé beaucoup plus vite pour le télésoin ! » salue Marc Fumey, chef de service par intérim au sein de la Mission Numérique en Santé (MNS).

L’arrêté autorisant les infirmières et infirmiers à pratiquer cet acte de façon pérenne a été publié le 4 juin dernier au Journal Officiel. « Il y a une volonté d’aller plus vite pour le télésoin, et la situation sanitaire a accéléré son déploiement », confie-t-il.

« La HAS a été saisie pour réfléchir aux situations pouvant donner lieu ou non à un acte de télésoin », explique Vanessa Hernando, cheffe de projet au sein de la MNS. « Nous n’avons pas exclu de situations a priori à l’exception des situations où il faut un contact direct ou un matériel spécifique », poursuit-elle.

Elle précise qu’il s’agit d’une décision partagée du professionnel et du patient, au regard du référentiel. « C’est une nouvelle modalité de soin, il n’a pas vocation à remplacer le soin en présentiel. Il doit répondre aux besoins de certains patients et améliorer l’accès au soin. »

Marc Fumey confirme : « durant la crise sanitaire, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un vrai bénéfice pour les patients et les professionnels, notamment pour éviter les ruptures de prise en charge. »

Dans certaines situations, le télésoin offre une alternative : auxiliaires médicaux peu représentés dans certaines régions (IDE en addictologie ou en stomathérapie par exemple), patients vivant loin de leur lieu de prise en soin, personnes vulnérables ou difficilement transportables etc.

Les infirmiers consultés pour l’élaboration du référentiel

Le Collège Infirmier Français (CIF) l’Ordre National Infirmier (ONI) ont porté la voix de la profession dans le cadre de l’élaboration d’un rapport de la HAS relatif aux critères d'éligibilité au télésoin et sur des recommandations de bon usage.

 Le CIF a exprimé « une volonté forte de [le] développer, particulièrement en EHPAD et pour le suivi des patients chroniques. » Un avis partagé par l’ONI qui insiste sur la place centrale des IDE dans la pratique du télésoin, notamment ceux exerçant dans les champs de la prévention et de l’éducation (PMI, milieu scolaire ou santé au travail).

Florence Ambrosino, infirmière et responsable pédagogique d’H2 Média, un organisme proposant aux auxiliaires médicaux une formation sur la pratique du télésoin, explique : « il y a de nombreuses applications, pour les infirmières coordinatrices en cardiologie ou en oncologie par exemple, qui pourront faire leurs entretiens de suivi à distance. »

Autre usage envisagé : l’avis ou le conseil. « Certaines professions nous ont fait part de sollicitations régulières par téléphone pour avis. Elles confirment que le télésoin, pour lequel on recommande la vidéotransmission, est plus simple », fait savoir de son côté Vanessa Hernando. Une utilisation qui pourrait faciliter, par exemple, l’évaluation d’une plaie.

Le patient au centre de la prise de décision

Marc Fumey insiste sur le rôle central du patient dans le choix de la prise en charge en présentiel ou à distance : « il très important d’avoir un usage raisonné du télésoin et cela renvoie à des questions de pertinence et surtout à une décision partagée avec le patient. » La Haute autorité de santé vient justement d’éditer un document à destination des usagers expliquant ce point : « à tout moment, si vous le préférez, vous [le professionnel de santé, ndlr] pouvez lui demander de réaliser la prochaine consultation ou le soin en présentiel. »

« On insiste sur le fait qu’il faut élaborer un compte-rendu et le partager, » ajoute-t-il, exprimant que l’acte de télésoin s’intègre dans un parcours et une prise en charge d’équipe. « Les patients doivent être rassurés sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une prise en charge de moindre qualité. »

La formation comme levier

Si le déploiement du télésoin dans la pratique des infirmiers et infirmières semble lancé, son usage n’est pas inné. « De nombreux professionnels appréhendent difficilement l’usage du télésoin dans leur exercice » , constate Florence Ambrosino. Selon elle, la première démarche est d’amener les professionnels qui se forment à l’envisager pour d’autres actes que les activités techniques qui constituent la majorité de leur exercice.

Le CIF identifie d’ailleurs l’intégration de la télésanté dans les formations initiale et continue comme un levier important de développement. Dans son rapport, la HAS indique que « le besoin en formation sur le télésoin est similaire à la télémédecine ».

Marc Fumey confie : « il s’agit d’un nouveau mode de prise en charge et cela soulève des questions. La communication à distance n’est pas la même qu’en présentiel par exemple. Il y a également des questionnements sur les outils nécessaires pour échanger des données sensibles. »

D’ailleurs, « certains professionnels ont intégré l’usage de messageries grand public comme étant un outil de télésoin », remarque Florence Ambrosino.

Dans ses recommandations, la HAS considère que la vidéotransmission est un critère déterminant pour constituer un télésoin. Vanessa Hernando explique que « pendant la crise sanitaire il y a eu beaucoup de souplesse sur les solutions techniques pouvant être utilisées, il est désormais nécessaire de se tourner vers des solutions qui respectent les standards. »

L’Agence du Numérique en Santé devrait publier prochainement un référentiel qui permettra aux éditeurs de logiciels de développer des solutions adéquates.

Enfin, le CIF évoque également des freins techniques au déploiement du télésoin, liés à l’équipement des structures et des professionnels, et à son financement. Il pointe également les questions éthiques que cette nouvelle pratique soulève.

L’ONI de son côté, s’interroge sur la fracture numérique dans certaines zones rurales. Une problématique également soulevée par la mission numérique en santé : « quand la prise en charge à distance n’est pas possible, il faut proposer au patient de le voir en présentiel », concluent Vanessa Hernando et Marc Fumey.

Adrien Collet

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Les infirmiers libéraux attendent des précisions

Particulièrement concernés par l’usage anticipé du télésoin dans le cadre de suivi de patients Covid-19 à domicile, les infirmiers libéraux (IDEL) s’interrogent sur l’intégration de ce nouveau type de soin dans leur activité à long terme.

« Reste à savoir si la caisse nationale d’assurance maladie va faire le nécessaire pour que cet acte soit pérennisé à la nomenclature ! », a commenté l’ONSIL (Organisation nationale des syndicats d'infirmiers libéraux)  sur son site internet la semaine dernière. 

De son côté, le SNIIL, lors de l’ouverture de négociations conventionnelles avec l’Assurance Maladie en novembre, a évoqué « son incompréhension face à la réduction du champ du télésoin qui se prépare. » 

L’intégration de cette nouvelle pratique pour les IDEL, comme pour les autres auxiliaires médicaux, nécessitera la signature d’un nouvel avenant. Les négociations ont déjà commencé.

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