Quand la Covid-19 change significativement l’organisation du travail des soignants de nuit

Changement de service, changement de salle, augmentation du nombre d'heures travaillées, passage en travail de nuit, changement d'activité pour prendre en charge des patients Covid : la crise sanitaire a eu un impact significatif sur le travail de nuit des soignants de l'AP-HP, selon une étude publiée dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France.

Quand la Covid-19 change significativement l'organisation du travail des soignants de nuit

© ShutterStock

L'enquête "Aladdin", menée entre les deux premières vagues de la crise sanitaire décrit les bouleversements organisationnels entraînés par la crise sanitaire pour les hospitaliers de nuit (infirmiers, aides-soignants et techniciens, sages-femmes)  des 39 établissements de l'AP-HP. 

Elle met notamment en lumière des changements dans l'organisation du travail des soignants pour 6 répondants sur 10. 

L'augmentation du nombre d'heures de travail est le changement le plus déclaré par les soignant(e)s des différentes catégories professionnelles, à l'exception des aides-soignant(e)s et autres professions de soins et médico-techniques, qui ont déclaré le plus souvent un changement de salle. 

"La gestion de ce temps de travail additionnel, s'ajoutant à un planning quotidien déjà très chargé pour la plupart des soignants, et qui s'est inscrite dans la durée, constitue l'un des aspects du défi relevé par le personnel hospitalier", indiquent les auteurs de l'étude. 

Infecté par la Covid ou peur de la transmettre

Par ailleurs, 13,6% des répondants ont déclaré avoir contracté la Covid-19, durant la première vague épidémique. 

Plus de 9 fois sur 10, les répondants ont indiqué avoir eu peur de transmettre la Covid-19 à leurs proches et 65,5% d'entre eux ont peur de l'attraper en allant travailler.

"Ces résultats montrent un vécu et des perceptions sur la gestion de la crise sanitaire relativement homogènes entre les différentes catégories de soignants enquêtes, malgré les différences socio-économiques et professionnelles marquées entre ces catégories. Cette homogénéité s'illustre en particulier par un sentiment de plus grande vulnérabilité face au virus et la peur d'être infectés ou de transmettre la Covid-19 à l'entourage", expliquent les auteurs. 

De la même façon, plus de la moitié des soignants répondants ont déclaré des difficultés d'accès au dépistage et des difficultés à mettre en place les mesures de protection recommandées contre l'infection, mesures que plus d'un quart d'entre eux trouvent "inadéquates". 

Perte de confiance et inadéquation de l'offre de soutien psy

Les résultats montrent aussi, pour de nombreux soignants, un manque de confiance dans la capacité des autorités à gérer la crise sanitaire et un besoin d'information sur l'infection. 

"L'ensemble de ces résultats témoigne des bouleversements et questionnements induits par la première vague épidémique parmi les personnels hospitaliers de nuit de l'AP-HP", ajoutent les auteurs. 

En outre le pourcentage de soignants de nuit déclarant avoir reçu récemment un soutien psychologique est extrêmement faible, que ce soutien provienne de proches ou de professionnels, malgré la mise en place rapide de cellules et moyens de soutiens psychologiques dans les services de l'AP-HP, y compris pour les personnels de nuit. 

"Face au faible recours des travailleurs de nuit au soutien psychologique, nous pouvons faire l'hypothèse d'une inadéquation de l'offre proposée par l'institution avec les contraintes des travailleurs de nuit (impossibilité de quitter son poste la nuit, même pour quelques minutes, horaires inadaptés, etc.), mais aussi l'absence de ressenti d'un besoin de soutien psychologique chez les agents", analysent-ils. 

"En effet, une surcharge de travail et une grande fatigue ont pu rendre difficile l'identification du besoin d'un soutien psychologique. Un soutien existait le plus souvent entre collègues. Il est donc important de s'interroger sur le développement d'une offre de soutien plus adaptée pour eux et sur une prévention systématique indispensable". 

Rédaction ActuSoins

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