À Lyon, les étudiants en soins infirmiers réclament leur vaccin

Les étudiants en soins infirmiers lyonnais réclament leur droit à la vaccination contre le Covid-19. Considérés comme non prioritaires par le CHU de Lyon, ils poursuivent pourtant leurs stages dans les établissements de santé – certains dans les unités Covid.
À Lyon, les étudiants en soins infirmiers réclament leur vaccin

photo d'illustration, non contractuelle. © ShutterStock

Engagés sur le front de la pandémie depuis mars 2020, les étudiants en soins infirmiers (ESI) lyonnais ont appris la semaine dernière qu’ils n’étaient pas autorisés à recevoir le vaccin.

Mardi 9 février, Romane*, 22 ans et étudiante à l’IFSI Saint Joseph Saint Luc, a reçu sa première injection du vaccin contre le Covid-19. Mais elle reste, pour l’instant, la seule dans ce cas parmi l’ensemble des étudiants en soins infirmiers lyonnais. « La secrétaire devant me fournir le certificat de vaccination m’a clairement dit que je n’aurais pas dû être là, que les étudiants n’étaient pas prioritaires », témoigne l’étudiante.

Deux jours plus tôt, elle avait pourtant reçu un message de l’Ordre national infirmier incitant les ESI à aller se faire vacciner.

Dans un mail adressé à une étudiante, le service communication des Hospices civiles de Lyon (HCL) l’informe que ces derniers sont écartés de la campagne de vaccination faute de flacons disponibles : « […] la vaccination n’a pas pu être ouverte à l’ensemble des professionnels de santé et étudiants pour l’instant, car nous ne disposons pas encore d’assez de doses. Nous devons donc fonctionner par étape au fur et à mesure des livraisons. »

Contactés par mail, les HCL précisent que, bien que la vaccination soit autorisée pour l’ensemble des soignants français, un ordre de priorité pour la vaccination a dû être établi à Lyon.

Feu vert pour les étudiants en médecine

Sur les réseaux sociaux et après quelques négociations avec les représentants étudiants, les HCL ont annoncé mercredi 10 février que les étudiants pourraient finalement bénéficier du vaccin AstraZeneca. Tous ? Non ! Seuls les étudiants en médecine sont concernés par cette nouvelle mesure.

La FNESI (Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers), affirme que plusieurs étudiants se sont vu refuser la vaccination dans un centre de Lyon. « Les IFSI avaient déjà communiqué auprès de leurs étudiant(e)s l'annonce officielle du ministère de la Santé les autorisant à se faire vacciner. Nombre d’étudiant(e)s sont en stage et sont confrontés à des patients Covid + », explique un représentant de la fédération.

Par mail, le CHU de Lyon confirme : les étudiants en soins infirmiers sont pour l’instant écartés de la vaccination. « Certains collègues sont en stage en réanimation, donc clairement en contact avec des patients positifs. C’est comme ça les arrange », regrette Romane.

De son côté, Céline*, également étudiante à l’IFSI Saint Joseph Saint Luc, raconte aussi comment la route vers la vaccination lui a été barrée : « Je devais avoir rendez-vous mercredi 10 février au centre de vaccination de l’hôpital Edouard Herriot. Mardi soir, le centre m’a appelée, m’a demandé mon métier et m’a informée que je n’étais pas éligible. Puis, ils m’ont dit que je n’avais que 20 ans et que mes défenses immunitaires étaient au maximum. »

Le 15 mars prochain, elle repartira en stage et aurait souhaité être vaccinée avant : « C’est une question d’éthique dans notre métier. C’est aussi une sécurité pour les patients à risque. »

Une stratégie vaccinale questionnée

 

Un revirement de situation que certains fustigent, dénonçant une mauvaise gestion des personnes prioritaires. D’après certains témoins, il aurait été plus pertinent d’établir des priorités selon le risque d’exposition, et ce, en prenant compte des fragilités de tous et toutes. « Ce n’est pas très cohérent. On nous laisse potentiellement propager le virus », précise Romane.

« Je ne comprends pas pourquoi les étudiants en médecine sont prioritaires. Ils ne font pas trop de soins rapprochés », explique Céline.

Sollicité à ce sujet, le service communication des Hospices civiles de Lyon n’a pas donné suite à notre question concernant les critères d’éligibilité.

De leurs côtés, les étudiants en soins infirmiers interrogés ne cessent de s’inquiéter du manque de considération apportée à leur formation pendant cette pandémie : « En novembre et décembre, j’étais en stage dans un EHPAD : il y a eu 23 morts en un mois. Nous n’avions pas de masques FFP2, seulement des masques chirurgicaux simples. Le risque d’attraper le virus et de le transmettre est élevé », rappelle Céline.

Camille Grange

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*Les prénoms ont été modifiés

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