À Cuba : le luxe insolite de La Pradera

Le Centre International de Santé de La Pradera offre le luxe d'un hôtel et d'un hôpital de pointe à proximité de La Havane. Avec un personnel soignant trié sur le volet... comme la patientèle. Article publié dans le n°33 d'ActuSoins Magazine (Juin 2019).

La Pradera est à la fois un centre international de santé employant une centaine d'infirmières et une résidence de dix-sept hectares à l'ouest de la Havane

La Pradera est à la fois un centre international de santé employant une centaine d'infirmières et une résidence de dix-sept hectares à l'ouest de la Havane. © F.Mateo

« Nous sommes ici à la fois dans un hôpital et un hôtel » : on ne saurait trouver meilleure définition du Centre International de Santé de La Pradera que celle du Dr. Nelly Cristina Valdivia Onega, directrice de cet établissement hors normes à proximité de La Havane.

Les unités de soins et les espaces résidentiels occupent un parc de dix-sept hectares, à une vingtaine de minutes en voiture à l'ouest de la capitale cubaine.

Pour la prise en  charge de patients, quasi exclusivement internationaux à l'exception de quelques « apparatchiks » du régime castriste, l’équipe comprend 500 personnes, dont 39 médecins et une centaine d'infirmières.


Nous sommes loin des standards d'un système de santé national exsangue, faute de moyens pour le faire fonctionner. Le contraste est même choquant avec les bâtiments délabrés et les équipements désuets des hôpitaux publics.

« Nous avons tous types de spécialistes », précise la directrice de La Pradera : « stomatologues, neurologues, néphrologues, radiologues, entre autres... et même si la plupart des patients arrivent ici après un rendez-vous concerté, nous disposons d'un service d’urgence 24 heures sur 24, avec quatre ambulances à disposition permanente ».

Un luxe pour le commun des Cubains, mais pas seulement, car il en coûte 500 dollars (445 €) en moyenne par jour pour être pris en charge à La Pradera. Entre Hugo Chavez et Diego Maradona (dont l'appartement a conservé sa décoration personnelle !), la patientèle est atypique.

Des infirmières polyglottes

Depuis trente-deux ans, plus de 40 000 personnes ont été accueillies à La Pradera, en provenance de 82 pays différents, essentiellement d'Angola, Chine, Canada, mais également de France, Espagne ou Italie.

La compétence linguistique est donc l'une des premières qualités des infirmières à La Pradera, pour échanger en anglais, français, russe ou portugais, en plus de l'espagnol bien sûr.

Mais ce n'est qu'un prérequis parmi d'autres car les infirmières sont véritablement au cœur du dispositif de cet hôpital. « Notre système de soins est très personnalisé, très proche de la personne et son entourage. Le patient n'a pas besoin de faire appel au médecin à La Pradera, c'est le médecin qui vient vers lui, et le personnel infirmier a pour mission de veiller justement à faciliter ce contact », confirme l'infirmière Yamila Sanchez Dumas.

C'est aussi un système de soins très soucieux de la qualité de vie, avec plusieurs programmes de prévention et de bien-être, intégrant des méthodes parfois aussi originales que l'équithérapie.

L'accompagnement au cœur des traitements

Yamila Sanchez Dumas : "L'infirmière a un rôle de conseil auprès du patient et de son entourage

Yamila Sanchez Dumas : "L'infirmière a un rôle de conseil auprès du patient et de son entourage". © F.Mateo

« Qu'il s'agisse d'oncologie ou d'addiction, il est fondamental que le patient apprenne à vivre avec sa maladie, cela fait partie du processus de guérison et des protocoles que doivent suivre les infirmières, en complément bien sûr des traitements et des soins apportés par les médecins », ajoute Yamila Sanchez Dumas.

En ce sens, l’infirmière est un « guide » pour les résidents de La Pradera : « nous avons par exemple un programme de réhabilitation et de qualité de vie pour les femmes ménopausées afin de substituer les médicaments ou le calcium généralement administrés pour lutter contre l'ostéoporose . Nous faisons de même pour les professionnels qui travaillent dans des postures prolongées ou les personnes souffrant d'addictions, où l'infirmière a un rôle de conseil auprès des patients et de son entourage ».

Car la place donnée à la famille est l'un des aspects les plus intéressants à La Pradera. Le patient n'est pas isolé pendant son traitement, mais toujours accompagné par ses proches.

« On sait que l'accompagnement d'un malade est parfois difficile », explique le  Dr. Valdivia Onega, « d'où l’importance de pouvoir offrir un cadre pour le bien-être des patients et de leurs familles, non seulement dans cet écrin de verdure de La Pradera, mais en profitant aussi des paysages et des plages de Cuba. Nous pouvons ainsi aller chercher à leur hôtel des personnes qui nécessitent une dialyse pendant quelques heures, et nous les raccompagnons ensuite pour qu’ils puissent profiter normalement de vacances en famille ».

Au moment où les patients quittent La Pradera, leur entourage sera sensibilisé, voire formé, pour poursuivre au mieux cet accompagnement qui participe aussi de la guérison.

Francis Mateo

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Des traitements uniques au monde

Le Centre International de Santé de La Pradera est un paradoxe à Cuba, un pays où les habitants souffrent toujours d'un double fléau : l'embargo imposé par les États-Unis depuis 1962 - aggravé en 1996 avec les lois Helms-Burton – mais également la rigidité d'un régime où le « paradis socialiste » vire au cauchemar du quotidien pour trouver les denrées les plus élémentaires.  Dans cet hôpital, les patients bénéficient de la compétence du personnel médical cubain, reconnue dans le monde entier, d'un matériel de pointe en provenance d'Europe, comme des appareils de dialyse et de radiographie, mais également de traitements absolument originaux et pionniers. 

« Si les patients viennent se soigner de divers endroits de la planète, c'est d'abord par intérêt médical, c'est à dire en grande partie pour profiter de ces traitements qui ne sont pas ou peu disponibles hors de Cuba », note le Dr. Nelly Cristina Valdivia Onega, « car nous développons ici des programmes spécifiques dans la prise en charge de certaines affections ou pathologies ». Des traitements développés dans les laboratoires de l'île pour pallier justement les contraintes de l'embargo ! Ainsi est née la Mélagénine, médicament extrait du placenta humain pour le traitement du vitiligo, l'une des grandes spécialités de La Pradera. De la même manière, l'ulcère du pied diabétique est traité par un médicament « made in Cuba », le Heberprot-P, également utilisé pour favoriser certaines cicatrisations difficiles de plaies.

Mais l'innovation la plus spectaculaire et celle qui attire sans doute le plus grand nombre de patients concerne les vaccins (thérapeutiques et non préventifs) pour lutter contre le cancer du poumon non à petites cellules en phase avancée. Ces vaccins qui n'agissent pas directement sur les cellules cancéreuses mais qui stimulent les défenses immunitaires sont enregistrés à Cuba depuis 2008 sous les noms de CIMAvax-EGF® et VAXIRA®. Les infirmières de La Pradera les ont intégré dans leurs protocoles depuis 2012.

Cet article est paru dans le N°33 d'ActuSoins Magazine (juin-juillet-août 2019). 

Il est à présent en accès libre. 

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Réactions

1 réponse pour “À Cuba : le luxe insolite de La Pradera”

  1. juan dit :

    Bonjour,
    comme vous le savez Cuba est sous embargo depuis 60 ans , l”économie Cubaine perds environ chaque année 4,5 milliards de dollars , vous oubliez de dire dans votre article très souvent une pathologie d’un malade nécessite ‘une molécule qui est conçue parfois par un seul laboratoire au monde un laboratoire des des Etats Unis , dans ce cas à moins que Cuba achète à grand frais la molécule autrement pas de livraison de médicament , aucun pays au monde ne subit un tel blocus même pas la Corée du Nord !

    Répondre modéré

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