Les infirmier(e)s en portrait dans ActuSoins : Que sont-ils devenus ? (9)

Cela fait près de cinq ans qu’ActuSoins part à la rencontre de soignants un peu partout en France. Certains ont des initiatives à mettre en lumière. D’autres exercent dans des services méconnus. Tous ont un parcours qui sort de l’ordinaire. Nous avons voulu prendre des nouvelles.

©DR Christine Huchet Infirmière

©DR
Christine Huchet

Retrouvons Christine

Désormais au service des sports de l’hôpital Edouard Toulouse de Marseille, Christine n’est plus seule. Un éducateur sportif l’accompagne dans ses projets. Ensemble, ils ont pu mettre en place une activité judo pour les services de psychiatrie adulte mais aussi pour les services de psychiatrie infanto-juvénile.

« Nous réalisons chaque année 5 voire 6 séjours sportifs d'une semaine et avons aussi repris l'activité Voile. En 2017, dans le cadre de Marseille Capitale 2017 du sport, nous organiserons Voile en tête, une régate européenne à l'attention de personnes en souffrance psychique. Le service s'est tellement développé que nous aurions besoin d'une troisième personne à temps plein. Nous avons également développé notre réseau, aussi nous avons des partenaires sponsors, mécènes qui nous suivent toute l'année et nous permettent de réaliser autant de projets chaque année, car les budgets hospitaliers ont fondu et il nous a fallu trouver des partenaires des soutiens extérieurs »

Inutile de dire qu'entre l'organisation, l'animation des activités sportives hebdomadaires, la construction et la réalisation des séjours sportifs, le développement de son réseau, sa conférence de presse annuelle au Château Ricard et le projet 2017, Christine ne chôme pas. Et même lorsqu’elle est en repos, elle pense "sportez vous bien!" (son association) en permanence.

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Christine : la thérapie par le sport

Infirmière de secteur psychiatrique, Christine Huchet consacre sa carrière à la thérapie par le sport. En participant à l’entraînement des malades atteints de troubles psychiques, elle favorise leur réinsertion sociale et leur mieux-être.

Sur la terrasse d’un café, faisant face à la mer et au vieux port de Marseille, Christine attend paisiblement l’entrevue à laquelle elle a accepté participer. Le cadre est parfait, la protagoniste chaleureuse. Il faut dire que les interviews font aussi partie de sa mission. « Plus je communique sur notre action à la presse, plus je casse l’image  négative que l’on se fait de la psychiatrie et plus je revalorise les patients », explique-elle.

Le sport comme ligne de conduite

Christine est de celle qui agit. Responsable du service des sports du centre hospitalier Edouard Toulouse dans le quinzième arrondissement de Marseille, elle soigne des malades à sa façon : le sport. Football, tennis de table, pétanque, volley, basket, escalade avec les patients des différents services de psychiatrie de l’hôpital sont autant d’outils qu’elle utilise dans le cadre de son métier. Pour elle, le sport représente une activité structurante dans la relation entre soignants et soignés. « Lorsque l’on peut faire respecter les règles d’un sport collectif, on arrive à faire respecter les règles de la vie. Les patients apprennent ainsi qu’ils doivent respecter autrui mais aussi faire preuve d’hygiène par exemple ».

Et les résultats sont probants. Plus que la relation à l’autre et la propreté, les actions menées par Christine contribuent à des améliorations franches des états pathologiques, notamment en terme de réinsertion. « Il y a quelques années, nous avions en charge un homme en voie de clochardisation. Pendant plusieurs mois, il a participé à l’activité voile que nous avions à l’époque. Lors d’une régate, il nous a surpris à contredire mon collègue qui soumettait une option de passage contre le vent. Il proposait autre chose. Lorsque nous l’avons interrogé sur sa suggestion, il s’est livré : il avait été moniteur de voile par le passé. Après de longs mois de non-communication, la porte s’était enfin ouverte sur sa vie, le lien de confiance était noué. »

Une vocation qui ne connaît pas la routine

Christine fait ce métier depuis près de 25 ans. Toujours au même poste, avec les mêmes ambitions et la même passion. Seul l’hôpital d’attache initial a changé. Très jeune, elle a su quelle serait sa vocation. C’est en faisant un « job d’été » en qualité de secrétaire dans une base de voile en Mayenne qu’elle a sa révélation. Plusieurs groupes d’handicapés mentaux fréquentent le club et cela  l’épate .

« J’adorais ces visages, je trouvais formidable que ces gens aient accès à cette activité ». Elle décide alors de renoncer à son désir de devenir professeur de sport. Après s’être renseignée sur les études à suivre pour travailler auprès de ces personnes, elle découvre que seul le métier d’infirmière peut lui ouvrir les portes de ses ambitions. Elle se tourne vers le secteur psychiatrique, qui a l’époque est encore distinct du cursus général. Tout juste diplômée, elle quitte la Mayenne pour la région parisienne et prend son premier emploi en unité psychiatrique traditionnelle, en caressant l’espoir que sa demande de création d’un poste consacré au sport soit prise au sérieux. Soutenue par le directeur de l’établissement, elle attend un an avant de pouvoir réaliser ce projet. Entre temps, pour se perfectionner, elle passe un brevet d’état d’éducateur sportif pour handicapés mentaux, ce qui lui permet de gagner en crédibilité.

Six ans plus tard, elle postule à Marseille, pour se rapprocher de son compagnon. Le poste existe déjà et s’avère vacant. Depuis, elle n’en déloge pas. Elle s’y consacre et s’implique chaque jour davantage. Seule infirmière du service, elle aimerait élargir « l’équipe », et surtout installer un terrain multi-sports au sein de l’hôpital. « Nous travaillons avec les gymnases extérieurs. Lorsque quinze ou vingt patients se présentent pour l’activité foot et que je suis seule à les encadrer, nous ne pouvons pas sortir ! ». Elle souhaite aussi aménager un parcours santé allié à un parcours senteur installé par une autre équipe, pour combiner approche environnementale, citoyenneté et sport. Alors, elle s’organise et cherche des financements auprès des institutions. Histoire de ne jamais renoncer à ses aspirations et « d’apporter toujours plus aux patients ».

Malika Surbled

 

 

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