Après le bombardement de l’hôpital MSF de Kunduz en Afghanistan, l’ONG retire son personnel

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24 morts dont 14 employés, et 10 patients, parmi lesquels 3 enfants, au moins 37 blessés... Tel est le macabre bilan du bombardement de l'OTAN sur un hôpital de MSF dans le nord de l'Afghanistan, à Kunduz. 

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©MSF

Actualisation (AFP)  : jeudi 15 décembre, un véhicule militaire américain a forcé les portes de l'hôpital de Médecins sans frontières (MSF) bombardé il y a deux semaines par les Américains à Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan. L’ONG déplore la possible destruction de preuves de cette bavure qui a fait au moins 24 morts.

Le véhicule blindé est entré de force dans le complexe de l'hôpital, abimant son portail, apparemment sans savoir que des cadres de MSF se trouvaient alors sur place, dont son directeur dans le pays, Guilhem Molinie. Après une heure et demi de discussions, les soldats américains ont finalement été autorisés à entrer, mais sans leurs armes.

Une porte-parole de l'ONG a confirmé cette intrusion américaine, intervenue selon elle « en dépit d'un accord (...) stipulant que MSF devait être informée avant chaque nouvelle étape de la procédure (de l'enquête américano-afghane) impliquant le personnel ou les actifs de l'ONG ». « Leur intrusion non annoncée et de force a endommagé le complexe, détruit de possibles preuves et généré du stress et de la peur chez l'équipe de MSF », a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, MSF a réclamé une enquête indépendante sur le bombardement de son hôpital de Kunduz,

Au moment du bombardement, samedi 3 octobre, vers 02H15 locales, 105 patients et 80 membres du personnel étaient présents dans l'hôpital de cette grande ville du nord qui a été le théâtre d'âpres combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes.

Dans une interview à l'AFP, le directeur des opérations Bart Janssens a affirmé que des bombardements se sont poursuivis "pendant plus 45 minutes" après que l'ONG a averti les armées afghane et américaine que son établissement avait été touché par de premiers tirs.

MSF assure avoir transmis préventivement les coordonnées GPS de son hôpital à "toutes les parties" du conflit, et "notamment à Kaboul et Washington".

"Les impacts étaient très ciblés, toujours sur le même bâtiment. L'avion est parti, puis il est revenu pour redonner suite à une série d'impacts, exactement sur le même bâtiment", a expliqué le Dr Janssens.

Selon MSF, le raid a frappé le bâtiment principal de l'hôpital, qui abrite l'unité de soins intensifs et les urgences, tandis que les bâtiments alentour n'ont pas été touchés. "A l’unité de soins intensifs, six patients étaient en train de brûler vif sur leur lit", raconte Lajos Zoltan Jecs, infirmier MSF.

MSF retire son personnel de Kunduz

MSF a décidé de retirer son personnel de Kunduz, un coup terrible pour la population civile prise dans les combats entre l'armée afghane et les rebelles talibans pour le contrôle de cette ville du nord afghan. C'est en effet le seul établissement de la région capable de soigner les blessures de guerre les plus graves.

Entre lundi 28 septembre et jeudi 1er octobre, les équipes médicales de MSF ont pris en charge 296 blessés, y compris 64 enfants.

La pression s'accentue sur Washington sommé de s'expliquer sur ce bombardement aérien meurtrier en Afghanistan, un acte qualifié de "crime de guerre" par l'ONG.

"A l'heure actuelle, je ne peux pas vous dire si le centre de traumatologie de Kunduz rouvrira ou pas", a expliqué Kate Stegeman, porte-parole de MSF en Afghanistan.

Crime de guerre ?

Le président américain Barack Obama a rapidement annoncé l'ouverture d'une enquête, dont il attend les résultats pour "porter un jugement définitif sur les circonstances de cette tragédie". La situation est "confuse et compliquée", a renchéri son secrétaire à la Défense, Ashton Carter.

Des explications jugées "insuffisantes" par le directeur général de MSF, Christopher Stokes, qui s'est prononcé pour une enquête "exhaustive et transparente" menée par un "organisme international indépendant".

Car MSF rejette en bloc les justifications de responsables afghans, selon lesquelles des combattants talibans se trouvaient dans l'établissement et s'en servaient comme base.

"Ces déclarations impliquent que les forces afghanes et américaines aient décidé ensemble de raser un hôpital entièrement fonctionnel.(...) Cela équivaut à reconnaître qu'il s'agit d'un crime de guerre", a déclaré M. Stokes, en écho à l'ONU qui jugeait dès samedi que la frappe aérienne pourrait relever du "crime de guerre" si elle était jugée "délibérée par la justice".

De plus, "cela contredit totalement les premières tentatives du gouvernement américain de minimiser les conséquences des attaques comme n'étant qu'un dommage collatéral", un vocable historiquement connoté d'abord utilisé par l'Otan quelques heures après la frappe, a souligné M. Stokes.

Selon le ministère de la Santé afghan, 60 personnes sont mortes et plus de 400 ont été blessées dans les combats pour le contrôle de cette grande ville du nord, verrou stratégique sur la route qui relie Kaboul au Tadjikistan.

Rédaction ActuSoins avec AFP et MSF

Actualisation du 13 octobre 2015 :

Les Etats-Unis vont indemniser les victimes de la frappe sur l'hôpital de Kunduz. L'annonce fait suite aux excuses publiques de Barack Obama à Médecins sans frontières, qui assurait la gestion de l'hôpital. Selon les derniers chiffres, au moins 22 personnes ont été tuées par la frappe américaine sur l'établissement.

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