A Lens, le Smur ne peut plus assurer sa mission 24/24h

Le Smur du centre hospitalier Dr Schaffner de Lens, dans le Pas-de-Calais, n'a plus assez de médecins urgentistes pour faire tourner ses équipes de Smur 24 heures sur 24. Une première dans son histoire. Il manque également d'IADE.


La crise qui touche les services d'urgences se traduit actuellement à l'hôpital de Lens par des interruptions de la disponibilité permanente du Smur. Le départ de 11 des 18 urgentistes entre janvier et août 2019 oblige le service des urgences et le Smur à se réorganiser, indique la direction du centre hospitalier.

« Normalement, nous avons deux équipes de Smur, de jour comme de nuit. En réalité, on n'en a qu'une la nuit depuis longtemps, observe Jean Létoquart, infirmier anesthésiste du Smur et délégué syndical CGT. Et là, la deuxième équipe de journée vient de sauter » depuis le 1er juillet. Pire encore, aucune équipe n'est disponible sur certaines plages horaires durant l'été.

Interruption temporaire

« Il reste à ce jour en juillet trois nuits non couvertes dont deux samedis et sept plages en août dont cinq nuits de week-end », précise la direction. Jean Létoquart compte pour sa part 12 nuits non couvertes (et non huit). Durant le week-end du 23 juin déjà, ajoute-t-il, « il n'y a pas eu de Smur pendant 24 heures. Et ce week-end (début juin, NDLR), un médecin a été trouvé à la toute dernière minute ».

Trouver des volontaires dans les établissements voisins n'est pas chose facile : les urgences sont partout sous tension. Venir prêter main forte à une équipe de Smur quand on vient de finir son poste ou sa semaine dans un autre établissement peut présenter des risques. En cas d'appel concernant une intervention du Smur dans le secteur de Lens sur une plage horaire où aucune équipe n'est disponible dans cet hôpital, le centre 15 fait donc intervenir le Smur disponible le plus proche, à Arras ou Béthune. Au prix d'un allongement des délais d'intervention et d'une potentielle perte de chance pour les patients, remarque l'IADE.

Outre les démissions de médecins, le service des urgences de Lens connaît également une fuite de soignants, signale l'infirmier anesthésiste : « les démissions concernent toutes les catégories de personnels ». En cause, selon lui : des « conditions de travail infernales, comme dans tous les hôpitaux, des difficultés financières... ». Selon lui, les IADE du Smur sont passés de 14 à 9 ETP. Difficiles à remplacer, ils ne sont ainsi plus assez nombreux pour assurer tous les transports infirmiers interhospitaliers (T2IH) de patients intubés et ventilés (un de leurs actes exclusifs en l'absence d'un médecin) : c'est une équipe d'Arras qui les remplace en cas d'impossibilité, indique Jean Létoquart. « Les infirmiers sont un peu plus faciles à remplacer mais ils le sont parfois par des professionnels moins expérimentés », remarque-t-il.

Démissions en chaîne

Les démissions se répercutent aussi forcément sur le fonctionnement du service des urgences. « Une personne vient de passer 38 heures sur un brancard. Y passer 24 heures est devenu monnaie courante », observe l'infirmier. Du fait de ces longs séjours, les patients doivent être vus plusieurs fois par les médecins et les soignants ce qui rallonge encore les délais de prise en charge pour l'ensemble des patients...

Comme ailleurs, les lits d'aval manquent : « l'hôpital de Lens a eu jusqu'à 1200 lits, remarque l'infirmier. Aujourd'hui il n'en a même pas 700 ». Et dans ce secteur où une partie importante de la population vit dans des conditions difficiles et où les indicateurs de santé sont particulièrement mauvais, l'offre de prise en charge ambulatoire ne répond pas forcément aux besoins. A la demande de la direction du centre hospitalier et du pôle interétablissement URMED du GHT de l'Artois, dont il fait partie, une mission d'appui soutenue par la Société française de médecine d'urgence a été désignée il y a plusieurs semaines par l'ARS, indique l'hôpital sans préciser son objet. « On se réorganise tous les 15 jours, souligne Jean Létoquart. Ce sont des bidouillages, pas des solutions. Il nous faut un vrai plan Marshall. »

Géraldine Langlois

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