Pourquoi ferme-t-on des maternités ?

Les fermetures de maternités se succèdent en France et à chaque fois, la même scène se joue : les autorités invoquent la sécurité des parturientes pour justifier l’arrêt des activités, tandis que les collectifs de patients réclament leur poursuite au nom de… la sécurité des parturientes. ActuSoins a tenté de démêler tout cela.

Pourquoi ferme-t-on des maternités ?

Le Blanc (Indre), Die (Drôme), Creil (Oise), Bernay (Eure)… Non, ce n’est pas le tracé du prochain Tour de France, mais un aperçu des maternités qui ont récemment fermé leurs portes. « Nous avons du mal à maintenir des maternités ouvertes parce que nous manquons d'anesthésistes, de pédiatres, d'obstétriciens », expliquait Agnès Buzyn sur BFMTV mi-mars. Le corollaire est simple : pour la sécurité des femmes et des nouveau-nés, mieux vaut donc transformer les maternités en centres de périnatalité n’effectuant pas d’accouchements, et orienter les parturientes vers des centres disposant de ressources humaines et de plateaux techniques plus étoffés.

Sauf que du côté des usagers, on ne l’entend pas de cette oreille. Partout autour des établissements menacés, des comités de défense fleurissent. Ils se sont même organisés en collectif, et 16 d’entre eux ont publié le 23 mars dernier un manifeste national pour la « renaissance des maternités condamnées ». « Nous refusons la mise en danger des mères et de leur enfant, les faux arguments sécuritaires déployés par le gouvernement et ses experts, la logique centralisatrice et économique qui amène à fermer des services de première nécessité », proclamait ce texte qui a, à ce jour, recueilli près de 2500 signatures sur la plateforme Change.org.

Il faut dire que sur certains territoires, la situation semble critique. « Aujourd’hui, dans notre bassin de population qui rassemble environ 70 000 personnes, un grande partie de la population se trouve entre trois quarts d’heure et une heure de route de tout autre établissement que celui du Blanc », explique par exemple Jean-Michel Mols, président du comité de défense des usagers du site hospitalier du Blanc, dont la maternité a justement fermé en octobre 2018. Et les conséquences peuvent être spectaculaires. « Sur les quatre derniers mois, déjà quatre naissances se sont faites dans des conditions à risque : sur la route, dans la salle à manger… », avance le militant.

Sécurité partout, maternités nulle part ?

Alors, suffirait-il de mettre les moyens et de rouvrir les maternités fermées ? Pas forcément, si l’on en croit les membres du collectif de médecins qui ont signé au mois de février une tribune publiée dans Le Parisien – Aujourd’hui en France, et dont le titre est explicite : « Le maintien de certaines maternités est dangereux ». Selon ces praticiens, pour la plupart membres de sociétés savantes ou de syndicats impliqués dans la périnatalité, « le seuil minimal de ressources humaines recommandé pour assurer la sécurité et la qualité des activités non programmées en gynécologie-obstétrique n’est pas mis en place partout ».

Ils estiment donc que « ne pas accepter les restructurations, c’est passer sous silence l’assouplissement de critères de sécurité où des maternités fonctionnent parfois sans pédiatre de garde, la baisse de niveau de qualification des acteurs, la multiplication des contrats intérimaires aux coûts onéreux qui, malgré leur aide, ne peuvent remplacer une équipe multidisciplinaire stable ».

Un sujet politique

Alors, entre fermeture ou réouverture des maternités, où se situe la meilleure façon de garantir la sécurité des femmes et des bébés ? Dans le contexte actuel, marqué par la mobilisation des gilets jaunes autour de questions (notamment) liées à l’aménagement du territoire, la réponse ne peut venir que du niveau politique. C’est d’ailleurs le sens de l’annonce faite par Emmanuel Macron le 29 mars dernier à l’Elysée. Alors qu’il recevait les maires des Hauts-de-France, le président a en effet demandé de « rouvrir le dossier » de la fermeture de la maternité de Creil, transférée à Senlis en janvier dernier.

Dans son allocution prononcée le 25 avril, le locataire de l’Elysée a semblé poursuivre sur sa lancée, s’engageant à ce qu’il n’y ait plus « d’ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d’hôpitaux, ni d’écoles sans l’accord du maire». Une annonce qui laisse cependant les défenseurs des maternités de marbre. « C’est quand même assez fallacieux », s’emporte Jean-Michel Mols. « On ne ferme pas des écoles, mais des classes, on ne ferme pas des hôpitaux, mais des services. » Même la ministre de la Santé semble dans l’impossibilité démentir. « C’est impossible de s’engager sur la non-fermeture de services », a-t-elle déclaré sur BFMTV le 5 mai, pointant la nécessité de s’adapter aux évolutions démographiques de la population.

Adrien Renaud

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