La Bajon (humoriste) : « Les “mercis” des infirmières sont ma plus belle récompense »

Repérée en 2017 sur Youtube en pleine affaire Fillon, l’humoriste et comédienne La Bajon livre des sketches caustiques sur les dysfonctionnements de la société. Sa vidéo intitulée « La Santé », qui parle des conditions de travail à l’hôpital, a fait un véritable carton.

La Bajon (humoriste) : « Les "mercis" des infirmières sont ma plus belle récompense »

Capture d'écran, "La santé", La Bajon.

Un représentant de laboratoire qui vante les mérites d’une nouvelle formule de Bétadine… qui n’apporte rien du point de vue médical si ce n’est une note plus salée, des malades qui découvrent, comme des étudiants au bac devant la liste des résultats, s’ils ont le cancer, ou encore des infirmières qui sont enfin augmentées… de 1,5 euros par nuit travaillée! Autant de saynètes grinçantes signées Anne-Sophie Bajon, alias La Bajon, humoriste et comique.

Avec plus de 520000 vues sur Youtube et encore davantage sur Facebook, La Bajon fait un carton plein avec son sketche sur la santé. Normal : si les scènes sonnent tellement juste, c’est qu’elle s’est inspirée de témoignages réels.

« Il y a tellement de gens qui me contactent et demandent de faire une vidéo sur leur situation ! Les facteurs, les cheminots, les personnels d’auto-écoles, s’étonne-t-elle encore. Dans la même veine, beaucoup d’infirmières m’ont écrit pour me décrire leurs souffrances au jour le jour. »

Afin d’être au plus près de leurs préoccupations, l’humoriste a même rencontré plusieurs d’entre elles, réalisant un travail de « terrain ». Car en tant qu’humoriste, il est « nécessaire de viser juste » : récolter la matière nécessaire à bien cibler ses blagues ou jeux de mots est indispensable.« Les infirmières [que nous avons rencontrées] ne se connaissaient pas mais leurs histoires étaient concordantes. »

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=biEyFBnRfeQ&w=560&h=315]

Un humour grinçant

Cette première étape était indispensable car le milieu de l’hôpital ne lui était pas familier. Certes, « ma mère était infirmière. A l’époque déjà, elle me disait qu’elle était constamment fatiguée et que quand elle avait une augmentation, elle était de 20 francs », se souvient-elle néanmoins. « Finalement, les conditions sont toujours les mêmes, mais en pire. »

Afin de trouver des établissements motivés pour accueillir l’équipe de tournage le temps de quelques heures, La Bajon a déposé une annonce sur son Facebook… En précisant bien qu’il ne s’agissait pas de faire « risquer [leur] place » aux répondants. Mais « ce ne fut pas évident », reconnaît-elle, d’autant plus qu’elle incarne une directrice d’établissement vénale, cynique et cruelle envers ses employé.e.s. Finalement, l’hôpital de Cherbourg et celui de Joigny ont accepté de prêter leurs locaux. « Je sais que si les infirmières étaient très contentes du résultat, beaucoup de médecins n’ont pas apprécié ! »

En cause, plusieurs saynètes dissonantes, sans doute. La Bajon n’hésite pas à égratigner le système, comme avec la saynète sur le harcèlement sexuel, dans lequel un médecin drague hyper lourdement une infirmière (sans hésiter à lui masser les épaules sans son consentement!). Très ironique, aussi, le passage où le chirurgien réalise qu’il a oublié ses clés de voiture dans l’abdomen d’un patient et appelle l’infirmière pour qu’elle appuie sur la cicatrice afin d’ouvrir son véhicule… Sans oublier le cynisme de l’annonce du décès d’un grand-père à ses petits-enfants : La Bajon leur envoie un SMS « PPDCD »… suivi d’un smiley, bien sûr.

Des infirmières ravies de collaborer

« Lors des tournages, je n’ai pas vu les infirmières directement dans leur quotidien, car nous étions dans une aile non occupée, mais elles étaient toutes aux petits soins avec mon co-auteur, Vincent Leroy, et moi », explique La Bajon. Par ailleurs, leur enthousiasme s’est aussi traduit par leur participation au tournage. Car si les rôles (« Jojo » l’infirmière, le médecin, les brancardiers…) sont tenus par des comédiens, les infirmières ont parfois endossé la mission de figurantes. « Elles étaient comme des dingues ! », reconnaît l’humoriste.

Le ton de La Bajon est volontiers cynique et traduit au plus près les combats quotidiens des agents de l’hôpital public. « Si ça peut les aider, ne serait-ce qu’un peu, à ce qu’on parle d’elles, je suis contente. En tout cas, cela les a soutenues moralement. Beaucoup m’ont dit ‘’merci’’. Pour moi, c’est la plus belle reconnaissance. » La preuve, sur le Facebook de la comédienne, plus de 6600 commentaires ont été laissés. Sur Youtube, les mercis se succèdent, à l’instar du mot de Fabrice. « Personnellement je suis infirmier en soins intensifs de cardiologie et nous vivons ces situations tous les jours alors pour ceux qui pensent que ce n’est que de la fiction nous en reparlerons lorsque vous serez dans nos lits.... bienvenue dans la réalité des hôpitaux publics!" peut-on y lire.

La Bajon a d’autres sujets en tête pour l’avenir. Mais le secteur de la santé l’a particulièrement inspirée.« C’est important de faire rire quand le monde est si triste. »

Delphine Bauer

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