Greffes de foie pédiatriques à Marseille : une reprise en pointillés

Les transplantations hépatiques pratiquées pendant 33 ans à Marseille et interrompues plusieurs mois peuvent reprendre en ce mois d'avril mais pour certains parents, les conditions de cette reprise ne sont pas optimales.

Greffes de foie pédiatriques à Marseille : une reprise en pointillés

Les enfants qui ont besoin d'une greffe de foie dans le sud-est peuvent de nouveau recevoir une transplantation à Marseille. L'Assistance publique – Hôpitaux de Marseille a trouvé une solution à l'interruption des greffes de foie pédiatriques consécutive au départ pour Paris, en septembre 2018, de la chirurgienne qui les pratiquait à l'hôpital de la Timone. La mère d'un enfant greffé, Elise Misrahi, a mis en ligne cet automne une pétition dénonçant cette interruption, après 33 ans de pratique de ce type de greffe à Marseille ; une pétition qui a recueilli plus de 66000 signatures.

Peu de praticiens

Depuis le 4 avril, une convention d'un an entre les Hospices civils de Lyon et l'AP-HM prévoit que le Pr Olivier Boillot, chirurgien spécialisé dans les greffes de foie pédiatriques, vienne à l'hôpital de la Timone, à Marseille, réaliser transplantations hépatiques sur les enfants qui en ont besoin et encadrer l'équipe locale, indique le pr Dominique Rossi, président de la commission médiale d'établissement (CME) de l'AP-HM. Selon lui, la direction générale du CHU et la CME ont cherché partout, en France et en Europe, un praticien capable de pratiquer ces interventions et qui soit disponible, ce qui est très rare.

D'ailleurs, le médecin lyonnais, praticien hospitalier mais aussi universitaire, mène son activité universitaire à Lyon, de même que son activité hospitalière principale. Il ne se déplacera à Marseille que pendant cinq jours lors de chaque transplantation (environ huit fois par an).

Certes, cette solution présente l'avantage de permettre à l'activité de redémarrer, et « en toute sécurité », assure le Dominique Rossi. Elle va aussi éviter aux enfants qui doivent être greffés de devoir être pris en charge à Lyon ou à Paris, les deux autres lieux où se pratiquent ces transplantations en France, pendant de longues semaines. En effet, « au mieux, quand tout se passe bien, ils sont hospitalisés un mois, dont plusieurs jours en réanimation », souligne Elise Misrahi. Dans sa pétition elle insistait sur les grandes difficultés rencontrées par les parents d'enfants concernés qui devaient, du fait de l'interruption des greffes à Marseille, quitter leur famille et leur emploi pendant de longues semaines pour accompagner leur enfant. Les parents marseillais n'auront donc plus à le faire.

Passer le flambeau ?

Mais pour Elise Misrahi, les conditions de la reprise des greffes hépatiques pédiatriques ne sont pas aussi bonnes qu'elles le devraient. « Lors de la greffe de mon enfant, j'ai vu le chirurgien tous les jours pendant un mois », se souvient-elle. Elle ajoute : « il y a énormément de complications post greffe. Entre un tiers et la moitié des enfants doivent subir une nouvelle intervention. » Que se passera-t-il alors à l'avenir dans de telles situations si le chirurgien est reparti ? « L'équipe présente sur place n'est pas novice », indique le président de la CME, et la convention prévoit que le Pr Rossi pourra revenir à Marseille en cas de besoin.

Elise Misrahi s'interroge aussi sur la qualité de la formation de l'équipe marseillaise à la greffe hépatique pédiatrique par ce praticien lyonnais alors qu'il ne sera pas souvent présent et qu'il est, par ailleurs, proche de la retraite. Le président de la CME compte pourtant bien sur la transmission de savoir et de d'expérience pour que l'équipe marseillaise monte en compétence sur cette activité.

Selon lui, deux praticiens locaux sont en cours de formation sur la greffe pédiatrique. Mais le projet de déplacement sur un autre site des chirurgiens pratiquant la greffe chez les adultes pourrait compliquer, selon Elise Misrahi, ce passage de relai.

Géraldine Langlois

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