Un bus au cœur des déserts médicaux

Dany Vixaysakd, infirmière, coordonne une petite équipe d’éducateurs thérapeutiques qui sillonne la Gironde à bord d’un camping-car, le Prev’enBUS, à la rencontre des seniors depuis 2016. Au menu, des ateliers de prévention de santé et des moments de convivialité. Article paru dans le n°29 d'ActuSoins Magazine (juin 2018)


Dany Vixaysakd, infirmière, le Prev'enBUS apporte la prévention et l'éducation à la santé dans les déserts médicaux de la Gironde

Pour Dany Vixaysakd, infirmière, le Prev'enBUS apporte la prévention et l'éducation à la santé dans les déserts médicaux de la Gironde. © Eugénie Baccot.

Le camping-car est sagement garé sur le parking, à quelques mètres de la mairie et du foyer de Labarde, petite commune médocaine au nord du département de la Gironde, comptant un peu moins de 600 habitants.

A l’intérieur, installés autour de la petite table, Sabrina Mannon et Denis Larmet, tous deux éducateurs thérapeutiques, ainsi que Dany Vixaysakd, infirmière coordinatrice du dispositif, s’autorisent une petite pause avant de réattaquer sur le programme de l’après-midi. Sur la table, quelques crêpes, « sans matières grasses »,précise Dany, réalisées quelques heures plus tôt, lors de la précédente halte.

Près d’une quarantaine de villages, tous les mois

Il ne reste que quelques minutes aux trois collègues avant de déployer à nouveau leur atelier. La routine de la petite équipe a l’air bien rodée. Autant que le fonctionnement du dispositif Prev’enBUS, porté par l’association du même nom. Le camping-car sillonne ainsi le département de la Gironde, cinq jours par semaine, depuis 2016 pour « apporter la prévention et l’éducation à la santé dans les villages situés dans les déserts médicaux de la Gironde »,explique Dany.

Ce sont ainsi aujourd’hui trente-six villages qui sont visités deux fois par mois par le camping-car de Prev’enBUS. A chaque passage, une thématique est abordée pendant une heure trente : prévenir le diabète, manger équilibré, s’adonner à une activité sportive adaptée, les bienfaits de la sieste, entre autres.

Le public visé est principalement celui des seniors, même si le Prev’enBUS a animé des ateliers à destination de membres d’un établissement et service d'aide par le travail (ESAT). En moyenne, une dizaine de personnes assistent à l’atelier. Le dispositif a ainsi fini par rencontrer un certain succès, si bien que le camping-car ne suffit plus pour accueillir les participants. Souvent, les ateliers se déroulent alors dans les salles polyvalentes ou les foyers prêtés par les communes, comme ici à Labarde.

Bientôt 14h, la petite équipe s’active. Chacun à son poste, l’un emportant le paper board, l’autre les sacs contenant le nécessaire pour préparer une nouvelle collation, le dernier emportant les dépliants de l’association. Dans la petite salle, Alain distribue les cafés, Sabrina s’affaire à la crêpière et Dany accueille les visiteurs. « Nous tentons d’offrir un moment de convivialité »,explique l’infirmière. C’est alors le moment de prendre des nouvelles des uns et des autres. Qui a testé les recettes présentées lors du dernier atelier « manger équilibré » animé par l’équipe ? Car dans l’assistance, beaucoup sont déjà des habitués des escales du camping-car dans ce village.

Porte à porte et loto

Dany Vixaysakd infirmière

Dany Vixaysakd explique aux participants le fonctionnement d'un téléphone portable. © Eugénie Baccot.

Si aujourd’hui, les participants sont au rendez-vous, c’est grâce au travail de défrichage de Dany Vixaysakd. En 2014, l’infirmière alors spécialisée en addictologie décide de prendre trois années sabbatiques, à la recherche de nouvelles expériences. Une connaissance, le Dr Vandersnickt, lui propose de participer au lancement du dispositif, en tant que salariée à temps plein de l’association.

Le dispositif est notamment financé par le conseil départemental de Gironde. Mais tout reste à faire, à commencer par convaincre les municipalités rurales de l’intérêt du Prev’enBUS. « Il a fallu gagner leur confiance et les rassurer : nous n’avons rien à leur vendre ! », ajoute Dany. L’infirmière s’est rendue de village en village et a rencontré chaque maire. Pour convaincre les habitants de visiter le camping-car, elle a même dû faire du porte-à-porte et, les week-ends, participer aux concours de belote ou de lotos pour parler de la prochaine venue du camping-car. Puis le bouche à oreilles a pris le relais.

Aujourd’hui, l’atelier du jour « apprendre à utiliser son téléphone portable » est attendu par un petit groupe de seniors. Du simple envoi de sms à l’utilisation de la fonction haut-parleur : la découverte de l’outil captive les participants, tous novices en la matière. « Même sur des sujets qui ne relèvent pas de la prévention, nous tentons d’inclure quelques messages de santé »,précise Dany. En l’occurrence, l’atelier est l’occasion de revoir les numéros d’urgences (pompiers, samu, etc). Les thématiques ont été présentées par Prévenbus à l’ARS et sont renouvelés sur les propositions de l’équipe. Les échanges avec les élus municipaux, dont beaucoup ont eux-mêmes testé les ateliers, sont aussi source d’inspiration.

Peu de temps morts

Alain lance l’atelier par une première partie théorique et de description du téléphone portable, avant que le groupe ne soit divisé en trois, réparti entre les trois co-équipiers pour la mise en pratique. Pendant la présentation théorique, Dany s’affaire, prépare les prochains ateliers. L’infirmière connaît peu de temps morts dans sa journée. Même le matin, alors que l’équipe fait route à bord du camping-car pour son premier atelier, c’est elle qui prépare les prochaines escales du car, prévient les référents des villages qui seront visités dans les prochains jours. « J’ai beaucoup appris en matière de management : élaborer les plannings de l’équipe, veiller à ce que chaque membre de l’équipe aille bien, insuffler une dynamique de groupe »,observe-t-elle aujourd’hui. Celle qui a choisi de tenter l’aventure du Prev’enBUS car le contact avec les personnes âgées lui manquait dans son précédent poste en addictologie, dit apprécier « la polyvalence »de son rôle.

Mais son congé sabbatique prenant fin, comme son contrat à bord pour le Prev’enBUS, elle doit déjà songer à demain. Que faire après ? « Pourquoi pas infirmière libérale et pourquoi pas en milieu rural », s’interroge Dany Vixaysakd qui avoue que le côté clinique du métier d’infirmière commence à lui manquer. Mais elle semble convaincue d’avoir accompli sa mission : « le Prévenbus, c’est désormais une affaire qui roule ! »

Ariane Puccini

Actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article est paru dans le numéro 29 d'ActuSoins Magazine (juin 2018)

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