Un infirmier libéral à la tête d’une Equipe de soins primaires                                      

Thierry Pêchey exerce en libéral dans la banlieue de Nancy, à Essey-lès-Nancy depuis une trentaine d’années. Responsable régional du syndicat Convergence infirmière, il est aussi président d’une Equipe de soins primaires.


Thierry Pêchey infirmier libéral

Thierry Pêchey. © DR

Pourquoi un tel engagement dans les Equipes de soins primaires (ESP) ?

Par l’intermédiaire du syndicat, on se tient au courant des évolutions législatives concernant le système de santé. Ce n’est pas évident pour un infirmier « lambda » d’avoir accès à toutes ces informations. On s’est intéressé de près aux ESP car selon nous, il vaut mieux agir que subir. Si nous ne sommes pas à l’initiative de certaines organisations, on va nous les imposer.

Le concept des ESP vous convient-il ?

Le concept nous plaît au regard de ce qui existe actuellement en termes d’organisation de l’offre de soins sur le territoire. Les Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) par exemple, nous conviennent moins car le coût d’investissement initial est relativement élevé, tout comme les coûts de fonctionnement dont les infirmiers libéraux ne bénéficient pas puisqu’ils exercent majoritairement aux domiciles des patients. La forme juridique des MSP, la SISA, nous lie également à la structure, ce que nous ne souhaitons pas.

Avec les ESP, nous avons plus d’avantages car la forme juridique est celle de l’association loi 1901. L’ESP ne nous oblige pas à choisir un local, on peut travailler ensemble à distance, se transmettre des informations sans avoir besoin de se retrouver quotidiennement dans les structures. Finalement, cela permet d’harmoniser un mode de fonctionnement que nous avons déjà mis en place. D’ailleurs, la coordination, c’est souvent l’infirmier, acteur incontournable du domicile, qui la réalise avec le médecin, le pharmacien ou encore le masseur-kinésithérapeute.

Comment vous êtes-vous organisés sur votre territoire ?  

Il y a deux ans, j’ai démarché les professionnels de santé de mon secteur. Nous sommes dans un bassin de vie de 10 000 à 15000 habitants. Nous nous sommes retrouvés un soir et nous avons décidé de nous organiser en EPS.  Nous étions quatre/cinq professionnels de santé à l’origine de la réflexion.

Puis nous avons convié quarante professionnels et lors de la création de l’association en mai 2018, nous étions quinze membres fondateurs : cinq infirmiers, cinq médecins, deux pharmaciens, deux masseurs-kinésithérapeutes et une pédicure-podologue

Tous les professionnels de soins primaires qui souhaiteront intégrer l’ESP par la suite seront des membres actifs. Mais pour le moment, nous ne leur avons pas encore ouvert l’entrée dans l’association car nous attendons d’avoir contractualisé notre projet de santé avec l’Agence régionale de santé (ARS) pour le faire. Sinon, nous serons trop nombreux pour travailler sur ce projet. 

Comment avez-vous formalisé votre projet de santé ?

Nous avons effectué un diagnostic de territoire : notre population est âgée avec un fort taux de mortalité. Pour notre projet de santé, nous avons décidé de nous concentrer sur l’axe de la coordination, comme c’est le cas pour toutes les EPS. D’ailleurs le Plan gouvernemental Ma Santé 2022 exige une organisation pluridisciplinaire.

Le second axe va porter sur la qualité de vie des personnes diabétiques à domicile, organisé autour de quatre objectifs : améliorer la prise en charge en équipe pluriprofessionnelle, assurer l’éducation thérapeutique du patient et l’éducation à la santé, dépister les complications chroniques et le maintien de la vie sociale. Quatorze actions vont être déclinées autour de ces objectifs.

Nous avons déposé notre projet à l’ARS, qui nous a mis en contact avec un prestataire pour estimer le coût de nos actions et mettre en place des indicateurs afin de finaliser notre projet et éventuellement obtenir des financements. Il s’agirait de fonds d’intervention régionale (FIR).

En tant qu’infirmier, devenir président de l’ESP a été facile pour vous ?

Tous les professionnels de santé de l’ESP ont proposé que j’en sois le président, notamment parce que je suis à l’origine du projet. Cela ne pose pas de problème car nous avons choisi de travailler ensemble, la confiance est là depuis des années et il n’y a pas de raison que cela change. On a une vision de terrain et il y a un côté conviviale dans notre organisation.

C’est le cas ailleurs dans notre région, car ce sont des infirmiers qui amènent les projets d’ESP aux autres professionnels de santé du territoire. En deux mois, nous avons envoyé une vingtaine de lettres d’intention à l’ARS pour monter des ESP avec des infirmiers à la présidence. Nous attendons son retour.

Pensez-vous vous organiser en Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) ?

Effectivement, sur notre territoire, une réflexion autour d’une CPTS Communauté professionnelle territoriale de santé de métropole est actuellement en cours. Il risque d’y avoir des luttes de pouvoir au niveau des syndicats, des Unions régionales des professionnels de santé (URPS), lorsqu’il va être question de la gouvernance.

Il est important que nous en fassions partie car on parle d’organisation de parcours. Comme nous sommes les seuls à être structurés au niveau du terrain, on ne peut pas nous contourner. Pour le moment, la CPTS n’a pas encore de forme juridique.

Propos recueillis par Laure Martin

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