L’acte transfusionnel : les quatre étapes pour réaliser en sécurité un acte transfusionnel

Après l’identification des groupes sanguins, les règles de compatibilité et les principaux produits sanguins, retrouvez les quatre étapes incontournables pour réaliser en sécurité un acte transfusionnel.


L'acte transfusionnel : les quatre étapes pour réaliser en sécurité un acte transfusionnel

L’acte transfusionnel est défini par la circulaire du 15 décembre 2003 relative à la réalisation de l’acte transfusionnel et comporte quatre étapes incontournables : la demande d’examens immunohématologiques, la demande de produits sanguins labiles (PSL), la réception de PSL et la réalisation de l’acte transfusionnel.

Parmi les actes que « l’infirmier ou l’infirmière est habilité à accomplir sur prescription médicale écrite, qualitative et quantitative, datée et signée, (…) à condition qu’un médecin puisse intervenir à tout moment », figure dans l’article R.4311-9 du décret 2004-802 du 29/07/04 du code de la santé publique, « l’injection et perfusion de produits d’origine humaine, nécessitant préalablement à leur réalisation, lorsque le produit l’exige, un contrôle de l’identité et de compatibilité obligatoire effectué par l’infirmier ».

L’infirmière effectue les contrôles à réception du PSL. Objectif : s’assurer de la concordance de groupe sanguin, de l’identité du patient et de l’identification du PSL.

Les examens pré-transfusionnels

La circulaire DGS/DHOS n° 2006-11 du 11 janvier 2006 précise les tests et analyses pratiqués sur les receveurs de produits sanguins labiles et sont obligatoires :

  • deux groupages sanguins ABO avec phénotype Rh- Kell prélevés par deux personnes différentes à deux moments différents,
  • la recherche d’anticorps irréguliers (RAI) dont la validité est de 72 heures, pouvant être porté à 21 jours en l’absence de transfusion récente, de grossesse ou de transplantation.

La recherche d’anticorps (Ac) irréguliers (présents dans le plasma du patient) consiste à dépister puis à identifier les anticorps dirigés contre les antigènes érythrocytaires autres que les antigènes (Ag) A et B. En cas de RAI positives, une identification consiste à déterminer la spécificité du ou des anticorps présents. Cela va permettre d’attribuer le produit sanguin le plus adapté au patient et éviter d’apporter un antigène alors que le patient possède l’anticorps dans son plasma.

La demande de PSL (Produits Sanguins Labiles)

Acte thérapeutique sur prescription médicale, la demande de PSL (Produits Sanguins Labiles) nécessite une ordonnance de PSL rédigée par un médecin, comportant de nombreuses informations obligatoires : date de la prescription, identification complète du patient, identification du médecin et signature, nature et quantité de PSL demandés. L’ordonnance doit signifier aussi le degré d’urgence : relative (délai inférieur à 2-3 heures), vitale (délai inférieur à 30 minutes), vitale immédiate (délai inférieur à 10 minutes ou délivrance immédiate de CGR globules rouges par l’EFS…).

Le contrôle à réception des PSL (Produits Sanguins Labiles)

Après vérification des conditions de transport des PSL et du service destinataire, l’infirmier(e) contrôle les différents documents (tableau page suivante) et la règle des « 3U » est de mise :

  • unité de lieu : le contrôle pré-transfusionnel ultime (CPU ou épreuve de Beth Vincent) est réalisé au lit du patient,
  • unité de temps : le contrôle de concordance patient/ PSL à transfuser est fait simultanément,
  • unité d’action : l’acte transfusionnel est géré par une seule et même personne

Contrôle de concordance d’identité du patient entre :

le patient (nom, prénom, date de naissance),
la carte de groupe sanguin,
la prescription médicale,
la fiche de délivrance nominative du produit à transfuser.

Contrôle de concordance de groupe sanguin entre :

la carte de groupe sanguin,
la fiche de délivrance nominative du produit à transfuser,
l’étiquette du PSL.

Contrôle de concordance de l’identification du PSL entre :

le numéro d’identification du PSL,
la fiche de délivrance nominative du produit à transfuser.

Contrôle du produit

aspect et intégralité,
date de péremption,
la conformité des règles transfusionnelles spécifiques au patient.

Cette vérification est renouvelée pour chaque unité de PSL transfusée au fur et à mesure de leur pose.

En cas de non-conformité, il faut avertir immédiatement l’EFS et le médecin prescripteur et renvoyer les PSL avec les documents émis par l’EFS.

La transfusion de globules rouges (CGR)

Le CPU constitue l’ultime étape de contrôle de compatibilité du groupe ABO entre le CGR et le patient. Il est obligatoire et s’applique à toute transfusion de CGR, même en situation d’urgence. Il est réalisé au lit du malade pour chaque unité de CGR transfusé.

Son principe consiste à vérifier l’Ag présent à la surface des GR en mettent en contact du sang (du patient et du donneur) avec un Ac antiA et Ac antiB. S’il y a agglutination, cela signifie que les CGR possèdent l’Ag correspondant.

A RETENIR : pour un même réactif (même couleur), toute réaction positive avec le culot à transfuser et négative avec le patient interdit la transfusion.

Si le CPU est obligatoire pour la transfusion de CGR, il n’est pas nécessaire pour la transfusion de concentrés plaquettaires (CPA) ou de plasma frais congelé (PFC).

La réalisation de la transfusion

Un PSL se passe seul sur une voie veineuse périphérique fonctionnelle (voir un cathéter central) avec un transfuseur (tubulure munie d’un filtre 200 microns, rempli au 2/3).

La durée moyenne d’une transfusion (hors urgence absolue) varie de 45 minutes à 1 heure 30, voire 3 heures en cas d’insuffisance cardiaque majeure pour un CGR. Pour le PFC et les CPA, la durée est d’environ 30 minutes.

La surveillance du patient

L’infirmière observe les signes cliniques (conscience, sueurs, pâleur, chaleur et coloration) et relève les paramètres vitaux (fréquence cardiaque, tension artérielle, fréquence respiratoire, taux d’oxygène dans le sang, température, diurèse) avant, pendant les 15 premières minutes puis à intervalles réguliers jusqu’à la fin de la transfusion (selon le protocole du service) et après la transfusion.

Toute anomalie, sensation de malaise ou difficulté respiratoire du patient doit être signalée au médecin et nécessite l’arrêt de la transfusion.

La règle suivante est de mise : tout évènement inattendu se produisant au cours ou au décours d’une transfusion doit être considéré comme imputable à la transfusion jusqu’à preuve du contraire.

La poche du PSL (ainsi que le CPU) est conservée au moins deux heures après la fin de la transfusion (selon le protocole du service). La traçabilité est effectuée et la fiche de délivrance de l’Établissement Français du Sang (EFS) est complétée. Un exemplaire est à retourner à l’EFS et un exemplaire est mis dans le dossier transfusionnel du patient.

Tout PSL non utilisé et/ou à détruire est à retourner à l’EFS. 

Laurence Piquard
IADE Infirmière anesthésiste

Actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article est paru dans le numéro 25 d'ActuSoins Magazine (juin 2017)

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