Infirmiers libéraux : une appétence pour l’urgence mais la formation en question

Une journée de formation scientifique le 8 novembre dernier sur la place des infirmiers libéraux dans les situations d’urgence a été l’occasion d’analyser les chiffres d'une enquête baromètre santé by SCS, réalisée en juin 2018. 

Infirmiers libéraux : une appétence pour l’urgence mais la formation en question

Alors que les 116000 infirmiers libéraux sont répartis sur le territoire, leur place dans les dispositifs d’urgence reste à définir. Mais l’enquête SCS, réalisée par la société Ebop à la demande de la FNI à l’été 2018, a été l’occasion de faire le point en chiffres sur une profession motivée par l’urgence. Pour contextualisation, 878 questionnaires ont été complétés, dont 72 % de répondants femmes et 28 % d’hommes, dont 36 % avaient entre 36 et 45 ans, 30 % entre 46 et 55 ans, 21% de 56 ans et plus.

Formation : un point clé de l’efficacité

Côté formation, 31 % infirmiers libéraux déclarent avoir été formés entre 2014 et 2018; 38 % entre 2009 et 2014. Mais cette formation est parfois ancienne : 14 % ont été formés entre 1994 et 2008 ; 12 % entre 1989 et 1993 ; 4 % entre 1985 et 1989. Nicolas Schinkel, infirmier libéral et formateur, à l’origine de l’étude, évoque les nombreux changements qui se sont produits dans le champ de l’urgence, « ne serait-ce que dans la prise en charge de l’arrêt cardio-respiratoire ».

Mais si l’actualisation de la formation fait défaut, l’essentiel est que c’est que « 92 % des sondés sont prêts à faire une formation d’urgence », véritable signe d’une volonté et d’une détermination l’ensemble de la profession. D’après l’étude, la durée acceptable tournerait entre deux et trois jours pour 61 %, mais 12 % d’infirmiers libéraux imaginent une formation d’une semaine. « Je ne m’attendais pas à un taux de 92 %, car, faisant moi-même des formations urgences pour l’Afcopil pour les infirmiers libéraux, je constate que les rangs ne sont pas toujours remplis. Selon moi, l’urgence fait peur, car on pense spontanément aux gens disloqués, alors que l’urgence compte beaucoup de ‘’bobologie’’ ou des urgences relatives voire complètement différées. L’urgence vraie est quand même rare », estime-t-il. Paradoxalement, malgré la responsabilité de la fonction, lui s’est toujours senti à l’aise dans les actions d’urgence, rassuré par le cadre, car « l’essentiel est de ne pas sortir du protocole que l’on doit suivre ». 

Encore peu d’infirmière libérale dans les gardes d’urgence

Malgré l’enthousiasme de la profession, il existe un fossé avec la réalité, car actuellement, seuls 8 % des infirmiers libéraux participent à des gardes d’urgence (SMUR/SDIS). Mais, selon l’enquête, 89 % des infirmiers libéraux interrogés ont du faire appel à la régulation du Samu pour gérer un problème médical au domicile du patient entre une et quatre fois dans l’année. Dans 65 % des cas, ils l’ont fait pour une difficulté à joindre le médecin traitant. Pour 31 %, il s’agissait d’une urgence médicale avérée. Seuls 10 % des personnes interrogées n’y ont jamais fait appel, ce qui montre le lien avéré entre infirmiers libéraux, urgence du quotidien et dispositifs de secours. Mais Nicolas Schinkel pointe un souci : « seuls 12% des infirmiers libéraux ont du matériel nécessaire aux gestes conservatoires en cas d’urgence ».

Une question parmi d’autres qui sera sans doute abordée lors des futures formations à l’urgence, auxquelles Nicolas Schinkel et tout un comité scientifique travaillent actuellement, et dont devraient bénéficier les infirmiers libéraux/ales d’ici deux ans.

Delphine Bauer

LIRE AUSSI : Sur l'urgence, les infirmiers libéraux peuvent être des intermédiaires (Nov 2018)

Pour aller plus loin : formation continue DPC à l'urgence pour les infirmières et infirmiers libéraux

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