L’ANPDE veut assoir davantage la place des puéricultrices

L'Association nationale des puéricultrices (teurs) diplômées et des étudiants (ANPDE) vient de publier, à la suite de son enquête nationale du printemps,  un livre blanc contenant 92 propositions destinées à renforcer la place des infirmières puéricultrices. En leur réservant par exemple les soins en néonatologie. Pour Charles Eury, président de l'association, il s'agit d'une nécessité. Il plaide pour une complémentarité entre infirmière et infirmière puéricultrice.


Charles Eury président Association nationale des puéricultrices (teurs) diplômées et des étudiants (ANPDE)

Charles Eury. © DR

Dans quels secteurs d'exercice la place des IPDE (Infirmière puéricultrice DE) doit-elle être, selon vous, la plus renforcée ?

Charles Eury : Les IPDE exercent dans trois secteurs principalement : à l'hôpital, en PMI et dans les modes d'accueil de la petite enfance. Dans chaque secteur, ce renforcement ne passe pas par les mêmes moyens. En PMI, les compétences des puéricultrices sont bien valorisées sur le terrain mais chaque département met en place une organisation particulière. Il conviendrait de les harmoniser de manière réglementaire. A l'hôpital, qui regroupe 13000 IPDE sur 20700, la place des puéricultrices est moins précisée.

Vous proposez notamment d'instaurer des consultations réservées aux IPDE. Surtout, vous préconisez de faire en sorte qu'elles seules puissent pratiquer des soins en néonatologie et en réanimation pédiatrique pour les 0-6 ans ainsi qu'en soins palliatifs ou en HAD auprès de tous les enfants. Pourquoi ?

Nous considérons qu'en dessous de 6 ans, les besoins des enfants sont trop particuliers pour qu'on permette qu'ils soient pris en charge par des professionnels qui n'ont pas suivi de formation spécifique. Pour ces enfants, et spécifiquement en néonatologie, la spécialité nous paraît nécessaire pour assurer la qualité et la sécurité des soins. A ce titre, réserver les soins en néonatologie aux IPDE est indispensable. Certains services se sont déjà engagés dans cette voie. Dans d'autres services, cela devrait permettre de fluidifier le parcours de santé de l'enfant.

Quels sont ces besoins spécifiques des bébés en néonatologie ?

Plus l'enfant est jeune, plus les problématiques rencontrées sont spécifiques. Outre les questions médicales et les soins à réaliser, il faut prendre en compte les parents d'une manière particulière, par exemple en faisant les soins avec eux, à quatre mains. Quand un enfant est hospitalisé en néonatologie, la relation commence à se tisser dans des conditions difficiles. L'attachement entre les parents et lui peut être compliqué. Quand on a suivi la formation de spécialité, on a travaillé sur ces questions. On saisit l'importance de ce ce que l'on propose dans les premiers jours de la vie et qui influe sur beaucoup de choses ultérieurement.

Mais y a-t-il suffisamment d'IPDE pour répondre à vos propositions, notamment pour ce qui concerne la néonatologie ?

Si ces mesures sont mises en place, cela nécessitera en effet d'avoir plus de puéricultrices et puériculteurs. Plus de 1000 étudiants sont formés chaque année actuellement. Mais l'universitarisation de la formation devrait en attirer davantage.

Certaines des mesures que vous préconisez vont donc écarter des infirmières non spécialisées de certains services ou de certaines pratiques ?

L'idée c'est de valoriser les compétences des IPDE et de travailler ensemble, en complémentarité (avec les IDE, NDLR). Les besoins sont grands et chacun peut trouver sa place. Au dessus de 6 ans, les IPDE peuvent travailler en collaboration avec les infirmières nons spécialisées. Aujourd'hui, il s'agit de valoriser les compétences de toutes les infirmières et pas seulement celles des puéricultrices, mais on ne peut pas tous faire les mêmes choses. Nous, nous nous positionnons sur le fait que dans certains cas (exercer en néonatologie, rédiger des protocoles dans d'autres services, NDLR), il faut avoir suivi une formation spécifique.

Dans le cadre de la réingénierie du diplôme, nous avons aussi proposé un système de validation des acquis pour que les infirmières qui ont une expérience suffisante puissent continuer d'exercer dans les services concernés.

Ne faudrait-il pas aussi développer l'enseignement sur la pédiatrie en formation initiale ?

Aujourd'hui, il n'y a plus d'enseignement obligatoire sur ce sujet en formation initiale. Nous serions favorable à ce qu'il y en ait plus afin que les infirmières disposent d'une base commune. Mais cela ne remplacera pas la formation de spécialité d'un an -et bientôt de deux ans.

L'exercice libéral des IPDE doit-il selon vous se développer ?

Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), elles sont 1000 environ. C'est logique qu'elles soient peu nombreuses puisqu'il n'y a pas de nomenclature spécifique et leur activité n'est pas valorisée financièrement. Mais il existe des organisations qui fonctionnent bien, par exemple à Bordeaux. Nous portons très fortement le développement de l'activité des IPDE en libéral. Beaucoup d'expériences se déroulent de le cadre des CPTS. Il faut qu'elles se développent et que les puéricultrices s'en saisissent.

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En libéral aussi vous proposez de réserver certaines prises en charge aux IPDE. Cela ne reviendrait-il pas à en écarter les infirmières libérales ?

En effet, si nos propositions sont retenues, une infirmière libérale qui ne serait pas spécialisée ne pourrait plus prendre en charge un enfant de moins de 6 ans. Mais il y a de la place pour tout le monde. La question qui se pose est celle de l'organisation de l'exercice de l'ensemble des professionnels de santé et de la valorisation des compétences de chacun. A nous de travailler avec eux pour imaginer des organisations. Cela peut se faire en bonne intelligence. »

Propos recueillis par Olivia Dujardin

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