Isabelle, infirmière référente handicap

Isabelle Monnier est infirmière référente handicap pour les hôpitaux et cliniques de Marseille. Elle intervient, en appui des professionnels de santé, pour améliorer la prise en charge globale des personnes en situation de handicap. Article paru dans le n°28 d'ActuSoins Magazine (mars 2018).

Isabelle Monnier est infirmière référente handicap pour les hôpitaux et cliniques de Marseille

Isabelle Monnier. © Malika Surbled

Dans les Bouches-du-Rhône, « Handi Santé 13 » fait figure de précurseur. Isabelle Monnier en est l’un des acteurs majeurs. Et pour cause. C’est l’une des quatre infirmières, épaulées de trois médecins coordinateurs, à faire partie de ce dispositif expérimenté dans cette seule région en France. Il consiste à faciliter la prise en charge et le parcours des personnes en situation de handicap. Isabelle a pour espoir qu’un jour se déploie une telle action sur l’ensemble du territoire.

« Le dispositif fonctionne parfaitement. Il a fait ses preuves et nous sommes persuadés que nous servons vraiment à quelque chose. Malheureusement, il n’est pas certain que les budgets au niveau de l’ARS (Agence régionale de santé) soient reconduits », explique-t-elle, songeuse.

Depuis trois ans, cette infirmière se donne à 100 % dans le projet. Son activité principale se passe au sein des urgences somatiques de l’hôpital de la Timone (AP-HM). « C’est la porte d’entrée des patients de la ville, mais aussi des patients d’établissements médico-sociaux ou d’autres services », ajoute Isabelle. Dans ce cadre, elle  facilite les parcours.

Intervention et coordination

« Quand une personne en situation de handicap arrive aux urgences, les internes ou les soignants peuvent m’appeler si la prise en charge est compliquée. Je sers à aller chercher les bonnes informations au bon endroit. Je coordonne et je prends le temps qu’il faut pour favoriser la communication entre les patients, les aidants et les soignants ».

Quels que soient le handicap – moteur, sensoriel, intellectuel, psychiatrique – et l’âge du patient – du nouveau-né à la personne de grand âge –, Isabelle peut aussi intervenir et se déplacer, à la demande des institutions ou des familles, dans les autres hôpitaux et cliniques de la ville.

« Une fois, un jeune autiste, s’enfonçant les pouces dans les oreilles, est arrivé très calme aux urgences. L’interne et les soignants sur place n’ont pas identifié immédiatement l’urgence de la situation. Ce jeune adulte ressentait en fait une douleur insupportable, car il souffrait d’un volvulus de l’intestin grêle. Il faut savoir que les personnes autistes peuvent rester très calmes malgré d’insurmontables douleurs. Pour exprimer cette douleur, ils s’auto-agressent et s’automutilent. Les pouces dans les oreilles en étaient la manifestation. Quelques années auparavant, ce même patient s’était énucléé pour des raisons similaires… Dans ce cas, mon rôle est d’identifier l’expression du mal-être et de faire en sorte que tout aille plus vite. Ce genre d’intervention, chez une personne sans handicap, peut facilement attendre le lendemain. Pas chez un autiste, qui peut, à tout moment, et d’un seul coup, décompenser et faire une crise impossible à gérer », raconte Isabelle pour illustrer sa fonction.

Sensibiliser et former les soignants

En fait, la mission d’Isabelle est plurielle. Non seulement elle intervient au chevet des patients, mais elle organise aussi des formations sur les champs du handicap. De l’atelier de sensibilisation aux urgences aux cours d’amphi en IFSI, elle tient à enrichir les formations continues et initiales, de son expérience et de ses connaissances.

« Il y a tant de choses à améliorer dans la prise en charge des personnes en situation de handicap. Cela doit passer par la sensibilisation des soignants, des cadres de santé, des médecins,estime-t-elle. Souvent, ce qui devrait relever de l’évidence ne l’est malheureusement pas. »

Quand elle n’est pas sur le terrain en appui à la communication, à la prise en charge, à l’orientation ou à la formation, Isabelle consacre du temps à l’évaluation de sa propre mission. Elle essaye presque systématiquement de recontacter quelques semaines plus tard, les patients qu’elle a vus. Histoire de maintenir du lien et d’assurer une traçabilité « indispensable » à toute bonne évaluation.

Elle et son équipe travaillent par ailleurs main dans la main avec plusieurs assistants sociaux, qui collaborent pour les placements de patients dans les structures les plus appropriées.

Le handicap… sur le tard

 C’est une association de parents et de personnes handicapées, « Chrisalyde » qui a embauché Isabelle il y a trois ans. Elle cherchait alors un emploi sur Marseille alors qu’elle avait quitté la région briançonnaise dans laquelle elle avait vécu pendant plus de 25 ans. Avant, Isabelle s’occupait d’enfants souffrant de problèmes broncho-pulmonaires (asthme, mucoviscidose) dans une MECS (maison d’enfants à caractère sanitaire et social).

Ce poste à Marseille, elle l’a donc eu un peu par hasard, sur le tard, après de brèves missions en Ehpad qui l’avaient beaucoup déçue. « Je ne m’attendais pas à un tel poste, mais j’ai tout de suite compris que cela me correspondait totalement. J’ai toujours été intéressée par la prise en charge des personnes vulnérables », sourit-elle. Quoi de mieux, pour une infirmière qui connaît ses dernières années d’exercice professionnel, d’exercer une fonction qui correspond pleinement à ses valeurs et ses envies ?

Malika Surbled

Isabelle en six dates :

1980 : obtient son D.E d’infirmière,

1981 : exerce en SSR, à Grenoble,

De 1982 à 2000 : part en mission humanitaire avec diverses ONG (Amérique du Sud, Afrique, Algérie),

1987 : exerce dans une MECS, à Briançon,

2012 : s’installe à Marseille, exerce en Ehpad,

2015 : commence sa mission auprès des personnes en situation de handicap, pour l’association Crysalide.

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est initialement paru dans le numéro 28 d'ActuSoins magazine 
(Mars / Avril / Mai 2018).

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