Les huiles essentielles apaisent les patients en soins palliatifs

Les patients de l'unité de soins palliatifs du CHU de Poitiers qui le souhaitent ont la possibilité de bénéficier des bienfaits des huiles essentielles. Les soignants du service utilisent en effet l'aromathérapie depuis plusieurs années pour apaiser des tensions ou des sensations d'inconfort. Article paru dans le n°27 d'ActuSoins Magazine (décembre 2017). 

soins palliatifs Soin buccal avec des huiles essentielles

Soin buccal avec des huiles essentielles. © CHU de Poitiers

C’est Catherine Boisseau, cadre de santé du service, qui a eu l’idée, en 2010, de faire bénéficier les patients en soins palliatifs des vertus des huiles essentielles. « J'utilisais l'aromathérapie pour moi-même, raconte-t-elle, et par ailleurs, beaucoup de patients dans des situations difficiles nous parlaient, plus volontiers qu'aux médecins, des traitements alternatifs qu'ils utilisaient », notamment l'aromathérapie. Elle a choisi de se former davantage via un cursus sur deux ans : « je trouvais qu'il valait mieux accompagner les patients que de fermer les yeux et qu'ils fassent n'importe quoi ».

Bien que naturelles, les huiles essentielles ne sont pas dénuées de contre-indications ni d'effets secondaires potentiels.

Elles ne sont pas non plus considérées comme des médicaments et la pharmacie hospitalière du CHU ne pouvait donc pas les fournir. L'association Pallium 86, qui vise à favoriser le développement des soins palliatifs, a donc financé les premiers achats de diffuseurs et d'huiles. Les infirmières et aides-soignantes ont été sensibilisées pendant une journée à l'aromathérapie par des intervenants d'un organisme de formation, en 2011. Certaines les utilisaient déjà un peu pour elles-mêmes, d'autres ont tout découvert. Le prix Any d'Avray que le projet d'olfactothérapie et d’aromathérapie, déposé par Catherine Boisseau, a remporté en 2013 (d'autres prix ont suivi) lui a permis de véritablement démarrer.

Contre les odeurs de plaies inconfortables

Un groupe de travail réunissant la cadre, une psychologue, des infirmières et des aides-soignantes sensibilisées et référentes en aromathérapie a planché sur des pistes d'action à partir des besoins et de l'inconfort des patients. « Nous avons commencé par le traitement des odeurs », explique Catherine Boisseau (aujourd'hui en HAD). Dans ce type de service, celles de certaines plaies peuvent être particulièrement désagréables.

Le groupe de travail a créé un protocole unique, identique pour tous la patients, « ce qui limite les risques d'erreur », note la cadre, et « permet à tous les soignants de le mettre en place », ajoute Sarah Parenteau, infirmière dans le service. « Ce travail sur les odeurs a favorisé l'adhésion des équipes, y compris médicales, qui pouvaient être un peu réticentes au début », observe Catherine Boisseau.

En traitement buccal

Les huiles essentielles apaisent les patients en soins palliatifs

© CHU de Poitiers.

Grâce à sa formation en aromathérapie, elle distille ses compétences auprès des membres du groupe de travail. Rapidement, ses membres ont souhaité utiliser l'aromathérapie pour les soins de bouche en cas d'affections de la muqueuse buccale, fréquentes et très délétères en termes d'image de soi, poursuit-elle. Ils ont conçu un protocole ad hoc en 2014. « Nous utilisons le score OAG pour évaluer l'état buccal des patients, ce qui permet de déterminer quel patient pourrait bénéficier de ces soins », explique Sarah Parenteau.

Les soignants proposent aux patients d'ajouter l'aromathérapie aux soins de bouche habituels, en remplacement des traitements allopathiques antifongiques par exemple. Quelques gouttes d'une synergie spécifique de plusieurs huiles essentielles aux propriétés antifongiques, antiseptiques, anti-inflammatoires et antalgiques diluées dans une huile végétale sont appliquées sur un long coton-tige que la personne ou le soignant passe dans sa bouche, tous les jours, pendant vingt-et-un jours. « Très rapidement, nous avons obtenu des résultats plus efficaces que le bicarbonate », souligne Catherine Boisseau. Elle porte d'ailleurs un projet de recherche infirmière qu'elle espère voir retenu au titre du prochain PHRIP.

En massage pour soulager les douleurs

Les huiles essentielles sont aussi utilisées dans le service en massage pour soulager les douleurs, les œdèmes, l'anxiété ou réduire les troubles du sommeil, lors de certains pansements, en diffusion dans l'air ou via des petits sticks à respirer, contre les angoisses, ou en roller sur la peau en cas de nausée... L'aromathérapie est proposée, jamais imposée et les soignants référents évoquent avec Catherine Boisseau les huiles qu'ils peuvent proposer au patient pour soulager ses symptômes. De son côté, il« peut choisir entre plusieurs huiles essentielles, en fonction de ses préférences », souligne Fabienne Giteau, infirmière dans l'équipe mobile de soins palliatifs. Cela permet de respecter ses goûts, qui peuvent être très affirmés étant donné le fort pouvoir évocateur des odeurs. « Les patients sont généralement ravis de pouvoir choisir », souligne la cadre.

« Nous avons aussi travaillé sur la sécurisation, précise-t-elle. Nous avons défini qui fait quoi, fait valider les diffuseurs par le CLIN et les protocoles d'aromathérapie par le médecin tuteur de ma formation. » Les soignants vérifient toujours auprès des médecins que les patients ne présentent aucune contre-indication. En dehors du protocole anti-odeurs, la prescription des synergies n'est réalisée que par Catherine Boisseau et, pour les protocoles déjà validés par le groupe de travail, par Sarah Parenteau, qui a suivi six jours de formation en aromathérapie. Seules les infirmières formées réalisent les mélanges (synergies) et chaque produit, pour chaque patient, est soigneusement étiqueté. Les huiles essentielles qui nécessitent une prescription médicale ne sont pas utilisées.

Les équipes, y compris médicales, ont été convaincues par les résultats obtenus, parfois « spectaculaires », selon Fabienne Giteau. « C'est très satisfaisant de voir un monsieur qui peut avoir une vie sociale ou familiale sans appréhender d'avoir de mauvaises odeurs ou de voir un patient se détendre au cours d'un massage, souligne-t-elle. En plus ça sent bon ! Comme je sais qu'elles sont bénéfiques, je crois que j'aime désormais toutes les odeurs des huiles essentielles ! »

Olivia Dujardin

L'aromathérapie, en hématologie aussi

Les soignants du service d'hématologie utilisent aussi les huiles essentielles, principalement, en diffusion de vapeur sèche depuis environ deux ans. Il s'agit d'aider le patient à « mieux gérer son stress, à lui apporter un moment de calme », explique Anne El Moukafih, cadre de santé du service. L'association de la diffusion et d'une musique « zen » est proposée à tous les patients dont les soignants estiment qu'ils pourraient en profiter. Le patient choisit le moment propice : avant une toilette, le soir au coucher, après le repas... Pendant la « séance », une quinzaine de minutes, une petite affichette invite les soignants à repasser un peu plus tard... Les huiles essentielles utilisées sont choisies parmi les trois qui sont associées à l'émotion la plus forte chez le patient, explique la cadre de santé. Plusieurs « émotions » ont été identifiées : colère découragement, sommeil perturbé, envie de bien-être, stress et anxiété... « Les patients nous disent qu'ils se sentent mieux, plus calmes, que les odeurs leur ont remémoré des souvenirs agréables... Il est exceptionnel qu'ils ne souhaitent pas recommencer. » Environ un tiers des infirmières et aides-soignantes du service ont suivi une formation en aromathérapie de deux jours et une trentaine d'autres seront formées en 2018.

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est initialement paru dans le numéro 27 d'ActuSoins magazine 
(Dec/Janv/Fev 2018).

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