Do you speak santé ?

De plus en plus de soignants cherchent à renforcer leurs compétences linguistiques en anglais et des établissements hospitaliers leur en donnent l'occasion. Pour mieux communiquer avec les patients anglophones mais aussi se lancer dans la recherche infirmière.

© IStockphoto.com /mattjeacock

Savoir échanger en anglais et comprendre un patient qui s'exprime dans cette langue relève de la nécessité dans les secteurs les plus fréquentés par des patients anglophones. C'est le cas par exemple au CHU de Grenoble, le seul CHU situé au cœur des Alpes, ou au centre hospitalier de Cannes, en pleine Côte d'Azur.

Le CHU grenoblois a inscrit la formation à l'anglais des paramédicaux dans son plan de formation depuis quatre ans, indique Brigitte Biguenet, cadre supérieur de santé à la direction de la formation continue du CHU. Auparavant, elle était quasiment réservée aux médecins. Le développement de la recherche infirmière, qui nécessite souvent de lire et rédiger en anglais, et l'augmentation du nombre de patients étrangers, hiver comme été, a conduit à l'ouvrir aux soignants.

Un niveau faible en Ifsi

Le niveau de maîtrise de l'anglais par les soignants n'est pas forcément élevé. « Tous les professionnels d'aujourd'hui n'ont pas été formés dans le cadre du référentiel de 2009 (qui inclut des cours d'anglais, NDLR) et n'on pas eu d'anglais en Ifsi », observe Caroline Garnier, présidente de Global language services (GLC) qui propose le programme MiSchool. Selon elle, « le niveau d'anglais en IFSI est très très bas. Après le collège et le lycée, les étudiants sont presque traumatisés par l'anglais, ils n'osent pas prononcer un mot... »

Dans l'école où a étudié Ophélie, IDE toute jeune diplômée de juillet 2017, l'enseignement tenait en « une heure par semaine maximum,note-t-elle. Aussi, les cours d'anglais étaient les mêmes, quel que soit notre niveau. Les personnes qui n'avaient pas fait d'anglais depuis longtemps - ou jamais - ne parvenaient pas à former des phrases et les autres s'ennuyaient... »

Face à des patients ou des familles anglophones, confirme Delphine, infirmière en réanimation polyvalente et chirurgicale au CHU de Grenoble,« on se rend compte qu'on aurait du être plus attentif en cours d'anglais au lycée ! Dans notre service, les patients restent parfois plusieurs semaines : on est obligés, en tant que soignants, d'être capables d'avoir une conversation avec eux ou leur famille, et pas seulement sur les soins. »

Auparavant, avec des gestes, des verbes non conjugués et des circonvolutions autour d'un mot inconnu, « les gens finissaient par comprendre mais c'était poussif et très limité », ajout-t-elle. Et aller chercher le mot qui manque sur Internet prend du temps et réduit la spontanéité des échanges... Elle s'est inscrite dès qu'elle a pu à l'une des formations proposées.

Le CHU propose deux types de formations. Le premier, en présentiel, est centré sur la recherche. Il s'adresse aux professionnels qui ont déjà des bases solides en anglais. Les professionnels sont répartis sur quatre groupes de douze, deux de médecins et deux de soignants. Ils se retrouvent pendant une heure et demie, trois fois par semaine, toute l'année hors vacances scolaires, avec un professeur choisi par le service formation.

Du e-learning pour tous au CHU de Grenoble

L'autre dispositif de formation se déroule à distance, en e-learning. Il a démarré en 2016 et s'adresse à tous les soignants, quel que soit leur niveau. « La demande émane au départ du pôle Anesthésie-réanimation, très sollicité par le tourisme », remarque Brigitte Biguenet. Le service formation a inclus leurs attentes dans le cahier des charges du prestataire. « Comme il y aurait des personnes de tous les niveaux, nous avions besoin d'un parcours qui permette la progression », indique la cadre.

La plateforme en ligne conçue par la société Oorikas, suit donc « une progression balisée, conforme au référentiel européen, du niveau A1 au niveau B2 », explique son président, Julien Tabore. Elle utilise des outils « ludiques » comme la vidéo ou la simulation en 3D, ajoute-t-il, pour évoquer les étapes du parcours d'un patient et les divers aspects de sa prise en charge, avec de la grammaire et le vocabulaire spécifique aux thématiques. Le parcours est ponctué de tests sous forme de QCM.

La plateforme est accessible sept jours sur sept et 24 heures sur 24. 70 heures de connexion par an sont prévues mais certains les dépassent.

Quelque 70 personnes - IDE, IADE, aides-soignantes, secrétaires et agents d'accueil, de tous les niveaux - sont inscrits au CHU de Grenoble à ce programme, qui est prolongé au moins pour un an. Delphine le suit depuis octobre 2016 et progresse à son rythme. « Certains de mes collègues se connectent en dehors de leur temps de travail, chez eux,observe-t-elle. Moi je préfère le faire quand je travaille de nuit. J'explore un chapitre à la fois, je note les formules, le vocabulaire... Je pense faire des fiches pour le service » Le parcours n'a pas encore abordé la spécialité de son service mais elle pioche ce qui lui est utile et emmagasine le reste, au cas où.

Petit bémol : en e-learning, la pratique de l'oral est limitée voire inexistante. Après ces quelques mois, elle espère communiquer plus facilement avec les patients, la saison hivernale approchant, et pouvoir lire les travaux de recherche en anglais qu'un médecin du service imprime parfois pour les soignants.

Le programme MiSchool à Cannes

Au centre hospitalier de Cannes, le programme de formation à l'anglais de MiSchool a associe présentiel, distanciel sur une plateforme en ligne, et un cahier de vocabulaire que les stagiaires remplissent au fur et à mesure, explique Sophie Garnier. Les dix chapitres thématiques évoquent les pathologies, l'hôpital, les spécialités, la fin de vie... Le programme se déroule selon le principe de la classe inversée : les stagiaires préparent le cours sur la plateforme web avant de rencontrer le professeur et pratiquer la leçon, en groupe, par écrit et à l'oral, dans une approche bienveillante, précise la formatrice. La formation dure au total 50 à 60 heures (dont 20 sur plateforme), rémunérées au titre du DPC.

Bien qu'elle parlait déjà anglais, Leslie, aide-soignante en cardiologie, a suivi cette formation pendant un cycle de trois mois pour approfondir l'anglais de la santé. Lors des cours de deux heures et demie le lundi matin, « le professeur a su s'adapter aux différents niveaux, apprécie-t-elle, et les supports étaient très ludiques comme des vidéos, des puzzles, des mises en situation. C'était très motivant. »Sur la plateforme, ajoute-t-elle, « on pouvait refaire les exercices plusieurs fois et la meilleure note était conservée. On pouvait aussi contacter la prof. On n'était jamais seuls. ».

Elle a trouvé très intéressant de travailler sur le vocabulaire des pathologies, des signes vitaux, du matériel médical, sur l'orientation dans l'hôpital ou la façon de s'adresser aux enfants ou aux personnes âgées... « Je suis plus à l'aise avec les patients, constate l'aide-soignante. J'ai passé un cap. Je n'ai plus besoin d'aide ni de réfléchir. J'ai gagné en efficacité et les patients en confiance car je les comprends tout de suite. »

Pour aller plus loin : formation continue DPC en Anglais médical pour les infirmières et infirmiers libéraux

Olivia Dujardin

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est paru dans le numéro 26 ActuSoins magazine 
(Dec/Janv/Fev 2018).

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