Soignant d’ailleurs : En Espagne, Miriam Armora incarne un changement générationnel

L’accès au doctorat a ouvert de nouvelles opportunités de carrière pour les infirmiers espagnols depuis onze ans. Armora, infirmière chirurgicale à l’hôpital Santa Creu i Sant Pau de Barcelone. Avec l’ambition de faire évoluer la profession.

 

Miriam Armora infirmière espagnole

Miriam, infirmière vit son métier comme une vocation : "Progresser dans ma carrière, et si possible faire progresser l'ensemble de ma profession". © Francis Matéo

Pour Miriam Armora, infirmière depuis 2002, les années de profession ne se comptent pas seulement en temps de travail, mais aussi en diplômes, en formations, en apprentissages, en perfectionnements permanents. Si bien qu'à seulement 35 ans, elle affiche déjà un curriculum vitae bien chargé, où presque chaque année est sanctionnée par un diplôme : « Master en administration et gestion en soins infirmiers », « Master en anesthésie infirmière, réanimation et traitement de la douleur », « Master en leadership et gestion des services infirmiers »….

« Oui, c’est vrai, je suis quelqu’un qui a soif d’apprendre, je suis très curieuse, je veux toujours en savoir plus pour avoir la plus grande maîtrise », reconnaît l’infirmière devant la façade moderniste de son hôpital Santa Creu i Sant Pau, à Barcelone. Comme elle habite dans le quartier, la jeune femme ne s’éloigne pas souvent de ce bâtiment à l’architecture emblématique de la capitale catalane, où elle officie au sein du bloc opératoire : « Je n’ai ni conjoint ni enfant et je suis parfaitement heureuse dans mon accomplissement professionnel ; pour l’instant, c’est mon travail qui représente l’essentiel de ma vie ». Des vacances ? « Deux semaines en été pour aller voir ma famille à Flix, près de Tarragone, et profiter aussi un peu de la plage », répond la jeune femme, presque en s’excusant.

Emploi du temps serré

Du lundi a samedi, Miriam Armora travaille de 7 heures à 15 heures au service de chirurgie de l’hôpital Sant Pau : « Je suis de quelqu’un de passionné qui aime travailler dans l’urgence. La grande pression dans le bloc chirurgical, où tout le matériel doit être à temps en lieu voulu, est donc pour moi très stimulante. Je ne redoute pas le stress ; c’est un moteur ». Un emploi du temps complété quelques après-midis par semaine par des interventions dans des cliniques privées, plus des sessions d’enseignement d’une quarantaine d’heures par an dédiées aux étudiants d’infirmerie fraîchement diplômés. Dans l’agenda, il reste encore de la marge pour assumer le rôle de secrétaire générale de l’association catalane de infirmières anesthésistes, et au moins quatre heures par semaine pour apprendre l’anglais, matière essentielle dans l’optique du nouveau challenge que l’infirmière vient de s’imposer : un doctorat à boucler en deux ou trois ans !

Miriam Armora parle de sa future thèse de doctorat comme d’un défi qui semble aller bien au-delà de sa propre carrière : « Il faut savoir que les infirmiers ne peuvent accéder à ce degré d’enseignement que depuis 2005, et c’est une date cruciale parce que le doctorat ouvre la possibilité à donner davantage de place à notre profession ». L’infirmière de l’hôpital Santa Creu i Sant Pau parle même d’un « changement générationnel ».

Accéder aux champs de la recherche

Dans le cadre de sa thèse menée à l’Université de Barcelone, Miriam Armora a choisi de travailler sur les nouvelles technologies, et plus exactement sur l’effectivité des applications de téléphonie mobile pour les patients en chirurgie : « C’est un thème innovant qui pourra révolutionner le rôle de l‘infirmière. Mon but c’est d’avoir un doctorat pour pouvoir faire de la recherche, pas seulement pour collaborer à des projets initiés par d’autres, mais prendre les commandes de la recherche en mon propre nom ».

Avec, au delà, l’ambition de faire évoluer l’image du métier d’infirmier en Espagne et de lui donner davantage de visibilité : « L’ouverture aux champs de la recherche va permettre d’accéder une dimension plus réflexive dans notre profession, à remettre en cause certains procédés qui se font depuis des décennies sans la moindre remise en question, ou pour le moins sans réflexion. C’est une façon de faire évoluer la profession ». Et Miriam Armora croit tout particulièrement au rôle que pourraient jouer en ce sens les nouvelles technologies, qui sont au cœur de sa future thèse : « Ce sont des outils qui pourraient permettre de valoriser le métier d’infirmier, trop souvent cantonné encore aujourd’hui dans un rôle de simple secrétariat, de mettre en valeur la dimension humaine de notre savoir-faire ».

« Ma plus grande satisfaction, c’est le contentement des patients »

Une dimension humaine que l’infirmière catalane met au cœur de son exercice quotidien : « Ma plus grande satisfaction, c’est de voir le contentement des patients quand tout se passe bien. C'est ma meilleure récompense dans mon travail d'infirmière chirurgicale, où tout se joue sans doute plus qu'ailleurs dans la capacité à savoir anticiper ». Ce qui explique sans doute l’enthousiasme sans faille de Miriam Armora, malgré les séquelles d’une la crise économique et financière qui a beaucoup ébranlé le professionnels de santé au cours de la dernière décennie en Espagne, particulièrement dans un secteur chirurgical où les coupes budgétaires ont entraîné une diminution sensible des interventions.

« Je crois qu'il faut se tourner vers l’avenir en misant sur les nouveaux moyens que nous donnent l’accès au doctorat », ajoute-t-elle. Miriam Armora a bien l’intention d’apporter sa passion à cette ambition, bien au-delà de sa propre sa carrière : « J’espère que ma thèse de doctorat contribuera à trouver de nouvelles voies au service du patient de chirurgie et à l’attention des familles aussi ; c’est pourquoi je veux faire valoir ce travail de manière très pratique, et à long terme ». La plage attendra.

Combien gagne un infirmier espagnol ?

 Au pays des « Milleuristes » (terme désignant l’essentiel des rémunérations autour du millier d’euros par mois en Espagne), les infirmiers ne font pas exception. Dans la quasi totalité des dix-sept communautés autonomes du pays (où les services de santé sont très décentralisés), un infirmier « de base » gagne aux alentours de 1 000 € nets par mois. Une rémunération qui varie évidemment selon les spécialités et les services de soins des hôpitaux ou cliniques. L’un des services plus mieux lotis est celui d’obstétrique, puisque le salaire mensuel de base des infirmières sages-femmes peut atteindre 1 500€ net.

L’autre grand critère de variabilité des rémunérations concerne les primes, en fonction des spécialisations et de la nature des contrats de travail (poste fixe ou pas). Les affectations de nuit et jours fériés génèrent une augmentation de 100 à 150 € à la fin du mois. À cela s’ajoute la possibilité pour les infirmiers en poste fixe dans des établissements publics d’intervenir, au delà de leurs 39 heures hebdomadaires légales, dans des établissements de soins privés. D’où les écarts constatés au niveau des syndicats professionnels, pour des salaires réels qui vont varier en Espagne entre 1 500 et 3 000 €, même si le gros des revenus se situe plutôt vers le bas de cette fourchette.

Francis Matéo

Actusoins magazine pour infirmière infirmierCet article est initialement paru dans le n°22 (sept 2016) d' ActuSoins Magazine.

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Réactions

49 réponses pour “Soignant d’ailleurs : En Espagne, Miriam Armora incarne un changement générationnel”

  1. Il faut préciser qu’il s’agit des entreprises privé ou les salaires arrivent à 800€ des fois… l’assistance publique paie entre 18000 et 2000€ avec 1 seul mois de vacances sans RTT etc. C’est triste la différence de salaire des fois. C’est depuis la crise économique car avant ce n’était pas comme ça. Ce pour cela que nous sommes en france pour chercher une stabilité financière. Après la qualité de vie n’est pas comparable à la france. Il faut comparer les salaires mais aussi les impôts que nous payons en France. En tant qu’espagnol je peux vous dire que la différence a la fin d’année est presque la même!!! On paie trop des impôts!!!.

  2. Yo Aadc dit :

    Teresa a raison, en Espagne il y a une bêle différence de salaire entre le public et le privé et c’est le public qui paye le mieux!

  3. Lydie Seibel dit :

    le problème c’est qu’avec 1000 euros en Espagne tu n’as pas le même pouvoir d’achat qu’en France, cette somme peut permettre de vivre dans certains pays correctement vu le niveau de vie mais pas en France où les loyers, les charges sont beaucoup plus élevés!

  4. Claire Dfd dit :

    Marie désolée mais la je viendrais pas

  5. C’est complètement faux, je connais plein d’infirmières en Espagne, travaillant dans le publique qui gagnent 2000 euros net et puis 14 payés, avec les impôts déjà prélevés; après le privé c’est une autre paire de manches

  6. Paul Boyer dit :

    sauf que le coût de la vie là bas est moins cher ! c’est n’importe quoi cette comparaison

  7. Anne Rambois dit :

    Cette info est là pour dire : ” regardez en Espagne ce qu’on gagne alors en France ne nous plaignons pas ! ” Relativiser est une bonne chose mais l’important c’est la situation en France qui se dégrade sérieusement dans ce domaine ! palabrer sur les salaires des autres ne va pas améliorer les nôtres ! allez voir le site UPR.fr et comprenez une bonne fois qu’il faut sortir de L’UE et ses traîtés !

  8. Faux. BAC +4 a ce jour en Espagne et le salaire depende de région et des services…. Et depuis 2001 beaucoup d’elles sont tiennent encore le coup dans ce service de santé qui devient trés dur….. Monica Hernandez Dominguez Teresa Moure Dios ……

  9. À savoir aussi que le salaire minimum en Espagne est de 860€ environ contre 1400environ en France (salaires bruts)
    Il faut comparer avec le niveau de vie de chaque pays…
    En conclusion elle est plutôt bien payée par rapport à une ide française

  10. Avec les infirmières partielles, on va tous y venir en France au bac+3 qui touchent même plus le smic…

  11. Quand vous regardez bien . Elle n a pas de vie excepté son boulot.

  12. La question intéressante aurait été : combien d’heures par semaine et pour quel salaire, avec qui et comment elle a financé ses études, au final et avec calcul global je doute que ce soit si intéressant

  13. A comparer avec le niveau de vie aussi. Un plein de courses par exemple coûte beaucoup moins cher. Niveau conditions de travail également à voir, je sais que pour avoir été visiter ma grand-mère à l’hôpital dernièrement là-bas, les familles s’occupent beaucoup de leurs aînés, et peuvent venir 24h/24h, etc (culture différente). Par contre dans les salles d’attente, il y a un monde dingue à l’hôpital public, donc je ne sais pas.

  14. Julien Suard dit :

    En comparaison du PIB des différents pays concernés,les infirmiers français sont parmis les moins bien payé d’Europe…

  15. C’est les plombiers polonais à la place ….

  16. A ce sujet (presque), où sont passées les fameuses infirmières Espagnoles, devant nous remplacer, dans les années 2003 / 2004 ????

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