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Du sport adapté pour améliorer la qualité de vie 

Au Centre des maladies du sein de l’hôpital Saint-Louis dans le 10e arrondissement de Paris, les femmes atteintes d’un cancer du sein non métastatique peuvent prendre part, si elles le souhaitent, à des séances d’activités physiques adaptées (APA). Un atout pour réduire les récidives et améliorer la qualité de vie de ces patientes. 

Du sport adapté pour améliorer la qualité de vie

© Pascal Vo. "Il y a une bonne ambiance, c'est chaleureux, on se soutient lorsque l'on craque, tout cela m'incite à venir", témoigne Martine, patiente à l'hôpital Saint-Louis

Au dernier étage de l’un des bâtiments de l’hôpital Saint-Louis, le bruit du fleuret claque dans l’air. Sept femmes, accompagnées d’un maître d’armes, apprennent les rudiments de l’escrime artistique. Elles s’amusent, se questionnent, se soutiennent dans cet apprentissage. Leur point commun : sont traitées ou ont été traitées récemment pour un  cancer du sein non métastatique.

Pour  améliorer leur qualité de vie pendant le traitement et, à terme, diminuer l’incidence des récidives, leur médecin oncologue et l’infirmière coordonnatrice du service leur ont proposé de pratiquer un sport, une à deux fois par semaine avec, au choix, l’escrime artistique, le tennis, la marche nordique et le yoga, auxquels s’ajoute un atelier de chant.  

« Lorsqu’on m’a proposé de faire de l’APA, j’ai tout de suite accepté, raconte Josette, l’une des patientes du Dr Caroline Cuvier, cancérologue-oncologue qui a lancé ce projet en septembre 2012. Venir à l’escrime me permet de penser à autre chose et puis c’est bénéfique pour mon corps car j’ai souvent mal aux jambes, ce qui n’est plus le cas lorsque je viens à l’escrime, cela me dérouille. » Et Katia, une autre patiente, de poursuivre : « Moi aussi j’ai tout de suite accepté. Cela me permet de voir que je ne suis pas la seule à avoir des problèmes. Venir à l’escrime nous permet de discuter entre nous, en dehors du milieu médical. »  

Prévention des récidives 

Le personnel médical et paramédical du centre des maladies du sein a toujours tout mis en œuvre au sein du service, pour améliorer le quotidien des femmes atteintes d’un cancer du sein en proposant des ateliers maquillages ou des groupes de parole. C’est donc tout naturellement que le Dr Cuvier a souhaité mettre en place de l’APA. « J’ai fait le constat qu’il y avait de plus en plus de données d’articles, de sociétés savantes, d’éléments montrant l’importance du sport dans la prévention de la récidive des cancers du sein non métastatiquesnotamment si la patiente pratique au moins 150 minutes de sport par semaine », explique le Dr Cuvier.  

Outre la prévention de la récidive, le sport multiplie bien d’autres avantages : amélioration de la qualité de vie et du sommeil pendant les traitements, diminution de la fatigue et de l’anxiété pendant et après les traitements. « Les patientes sont mieux dans leur corps, moins angoissées et cela leur remonte le moral, pointe du doigt le médecin. Je constate aussi qu’elles tolèrent mieux les traitements. »  

Cependant, lorsque l’annonce de la maladie est faite aux patientes, elles ne vont pas spontanément décider d’aller faire du sport. « C’est pourquoi nous avons décidé de leur proposer des activités clef en main », ajoute le Dr Cuvier, qui a fait le choix de cibler les patientes atteintes d’un cancer non métastatiques car la Fédération Cami sport et cancer, une association loi 1901, intervient déjà au sein de l’hôpital pour les femmes atteintes d’un cancer, du sein ou non, quel que soit le stade. 

Le rôle clef de l’infirmière coordinatrice 

© Pascal Vo. A gauche : Dr Caroline Cuvier, oncologue. A droite : Nadja Sondarjee, infirmière de coordination.

« Lorsque le Dr Cuvier nous a parlé de son projet de développer l’APA pour les patientes du service, nous avons tous été enthousiastes à cette idée », souligne Nadja Sondarjee, l’infirmière de coordination du service depuis décembre 2006. Son rôle ? La reformulation : « je n’annonce rien aux patientes, car tout leur a déjà été appris par le médecin, que ce soit la maladie, le projet thérapeutique ou encore les effets secondaires. En revanche, je reformule toutes les informations afin que les patientes comprennent tout sur leur prise en charge. »  

Nadja Sondarjee leur donne rendez-vous quelques jours après l’annonce de leur maladie par le médecin, « car le jour même, elles ne sont pas en mesure de recevoir d’autres informations », indique-t-elle. La consultation infirmière dure entre une heure et une heure trente, au cours de laquelle, elle « décortique» toute la procédure : le protocole de soins, le schéma thérapeutique, la perfusion, la pose du cathéter, les différentes prises de sang, les effets secondaires du traitement comme la chute de cheveux, les problèmes aux ongles, les nausées, les vomissements, le régime alimentaire, l’hygiène bucco-dentaire, les problèmes de transit ainsi que la fatigue. « C’est justement lorsque j’aborde la notion de fatigue que j’introduis l’APA », souligne Nadja Sondarjee. Et d’expliquer : « Je demande à la patiente si elle fait du sport et après lui en avoir expliqué les bienfaits, je lui propose de faire une activité physique adaptée pendant la durée de son traitement. »  

Généralement, la première question que lui posent les patientes concerne le tarif de l’activité. Mais la pratique de l’APA est gratuite pour les patientes. Pour lancer son projet, le Dr Cuvier a en effet recherché des financements et outre les sommes gagnées via la participation à différents trophées portant sur le sport en santé, elle peut aujourd’hui compter sur des laboratoires pharmaceutiques pour financer l’intervention des professeurs de sport. L’association des médecins du service finance quant à elle une partie du matériel nécessaire à la pratique des activités sportives et l’association sportive de l’hôpital Saint-Louis met à disposition le court de tennis et la salle de gymnastique. 

De fait, en dehors des patientes qui habitent loin de l’établissement hospitalier, toutes sont plutôt enthousiastes à l’idée de faire de l’APA. « Dans la majorité des cas, lorsqu’elles commencent, elles ne s’arrêtent plus, au moins le temps du traitement », rapporte le Dr Cuvier. Et l’infirmière de confirmer : « Nous n’avons pas vraiment besoin de les pousser à la pratique du sport encadré, nous parvenons facilement à les faire adhérer. Et puis j’essaye aussi d’organiser leur planning de chimiothérapie le jour où il y a une activité physique afin qu’elles ne fassent pas le déplacement uniquement pour l’APA. » En quatre ans, environ deux cent patientes ont suivi des cours d’APA au sein du service…  

Adapter l’activité sportive 

© Pascal Vo. Les patientes au cours d'escrime. Au centre, Philippe Pautrat, maître d'armes.

Pour la dispensation des activités sportives, l’hôpital a conclu des conventions avec des associations et des clubs de sport. « Les professeurs s’adaptent à l’état général des patientes », rapporte le Dr Cuvier. Ils sont formés à l’APA et savent qu’ils doivent dispenser des cours moins intensifs qu’en ville ».  

Le Dr Cuvier a pour habitude d’informer les professeurs de sport de l’état général des patientes. « Je leur fais un topo sur le cancer du sein et sur les traitements. Etant donné que les patientes ne sont pas atteintes de cancer métastasique, elles vont guérir dans la majorité des cas. Les professeurs sont donc informés qu’elles ne vont pas avoir d’effets secondaires liés à la maladie en tant que telle puisqu’elles n’ont pas de métastases osseuses ou d’organes menacés. Cependant, je les préviens qu’elles peuvent avoir des effets secondaires liés à la toxicité du traitement ou aux conséquences psychologiques comme la perte de cheveux, des douleurs ou de la fatigue. » Elle encourage cependant les professeurs à dispenser une séance de sport « la plus normale possible ».  

Avant de commencer toute activité, les patientes ont rendez-vous avec un kinésithérapeute de l’hôpital, pour une évaluation physique de leurs capacités et « plus particulièrement pour constater la mobilité du bras du côté du sein qui a été opéré, souligne Nadja Sondarjee. Ce bras doit être mobilisé normalement. Il faut le bouger car contrairement à ce que les patientes pensent souvent, l’immobiliser n’empêchera pas de faire un ″gros bras″ ou lymphoedème secondaire. » Ce rendez-vous avec le masseur-kinésithérapeute est réitéré à la fin des séances d’APA.  

Dans le cadre plus précis de l’escrime, « je n’ai pas proposé de l’escrime sportive car cette pratique repose sur un duel et une confrontation, explique Philippe Pautrat, le maître d’armes qui intervient depuis environ deux ans à l’hôpital Saint-Louis. Cette pratique implique que les participantes se touchent avec le fleuret et surtout qu’elles portent un masque de protection qui recouvre toute la tête, ce qui peut être problématique lorsque les patientes ont des perruques. Or, l’objectif de l’APA n’est certainement pas de les confronter à ce type de contraintes qui leur rappellent leur maladie. » Le choix s’est donc porté sur l’escrime artistique, qui est davantage une coopération, un échange entre les deux partenaires.  

Une fonction sociale d’entraide 

« Avec l’APA, l’élément le plus important est le facteur social, estime-t-il. Les patientes sont nombreuses à venir pratiquer une discipline pour se retrouver entre copines. Et puis c’est le moment dans la journée où elles pensent à autre chose. La maladie reste à la porte d’entrée de la salle, je ne pose pas de questions même si je suis informé en cas de traitement lourd. » « Travaillant dans un milieu artistique, le sport est complémentaire avec mon activité, témoigne Martine. Il y a une bonne ambiance, c’est chaleureux, on se soutient lorsqu’on craque, tout cela m’incite à venir. » 

Autre avantage : les patientes font de la rééducation fonctionnelle de l’épaule sans s’en rendre compte. Elles travaillent la mobilité, la coordination et la motricité sans y penser. « Nous renforçons le travail des masseurs-kinésithérapeute », remarque Philippe Pautrat.  

Les patientes sont encouragées à commencer l’APA le plus tôt possible et ce pendant les six à neuf mois que dure le traitement. Certaines patientes choisissent même deux activités. A la fin du traitement, généralement, elles arrêtent l’APA notamment en raison de la reprise de leur activité professionnelle. Mais si elles le souhaitent, lorsqu’il reste de la place pour certaines activités, le service les autorise à continuer. « L’objectif, à terme, est de les encourager à poursuivre en ville lorsqu’elles ont terminé leur traitement à l’hôpital », rapporte le Dr Cuvier. C’est ce que prévoit de faire Katia : « Tout sport est un plus, on s’en rend vite compte et de mon côté, je vais continuer après ma prise en charge, avec le tennis. » Une autre patiente du Dr Cuvier a même participé à un marathon.  

« L’APA permet aux patientes de créer un lien important entre elles, souligne Nadja Sondarjee. Avec cette activité, elles ne pensent pas à la maladie. Il y a un effet de groupe, elles ne se sentent pas seules. Et puis, cela leur permet de ne plus voir l’hôpital de la même manière, ce n’est plus uniquement le lieu où elles subissent des traitements lourds, et c’est très important pour elles. » Certaines patientes sont même devenues amies et partent en vacances ensemble… 

Laure Martin  

Actusoins magazine pour infirmière infirmierCet article est initialement paru dans le n°22 (Sept 2016) d' ActuSoins Magazine.

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