Auprès des handicapés, du temps pour la coordination

Pour l’adulte handicapé, tout est compliqué : les actes de la vie quotidienne, les rendez-vous avec le médecin, les soins…  Coordonner les nombreux intervenants est un rôle essentiel. Petite visite au Samsah (Service d'aide medico-sociale pour adulte handicapé) situé à Bordeaux-Lac, en Gironde.  

Auprès des handicapés, du temps pour la coordination

© Olivier Blanchard. Pendant l'intervention, tous les sujets sont abordés.

" Elle est réparée la lumière dans votre salle de bain ? ", dans son appartement de la banlieue Bordelaise où les photos de Jimi Hendrix et de Janis Joplin côtoient un Winnie l'ourson en plastique, la patiente hoche la tête : "Oui la tutrice s'en est occupée et l'électricien doit passer la semaine prochaine...". Florian Brejassou, l’aide-soignant du Samsah Bordeaux-Lac, un service dépendant de la MDPH (Maison Des Personnes Handicapées), note alors sur son carnet et lui demande de bien le prévenir lorsque ce sera fait.  

Présentée ainsi, l'intervention du Samsah peut paraître bien anecdotique, mais durant les trois bons quarts d’heure que va durer la visite c’est toute une foule d’autres sujets qui seront abordés, du plus sérieux au plus futile, tous traités avec la même attention.  

En effet, pour un adulte handicapé (que son soit physique, psychique, issu d'une déficience, d'une maladie chronique ou dégénérative) tout peut poser problème : du changement d'une ampoule à un rendez-vous chez le médecin ou même prendre soin de soi au quotidien. Et pour compliquer les choses, pour résoudre chaque problème différent, il va rencontrer un intervenant spécifique (artisan, médecin, infirmier, tuteur, etc).  

La coordination de tous les acteurs d’une prise en charge autour de la personne handicapée est donc essentielle. C’est l’essence des interventions du Samsah, structure crée en 2005 par la loi du 11 février 2005 « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » (dite « loi Handicap ») 

Le médical, le social et la vie quotidienne 

Les services proposés par le Samsah s'articulent autour de trois grands axes de coordination : médical, social et vie quotidienne. Dans le cadre médical, le service va d’abord tenter de reconstruire le parcours de soin de la personne, retrouver les traces de son passé médical et parfois remettre en place une prise en charge suspendue. Dans un deuxième temps, il prépare et accompagne l'adulte handicapé lors des rencontres médicales avec tous les médecins qui le suivent,  quitte aussi à réexpliquer ce qui s'est dit en consultation quelques jours plus tard. Le soignant assiste ou pas à la consultation suivant le souhait du patient ou du médecin.  

La coordination sociale consiste à faire un bilan des droits en cours puis le lien avec les services de tutelle ou celui des auxiliaires de vie. Côté vie quotidienne, le Samsah va vérifier que l'adulte handicapé vit décemment au quotidien et, si besoin, mettre en place une aide (par exemple avec une à domicile) ou se mettre en contact avec les services qui sont déjà en place pour évaluer ou réévaluer les besoins.  

Le Samsah permet aussi d’assoir autour d’une même table tous les intervenants d'un même patient, tous les deux ou trois mois au début de la prise en charge, puis tous les six mois au minimum. "Mais par contre nous n'avons pas vocation à remplacer qui que ce soit, ni à juger le travail des soignants !" martèle Myriam Auptel directrice adjointe du Samsah : "Nous organisons la coordination des professionnels sur une situation donnée, mais nous laissons le libre choix absolu au patient quant aux intervenants et surtout nous ne faisons pas les soins nous-mêmes, même si les membres de notre équipe ont une de soignants..." 

Une équipe de soignants 

 L'équipe du Samsah de Bordeaux-Lac regroupe trois infirmiers, trois aides soignants, un tiers temps de médecin coordinateur, un tiers temps de psychologue, un éducateur spécialisé, une assistante sociale, un mi-temps de monitrice éducatrice, une assistante administrative, une directrice adjointe et un directeur partagé avec cinq sites.

Les régulations, les grandes réunions et le travail administratif se font dans les locaux du Samsah mais les patients sont dispersés sur toute la communauté urbaine de Bordeaux.  

Les interventions au domicile se font autant que possible avec deux professionnels en même temps pour garantir la neutralité et faciliter le retour d’informations. Le choix de la qualification du professionnel se fait suivant les besoins de la personne ou de la démarche (même si ce n'est pas systématique, les infirmiers vont plutôt faire les visites médicales et les aides-soignants les interventions autour de la vie quotidienne). 

" En fait, la vraie différence au Samsah, c'est surtout qu'on a du temps !" souligne Florian Brejassou, après son intervention. " On laisse le patient au centre de nos interventions et on ne travaille pas comme des machines… Moi c'est ce qui me plaît le plus dans ce que je fais !".

Chaque jour au Samsah Bordeaux-Lac coûte moins de 90 euros par place, pour trente places ouvertes et 45 patients pris en charge. Bref, on en viendrait à regretter qu'un service de coordination comme celui-ci ne soit réservé qu’aux adultes handicapés de moins de 60 ans. 

Olivier Blanchard

Cet article est initialement paru dans le n°19 d' ActuSoins Magazine. Pour vous abonner à ActuSoins magazine, c'est ICI.

 

Le groupe SOS

Le Samsah de Bordeaux-Lac dépend de l'association loi de 1901 "Habitat et soins", association fondée en 1986 autour des besoins des personnes adultes handicapées par la maladie chronique (notamment le VIH). Cette association a rejoint depuis quelques années le "groupe SOS", un regroupement d'associations à visée sociale. L'idée de cette mutualisation est d'offrir une délégation de services  (comptabilité, gestion, communication etc...) à des associations et ainsi de permettre des économies d'échelle et donc une meilleure efficacité. Le groupe SOS (dont le fondateur Jean Marc Borelo est un ancien éducateur spécialisé) regroupe déjà plus de  12 000 salariés dans plus de 350 établissements, notamment dans les régions de PACA et de l'est de la France où ils gèrent déjà plusieurs Ehpad et même un hôpital dans le dix-neuvième arrondissement de Paris.  

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