L’équithérapie : soigner avec les chevaux

A l'heure des médecines alternatives, l'équithérapie, pratiquée en complément de soins classiques, est une opportunité d'apporter de vrais progrès aux patients. Reportage auprès de Sophie Peignier, infirmière dingue de chevaux et équithérapeute.


© Juliette Robert - Sophie Peignier, infirmière équithérapeute, Tristan et sa jument Fly

©Juliette Robert - Sophie Peignier, infirmière équithérapeute, Tristan et sa jument Fly

"On commence toujours par dire bonjour", explique Sophie Peignier, infirmière équithérapeute, décryptant l'arrivée de Tristan, 8 ans, quand il s'approche de Fly, "sa" jument. Equipé comme un petit pro de l'équitation, le jeune patient a déjà son casque sur la tête et porte un gros manteau. Il fait froid en ce mois de février.

Tous les mercredis depuis près d'un an, Tristan, petit garçon autiste, retrouve Sophie pour sa séance à l'écurie des Falaises d'Auvers-sur-Oise, charmant village du Val d'Oise. "Je précise que Fly n'était pas une jument qui aimait les câlins", s'étonne encore l'équithérapeute, en voyant Tristan se pendre tendrement à son cou.

La séance débute dans le coeur du manège un peu boueux, en extérieur, où pendant une heure, le cheval devient le meilleur "outil" de Sophie pour faire progresser Tristan. D'abord, un peu de travail sur les parties du corps du cheval, que Tristan doit désigner, puis brosser. Ensuite la préparation de la jument, afin qu'elle soit prête à être montée. Le tapis, les sangles, les mors, Tristan, à l'aide des conseils de Sophie, la prépare précisément.

Sans peur, il monte dessus, puis se prête au jeu de rôle qui consiste à aller chercher des dragons imaginaires. "Tu les vois les dragons? Il faut prendre ce chemin", indique-t-elle. D’abord à ses côtés, puis le laissant autonome, elle invente une traversée semée d'embûches (un pont imaginaire, le tour du lac, en fait une flaque d'eau…) dans le manège.

Fly est à l'écoute du garçon. "Elle est incroyablement adaptable", explique Sophie, qui la connaît bien, puisque c'est sa propre jument depuis seize ans. Tout au long de l'exercice, Fly est d'une grande douceur, parfaitement en phase avec le tempérament de Tristan. "Le cheval est une vraie éponge émotionnelle : il stresse si le cavalier est stressé, se détend si la personne est détendue", éclaire-t-elle. A la fin, Fly s'arrête devant un sens interdit. La séance s'achève sur un moment un peu ludique : Tristan donne à grignoter à la jument.

Sophie Peignier le salue. "On se voit la semaine prochaine!", lance-t-elle, avant qu'il ne s'engouffre dans la voiture de ses grands-parents qui l'accompagnaient.

La passion du cheval et des soins

Aux yeux de cette infirmière, les progrès de ses patients sont très gratifiants. Car Sophie Peignier insiste bien : l'équithérapie ne doit pas être confondue pas avec de l'équitation adaptée. "C'est bien du soin", assène-t-elle. Pour Tristan, elle constate "une belle augmentation de son autonomie, une performance des gestes, une amélioration de sa concentration. Il respecte le cadre et gère mieux sa frustration", se réjouit-elle.

"L'enfant autiste a une façon différente de percevoir le monde extérieur de moi, ce qui entrave la communication. J'utilise précisément le cheval comme un vecteur de communication", explique-t-elle. "Souvent les gens disent que ce qui se passe avec le poney est magique, mais il faut rester très humble : moi je n'attends pas le miracle, les choses se font petit à petit."

Sophie continue à mi-temps à exercer dans un Itep (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique, ndlr) avec des enfants souffrant de troubles du comportement, après avoir longtemps exercé en soins généraux, puis en psychiatrie. Persuadée qu'il existe autre chose que le tout psychiatrique, cette passionnée de chevaux depuis son plus jeune âge, avait souhaité garder l'équitation comme un plaisir, et non en faire son métier. C'est pourquoi, entre autres, elle souhaite garder un pied dans une institution, avec un travail d'équipe. Car être équithérapeute, c'est aussi accepter de travailler seul.

Après avoir découvert l'équithérapie lors d'un salon, elle suit donc de 2008 à 2010 une formation, assez chère (comptez de 6 000 à 8 000 euros, ndlr) de 600 heures à la Fédération Française d'Equithérapie, où elle revoit les psychopathologies ainsi que le développement psychologique et moteur, aborde l'aspect équestre du soin et l'éthologie. Mais elle reconnaît qu'il n'existe pas encore "d'uniformisation dans la formation ».

Ce qui est sûr, c'est que l'équithérapeute n'est pas un professionnel du cheval. "C'est un métier hybride, qui ne propose pas de monter à cheval, mais bien de travailler sur des objectifs thérapeutiques" par le biais du cheval. "Ces objectifs thérapeutiques sont définis lors du premier rendez-vous avec le patient (ou ses parents, quand il s'agit d'un enfant) où je prends connaissance du parcours du soin du patient, ses difficultés. Ensuite, il y a quatre grands axes sur lesquels nous pouvons travailler : l'affectif et l'émotionnel, le relationnel et le social, le cognitif, et le psycho-moteur", explique Sophie.

 Un métier aux contours encore flous

Sophie Peignier n'en vit pas encore, même si elle a des patients réguliers. La faute probablement à une méconnaissance de ce métier, bien qu'elle constate que certains médecins conseillent désormais l'équithérapie à leurs patients. Et aussi à ses tarifs, "moins chers qu'un psychologue". Mais si elle veut démocratiser l'équithérapie, c'est la seule solution.

Aujourd'hui, aux écuries d'Auvers-sur-Oise, elle est heureuse d'avoir trouvé l'endroit idéal, entre vue sur les champs à perte de vue et panorama imprenable sur Paris. Et surtout, des gérants attentifs et compréhensifs de sa démarche. "Dans d'autres centres, j'ai dû travailler à la lampe-torche car pas d'éclairage la nuit venue, en hiver!", se souvient-elle, regrettant que certains centres équestres affirment être au point pour accueillir des patients alors que la réalité peut être tout autre.

En attendant, peut-être, de travailler à temps plein, Sophie Peignier est une équithérapeute heureuse mais fatiguée. Pour travailler six jours sur sept avec un bébé en bas âge, il faut être passionné. Et Sophie Peignier, l'est sans aucun doute, autant quand elle évoque sa jument que les progrès de ses patients.

Delphine Bauer/ Youpress
Paru dans ActuSoins, n°16

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Réactions

59 réponses pour “L’équithérapie : soigner avec les chevaux”

  1. Oriana Garrigues si ça peut t’aider pour ton mémoire j’ai pensé à toi 🙂

  2. Les animaux il n’y a rien de tel pour soigner

  3. Ingrid Hild dit :

    Je connais une infirmiere qui a fait sa these sur equitherapie

  4. j ai déjà participer a une seance,c est génial et ça marche!!

  5. Zaragoza Virginie j’ai pensé à toi!!!

  6. bien sur!!!! musicothérapie et théatrothérapie sont excellentes aussi!!!

  7. Emma Duval dit :

    Rien de nouveau… ce n’est pas un scoop

  8. Alison Soo prochaine fois je veux venir avec vous! J’en ai marre de rester dans la service!!!!

  9. Shine Lyline j’ai trouvé ma reconversion lol

  10. Juliette VD dit :

    Marie-Hélène Demouy Ca peut t’intéresser tiens ! 🙂

  11. c’est juste génial cette méthode…j’ai pu accompagner des enfants, c’etait des moments magique…la relation avec l’animal y’a rien a dire…seulement que c’est beau

    • Bonsoir Virginie , se sera un grand plaisir pour moi de vous avoir comme ami sur Facebook. Comme vous le savez l’internet de nos jours est un moyen très efficace de communication avec le monde extérieur. Si aujourd’hui mon message de correspondance vous est adressé, c’est en fouillant sur la page que j’ai retrouvé votre commentaire qui m’a beaucoup flatté alors je n’ai pas hésité a répondre et c’est aussi parce que j’ai voulu avoir plus de relation pour les échanges d’idée, de propos, pour discuter, dialoguer . Alors si vous ne voyez aucun dérangement en cela, veuillez m’envoyer une invitation.

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