Victime d’un AES, M. Guillaume, infirmière libérale, témoigne

Épreuve terrible dans la vie d’une infirmière, un accident d’exposition au sang (AES) a des conséquences dévastatrices sur la vie professionnelle, familiale, privée, comme sur le plan physique et psychologique. Victime d’un AES, M. Guillaume, infirmière libérale, prend aujourd’hui la parole pour raconter en toute transparence son parcours et en dénoncer les lacunes.

Victime d'un AES, M. Guillaume, infirmière libérale, témoigne"Pour la première fois, je raconte mon histoire », ainsi commence le récit de M. Guillaume, infirmière libérale, victime d’un accident d’exposition au sang (AES) en décembre 2012.

"Alors que j’effectuais un acte courant, un prélèvement pour un bilan sanguin, je me suis piquée en éliminant l’aiguille dans le récupérateur. Comment, pourquoi ? Même a posteriori, difficile d’identifier une cause bien précise.

Cet accident est certainement le résultat d’une accumulation de facteurs, parmi lesquels le manque de matériel sécurisé, la surcharge de travail, une forme de déni des risques, mais aussi la nature des conditions de travail au domicile du patient qui ne sont pas optimales. Quoi qu’il en soit, à compter de ce jour-là, toute ma vie a été bouleversée.

Lorsque l’accident est survenu, je n’ai pas pris conscience tout de suite du risque qui était le mien, mais j’ai quand même fait une sérologie rapidement. En revanche, quand j’ai voulu en savoir plus sur le sujet source, j’ai été confrontée au refus catégorique de son médecin traitant de me transmettre une quelconque information à son sujet.

Atteinte d'hépatite C

Ce n’est que trois mois plus tard, lors d’un examen de contrôle sérologique que j’ai appris que j’avais été contaminée. Quand j’ai eu connaissance de ce verdict, ça a été un véritable anéantissement. J’ai d’abord été abasourdie, puis en colère. (…)

J’ai été orientée par mon médecin traitant vers un spécialiste qui, par deux fois et à quinze jours d’intervalle, m’a tout simplement demandé d’attendre, de laisser passer du temps, alors que je sais aujourd’hui qu’un suivi biologique doit être proposé d’emblée. (…)

Ce qui m’a vraiment manqué dans toute cette période-là, c’est un soutien psychologique organisé, adapté à mon cas.

Abattue, découragée, contre toute attente, j’ai pris contact avec l’Institut Pasteur et je dois mon salut à un médecin de l’hôpital Cochin, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, qui m’a contactée dans les 24 h pour m’aider et m’orienter vers la bonne filière.

Deux semaines après, j’étais prise en charge par une équipe compétente du centre hospitalier universitaire et, pour la première fois depuis l’accident, je me suis sentie enfin prise en main par une équipe médicale. Mais avec tout ça, je démarrais un traitement chimiothérapeutique six mois après la date de mon accident. Et ce qui m’a vraiment manqué dans toute cette période-là, c’est un soutien psychologique et un parcours organisé, adapté à mon cas.

Parcours du combattant : faire reconnaître l'accident du travail

J’avais déclaré l’accident à la caisse d’assurance maladie, car heureusement, j’avais souscrit l’assurance volontaire Accident du Travail Maladie Professionnelle qui reconnaît ce risque professionnel. Mais là, non plus, rien ne fut simple ! Il s’est écoulé 8 mois entre le moment où j’ai fait la déclaration et le moment où la caisse a bien voulu prendre en compte ma déclaration.

Heureusement, j’avais souscrit l’assurance volontaire Accident du Travail Maladie Professionnelle qui reconnaît ce risque professionnel.

Alors que le traitement avait commencé depuis 2 mois, la caisse m’a dit que mon dossier ne serait pas pris en charge tant que je ne pourrai pas fournir la preuve que je m’étais bien piquée ce jour-là. J’ai donc du revenir voir le patient source pour qu’il accepte de rédiger un témoignage écrit attestant de la survenue d’accident. (…)

Un traitement terrible et éprouvant

Le traitement, qui a duré six mois, a été particulièrement pénible et éprouvant. Malgré une très forte détermination et combativité, mon état de santé s’est progressivement dégradé avec différents effets secondaires du traitement, tous plus invalidants les uns que les autres, et notamment : nausées, vertiges, migraines, un amaigrissement important, une intolérance à la lumière du jour et une toux épuisante. Le retentissement de la chimiothérapie a été tel que j’ai du rester allongée durant les trois mois les plus intenses du traitement.(…)

Il m’a fallu un an, une fois le traitement terminé, pour récupérer sur le plan physique et biologique. Aujourd’hui, je suis totalement et définitivement guérie. De cette expérience, je sors grandie et renforcée. J’ai dépassé cette épreuve et j’en retire une force intérieure décuplée qui me permet de témoigner aujourd’hui. Elle s’associe à une volonté de combattre pour que, à partir du parcours que j’ai traversé, cela n’arrive pas à d’autres et que la prise en charge des AES accident d'exposition au sang soit simplifiée et mieux reconnue pour les infirmières libérales. (…)"

ActuSoins remercie la FNI et le magazine Avenir et santé où ce témoignage est paru, dans le cadre d'un dossier sur les AES et l'annonce d'un partenariat avec la FHF pour mettre en place une carte SOS AES afin de mieux prendre en charge les IDEL infirmières libérales en cas d'AES.

 

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Réactions

2 réponses pour “Victime d’un AES, M. Guillaume, infirmière libérale, témoigne”

  1. Sansebastien dit :

    Tout d’abord, je tiens à adresser toute ma sympathie à cette collègue libérale qui a vécu cette épreuve terrible. Merci également à Actusoins de publier ce témoignage qui met en relief 2 points importants; Tout d’abord l’attitude déplorable du médecin qui a refusé à une IDEL de la renseigner sur le statut sérologique de son patient dans le cadre de cet AES.
    C’est « ça » un médecin aujourd’hui???
    Je ne suis pas sûr que dans ce cas d’espèce il puisse se réfugier derrière son code de déontologie.
    Ensuite, notre collègue soulève un point très important dont j’imagine que peu d’IDEL aujourd’hui connaissent. Le fait que notre cotisation sécurité sociale appelée « avantages praticiens » ne nous couvre pas pour les AT et les Maladies Professionnelles sauf à avoir contracté une assurance privée ou être assuré volontaire auprès de la CPAM;
    Je parle bien du risque AT et MP pour les frais engagés par la sécurité sociale ( hospitalisation, rééducation et tous soins et médicaments en rapport avec ces risques), et non des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail pour ces situations; C’est la première chose que m’avait appris mon syndicat professionnel (entres autres) lorsque j’ai commencé à exercer en libéral.
    Combien de mes consœurs et confrères libéraux le savent? certainement peu, je le crains…
    Confraternellement

  2. Sansebastien dit :

    Tout d’abord, je tiens à adressé toute ma sympathie à cette collègue libérale qui a vécu cette épreuve terrible. Merci également à Actusoins de publier ce témoignage qui met en relief 2 points importants; Tout d’abord l’attitude déplorable du médecin qui a refusé à une IDEL de la renseigner sur le statut sérologique de son patient dans le cadre de cet AES.
    C’est “ça” un médecin aujourd’hui???
    Je ne suis pas sûr que dans ce cas d’espèce il puisse se réfugier derrière son code de déontologie.
    Ensuite, notre collègue soulève un point très important dont j’imagine que peu d’IDEL aujourd’hui connaissent. Le fait que notre cotisation sécurité sociale appelée “avantages praticiens” ne nous couvre pas pour les AT et les Maladies Professionnelles sauf à avoir contracté une assurance privée ou être assuré volontaire auprès de la CPAM;
    Je parle bien du risque AT et MP pour les frais engagés par la sécurité sociale ( hospitalisation, rééducation et tous soins et médicaments en rapport avec ces risques), et non des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail pour ces situations; C’est la première chose que m’avait appris mon syndicat professionnel (entres autres) lorsque j’ai commencé à exercer en libéral.

    Combien de mes consœurs et confrères libéraux le savent? certainement peu, je le crains…
    Confraternellement

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