Amel, infirmière spécialiste en cancérologie, en toute humilité

Amel M’Sadek, 35 ans, est infirmière clinicienne en cancérologie au Centre Eugène Marquis, à Rennes. Elle assure le suivi clinique et l’éducation thérapeutique des patients sous thérapie ciblée orale. Et chemine de formations en diplômes, dans un perpétuel souci d’évolution.

Amel, infirmière spécialiste en cancérologie, en toute humilité

Amel M'Sadek ©Yanic Balic

Lorsqu’on la questionne sur son travail d’infirmière clinicienne en cancérologie, Amel M’Sadek en récuse d’emblée les termes.

L’expression « infirmière spécialiste clinique » semble plus juste à celle qui plaide pour une meilleure reconnaissance des pratiques avancées.

De fait, si le troisième plan cancer 2014-2019 a consacré cette spécialisation, les professionnels ne l’ont pas attendu.

Depuis 2011 et l’obtention de son diplôme universitaire de cancérologie clinique, Amel est une des trois infirmières en charge du suivi des patients sous thérapie ciblée orale, au Centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis, à Rennes.

Elle a débuté dans ce service dès sa sortie de l’Ifsi en 2007, après une tentation pour la psychiatrie. Deux univers lourds, mais surtout des malades au long court. « La prise en charge globale, alliant compétences techniques et relationnelles », l’attire finalement en oncologie.

Et quoi de mieux qu’une fonction « intermédiaire entre l’infirmière classique et le médecin » pour déployer pleinement ces deux aspects du soin ? « Nous tissons un lien privilégié avec les patients. Ils nous en racontent davantage qu’au médecin, avec lequel il faut aller vite. Face à ces personnes bouleversées par l’annonce de la maladie, on se sent vraiment utile. »

 « Nous devons rester humbles »

Amel réalise en effet la seconde consultation d’annonce. « D’abord sous le choc, les malades n’entendent pas tout ce que dit l’oncologue. Nous réexpliquons le traitement, nous évoquons l’entourage de la personne afin de connaître ses ressources… » Un rôle à l’interface du travail social, de la psychologie et de la médecine.

En coordination avec l’oncologue et le médecin traitant, l’infirmière assure aussi un suivi clinique, et des consultations téléphoniques : « Cela signifie au patient qu’on ne l’oublie pas. Nous rappelons alors les mesures préventives liées aux toxicités des médicaments. »

Mais amener les malades à s’en emparer est une gageure. « Nos propos ne sont pas parole d’évangile. Nous devons rester humbles. » Amel s’est donc formée à l’éducation thérapeutique. « Cette démarche rend les patients acteurs. Ils ont les cartes en main. »

On ne saurait mieux dire. Avec l’équipe d’éducation thérapeutique du Centre François Baclesse de Caen, Amel et ses collègues ont créé «Jepeto», un jeu de cartes sur les effets indésirables des thérapies ciblées orales. « Il permet de réajuster des comportements que nous ne détectons pas toujours par le dialogue. »

Avide de progrès, Amel prépare maintenant un master de sciences cliniques infirmières. « Je suis initiée à la recherche. Il est important de savoir évaluer les bénéfices de notre prise en charge. » Il reste que le développement des pratiques avancées progresse trop lentement à son goût. Alors que le projet de loi de modernisation du système de santé tend « vers le tout ambulatoire, quel sera le suivi des malades s’il n’existe pas assez de tels professionnels, pour assurer le relais entre l’hôpital et la ville ? »

Emilie Lay

Amel M’Sadek en 8 dates

2007 : obtient son D.E à l’Ifsi de Rennes

2007 : intègre le Centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis, à Rennes

2011 : obtient son D.U de cancérologie clinique à la faculté de médecine de Poitiers

2011 : prend un poste dédié au suivi des patients sous thérapie orale

2014 : entre au conseil d’administration de l’Association française des infirmier(e)s de cancérologie

2013 : se forme à l’éducation thérapeutique

2015 : poursuit un master 1 de sciences cliniques infirmières, à l’Ecole des hautes études en santé publique, à Paris

2015 : « Jepeto » obtient le 1er prix décerné par l’Association française des infirmier(e)s de cancérologie

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Réactions

2 réponses pour “Amel, infirmière spécialiste en cancérologie, en toute humilité”

  1. puis-je vous contacter, je fais la même chose sur toulouse !!

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