Ebola : l’absence de coordination internationale de l’aide est “inacceptable” (MSF)

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Un collaborateur de Médecins sans frontières (), rentré, il y a deux semaines d'Afrique de l'Ouest où il soignait des patients atteints du virus a été placé en quarantaine dans un hôpital bruxellois. Par ailleurs MSF, qui a atteint la limite de ses capacités lance des appels au secours.

© Tim Shenk/MSF Brett Adamson, coordinateur pour MSF aide un soignant qui se prépare à entrer dans la zone à haut risque du camp ELWA 3 à Monrovia (Liberia)

© Tim Shenk/MSF
Brett Adamson, coordinateur pour MSF aide un soignant qui se prépare à entrer dans la zone à haut risque du camp ELWA 3 à Monrovia (Liberia)

Concernant le collaborateur de MSF, "cet homme répond aux trois conditions de la catégorie à haut risque : il revient d’un pays touché par la maladie, il a été en contact sur place avec celle-ci et il a de la fièvre », ont expliqué les autorités belges.

Par ailleurs MSF signale que  le centre de traitement construit par MSF à Monrovia, au Liberia, ouvert depuis une semaine, a déjà atteint sa capacité maximale de 120 patients et est actuellement en cours d'agrandissement.

A Foya, dans le nord du pays, le nombre de malades admis dans le centre à peine réhabilité ne décroît pas.

« Même après un tremblement de terre, il serait inimaginable de penser qu'il y ait si peu d'endroits où une femme peut accoucher dans un cadre médicalisé, où les gens peuvent recevoir des soins pour des urgences vitales, décrit Lindis Hurum, coordinatrice d'urgence de MSF à Monrovia. Ce n'est pas seulement une épidémie d'Ebola, c'est aussi une crise humanitaire, et il faut apporter une réponse humanitaire à la hauteur. »

"Les pays qui auraient les ressources et les compétences nécessaires pour lutter efficacement contre l'épidémie ne s'inquiètent que de se protéger eux-mêmes".

"L'épidémie d'Ebola a été déclarée il y a cinq mois, mais ce n'est que maintenant que de vraies discussions commencent au sujet du leadership et de la coordination internationale de l'aide. C'est absolument inacceptable, s'insurge Brice de le Vingne, directeur des opérations de MSF. Les pays qui auraient les ressources et les compétences nécessaires pour lutter efficacement contre l'épidémie ne s'inquiètent que de se protéger eux-mêmes. Ils peuvent faire davantage, pourquoi ne le font-ils pas? "

A Monrovia (Libéria), l'urgence dans l'urgence

L'épidémie se propage rapidement à Monrovia, et les rares centres accueillant des malades sont rapidement débordés. La plupart des structures de soins de la ville a fermé, la peur en ayant éloigné à la fois le personnel et les patients. De nombreuses personnes n'ont plus aucun accès aux soins, ce qui est à l'origine d'une urgence dans l'urgence.

"Actuellement il devient impossible, par exemple, d'administrer des traitements intraveineux aux malades."

"Aujourd'hui, ajoute-t-elle, nous allons devoir aller au-delà des 120 lits. Nous devons constamment adapter notre dispositif, recruter et former du nouveau personnel médical et sanitaire, jour et nuit. Les priorités deviennent maintenant de garder le centre sûr, de séparer les cas suspects des cas probables et de ceux confirmés, ainsi que fournir des soins palliatifs."

Face à un nombre de patients sans précédent, MSF se voit obligée de réduire le niveau de soins qu'elle peut fournir. Actuellement il devient impossible, par exemple, d'administrer des traitements intraveineux aux malades.

Rupture des stocks et situation à Foya (Guinée)

A Foya, dans une région reculée frontalière de la Guinée, le manque d'aide aggrave l'urgence en cours. Les équipes MSF travaillent d'arrache-pied pour limiter la propagation de l'épidémie. 67 malades sont hospitalisés à l'heure actuelle dans le centre de traitement.

"Nous avons trouvé une situation extrêmement chaotique, et il n'y a pratiquement pas d'autres organisations actives dans la région, décrit Hugues Robert, responsable des activités d'urgence de MSF à Foya. A certains endroits autour de la ville, le personnel du ministère de la Santé doit faire face à des ruptures de stock de matériels de protection de base. Ils n'ont également pas les moyens de garantir des enterrements sûrs et de fournir des ambulances pour le transport des malades. Ils ont besoin d'aide".

Un appel au Conseil de l'ONU

"Je suis très pessimiste", déclare le président de MSF France, Mego Terzian, dans une interview accordée vendredi à Reuters. "S'il n'y a pas une mobilisation internationale importante pour venir en aide aux pays affectés, nous allons être confrontés dans les prochains jours ou semaines à des problèmes économiques, sociaux et sécuritaires".

"Si nous continuons à fermer les frontières, à suspendre les vols internationaux et à nous contenter de regarder les Africains de l'Ouest mourir, la situation va devenir intenable", ajoute-t-il.

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité de l'Onu doit "s'emparer du dossier et organiser la coordination sur le terrain face à la progression de l'épidémie" qui fait peser un "risque pour la stabilité de la région".

La décision de plusieurs compagnies aériennes de suspendre leurs liaisons avec les pays touchés par le virus (dont Air France entre Paris et Freetown en Sierra Leone) "n'est pas une solution et cela affecte nos opérations, celles de l'OMS et de tous les humanitaires qui tentent d'aller sur le terrain", estime Mego Terzian

Cyrienne Clerc, avec MSF et Reuters

 

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